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Le blog de Michel Giliberti

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Articles avec #michel giliberti


Un soir de 1993, alors que j’étais chez ma mère, je pris un de ces vieux bouquins qui traînaient au salon et dans l’un d’eux je lus de biens étranges histoires sur les coutumes extravagantes de certains pays… je tombai sur le récit d’un homme qui, dans une région de l' Amérique du sud (je crois), avait épousé une femme morte. J’appris que ça se pratiquait souvent pour des raisons de succession et le prétendant de ces noces pour le moins monstrueuses, acceptait l’idée de sceller une union avec, auprès de lui, une défunte parée pour la circonstance de tous les signes du mariage, parfois dans un état proche de la décomposition et parfois même, c’était une momie. Pourtant, le cérémonial avait lieu, ainsi que la remise des alliances.
Plus tard, en 1995 je terminais le tableau ci-dessus et alors que je lui cherchais un titre, un seul vint à mon esprit : « Les mariés de février ».
J’ai par habitude d’écouter mes pulsions même si parfois leur sens m’échappe.
Je signais donc mon tableau et incrivis son titre au verso.

Une année auparavant, au matin du 14 février 1994, j’avais reçu un coup de fil de l’une de mes sœurs qui me souhaitait un bon anniversaire. Sa voix était dynamique comme à l’ordinaire, son humour bien là…
Le lendemain 15 février, son fils m’appelait pour m’annoncer sa mort.
Je ne tiens pas à étaler ma douleur et ce qui se passa dans ma tête dans les instants qui suivirent cette terrible nouvelle.
Je sais simplement que le lendemain en soirée, je prenais l’avion pour Hyères, dans une espèce d’hallucination permanente, n’entendant rien à ce que je faisais, agissant comme un automate. Deux heures et demie plus tard, je pénétrais dans la chambre où reposait ma sœur, après avoir traversé son jardin qui scintillait d'un givre hivernal. Je ne comprenais pas son silence et son immobilité... elle si drôle, si vivante. Elle était belle dans la mort comme elle l’avait été dans la vie. Elle avait 57 ans. Le temps n’avait jamais eu de prise sur ses traits, ni sur son corps.
Je demandai qu’on me laisse seul. Je m’allongeai à côté d’elle et lui prie sa main froide. Je caressai son front, ses cheveux ; je la regardai, je la regardai… puis, très naturellement j’ai ôté de mon cou la chaîne qu’elle m’avait offerte pour ma communion et je la lui passai autour du poignet. J’avais l’impression de faire un geste important, le geste d’une union…

Quelques mois après avoir terminé mon tableau, alors que j’étais
une fois encore de passage  chez ma mère, je fis comme toujours le tour des livres qui traînent au salon et je retombai sur celui que je viens d'évoquer. Je le feuilletai distraitement et à nouveau le mariage de ces hommes avec des mortes me sauta aux yeux. D’un seul coup, comme si je recevais une gifle, l’explication du titre de mon tableau me vint brutalement à l’esprit ; j’avais peint un homme qui tenait dans ses bras une sorte de pantin en bois avec les attributs de la mariée : le voile, les gants, la couronne de fleurs… Tous les deux portaient une  alliance et sur le côté gauche, vers le bas, un petit portrait de ma sœur, dessiné grossièrement donnait la clef.
Oui, « Les mariés de février » étaient bien ceux-là ; un frère vivant, avec sa sœur morte ! L’alliance... une simple chaîne, l’union sacralisée par le tableau.
Mon inconscient avait absorbé l’histoire et l’avait restituée des années après… pour symboliser cette funeste soirée qui m'avait tant marqué.


Ma soeur quelques mois avant sa mort...

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Cuir noir sur cuir noir... Salim Kechiouche à la maison mercredi dernier. Séance photos, bavardage et fous rires, projets aussi ; un vrai plaisir, comme d'habitude.












Regard enfantin  et sourire timide...























...
P
rofil d'acteur










































Décidement, il y a des jours où tout va bien... où l'amitié, comme le chante Françoise Hardy, "vient des 
nuages".


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.../
Une fois seul, Tarek serre les mâchoires. Il s’approche de la fenêtre et colle son front contre la vitre glacée.
Dehors, le parking de l’immeuble.
Les voitures figées… vernies d’un crachin tenace.
Il a fait si beau la veille.
Il aperçoit les platanes, derrière la bande à Raouf. Les six ringards de la cité ! Des brutes sans charmes, des loubards comme seule la société peut en créer… des génétiquement modifiés sans l’ombre d’une expérience scientifique mais juste par overdose de rejets systématiques
et de rage dans un système où seul le fric vous protège et s’affiche à longueur de journée, des écrans de télé jusqu’aux murs des villes.
Il soupire et pense à la vue que Jérémie embrasse depuis le dernier étage de son immeuble.
Quatre jours ont passé déjà depuis sa soirée chez lui.
Une soirée inoubliable.
Ils ont ri, ils ont chanté.
Lui, Tarek, le petit beur, a même poussé la chansonnette, accompagné au piano par son idole. Jérémie est resté soufflé par ses qualités vocales et son oreille musicale. À tant boire et tant fumer, ils se sont ensuite effondrés comme deux masses sur les canapés.
Très tôt, l’émotion a balayé le sommeil du jeune homme mais, une fois debout, il n’a pas osé réveiller Jérémie. Alors il l’a observé avec attention, toujours conscient de l’impensable rencontre. Ses yeux se sont contentés de s’emplir des traits abandonnés du chanteur endormi et de l’expression enfantine que lui donnaient les rêves de l’instant.
Malheureusement pour Tarek, son quotidien sans saveur l’attendait. Sa grand-mère devait piaffer d’impatience. Paupières plombées au désespoir, il s'était résolu à repartir, à quitter ces lieux d’oubli de soi. Juste un petit mot d’adieu, avec retenue…
Ne pas paraître excessif, une fois de plus.
Ne pas lasser et faire entendre ses cris muets avec humour… Surtout faire rire… Pour les confessions, il verrait plus tard.
Mais quatre jours… Quatre jours !
Persuadé que Jérémie l’aurait appelé dès le lendemain, il s’est évertué à gommer les minutes qui formaient des heures et les heures, des journées… des nuits !
Quatre jours !
Il s’en veut de ne penser qu’à ça et de s’abîmer dans une mélancolie sans nom. On s’habitue si vite à l’absolu.
Il se détourne de la fenêtre et ses yeux tristes rencontrent le divan défait bordé d’un cosy minable acheté en salle des ventes et où s’entassent pêle-mêle livres et maquettes d’avions poussiéreuses et sans couleurs. Il avait dix ans quand il les a construites et, à cet âge-là, son bonheur pouvait prendre forme avec un tube de colle et des morceaux de plastique à assembler.
Il soupire et continue l’inventaire minable.
Bureau de merde en stratifié, vestige de ses études, sur lequel trône une petite chaîne compacte de mauvaise qualité qui ressemble à une grosse tête de mouche avec ses haut-parleurs arrondis à chaque extrémité. La chaise de cuisine aux pieds chromés et au dossier en formica sur laquelle il jette ses fringues avant de se coucher. Au-dessus du bureau, un poster de l’équipe de France de foot et un autre de Jérémie…
Jérémie Gil pour les autres. Pour lui, c’est Jérémie, son ami, du moins s’en persuade-t-il.
Qu’adviendra-t-il si le chanteur ne lui donne plus signe de vie ? Ses parcours immuables et l’ennui qu’ils promettent l’envelopperont à nouveau. Il n’a pas le courage, pas la volonté de faire marche arrière et de retrouver sa nonchalance et son ennui d’avant, d’avant six jours seulement.
Rien ne sera plus pareil.
Il se regarde dans le petit miroir accroché au mur. Il se trouve moche et, en plus, un petit bouton commence à incendier sa narine gauche. Il passe la main sur son visage de ce geste coutumier qui lui donne l’illusion d’effacer les instants pénibles et de pouvoir affronter avec plus de courage la suite des événements… Rien !
Il s’approche un peu plus du miroir et rectifie le tir. Il a une belle gueule arrogante ou soumise selon son humeur. Il examine ses dents, si grandes, si blanches, ses gencives… De ce côté-là, c’est le top. La bouche à présent… Les lèvres… Épaisses, sombres… Bleues, par grand froid… Il recule d’un pas, ôte son tee-shirt et se contemple de côté… Pas mal, ouais ! Un peu maigrichon mais bien dessiné, et puis avec des yeux comme ça… Des yeux d’âne comme dit sa mère, et chez elle c’est un compliment. Il sait bien qu’il plaît beaucoup. Il a si vite décodé les regards…
Il hausse les épaules, enfile un pull, prend ses cigarettes, son blouson, et se barre de chez lui en trois secondes en ayant soin au préalable de bousculer violemment Aquila, sa soeur qui,
tout à l'heure, a bravé sa sexualité et mis en doute sa "normalité". À bout de nerfs, elle hurle. La grand-mère ajoute en écho tout un chapelet de remontrances en arabe qui installe aussitôt une ambiance des plus cocasses à l’heure des infos sur la Une.
Il respire un bon coup et, une fois dans la cage d’escalier, avec un petit sourire, descend son bonnet jusqu’au yeux, vérifie dans sa poche s’il lui reste des capotes…
Pédé, lui ?… Et après !
/...











Pas plus d'inspiration qu'hier soir, alors encore un extrait d'un de mes romans... "Derrière les portes bleues".

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.../
Je me réveille brusquement et me relève d’un bond. Ma nuque ruisselle de transpiration et ma bouche est assoiffée. Je bats des paupières pour chasser le sable virtuel qui agace mes yeux. La chambre est obscure et n’offre pas de repère. Je consulte ma montre : quatre heures de l’après-midi. Pourquoi fait-il si noir ?

Un bruit de tonnerre répond à ma question.
L’orage.
Le vent de ce matin l’aura installé.
Je me lève, à moitié ensuqué. Maudite sieste ! Aussi détestable que celles, imposées par ma mère, quand j’étais petit et qui me plongeaient dans un ennui profond. Je ne trouvais pas le sommeil et, pour me distraire, je regardais par la fenêtre la rue immobile sous le soleil, la 4 CV Renault de papa, garée, dont le capot chauffé à blanc renvoyait des ondulations de chaleur, et les palmiers figés dans un ciel éblouissant.
J’ouvre les volets qui donnent sur la terrasse.
Dehors, l’horizon plombé écrase la mer. Je me suis allongé vers midi, exténué de n’avoir pas pu rencontrer Moez. Le résultat : un coma de trois heures.
De cet enfermement de l’air et des flots naît un silence inhabituel à cette heure-ci, un silence électrique qui laisse présager la dimension de l’orage, s’il éclate.
J’ai connu des montées d’eau spectaculaires à Tunis, comme à Carthage ou à Salammbô, de véritables crues à l’assaut des boulevards, des rues et des trottoirs. Ces pluies diluviennes devenaient un cauchemar de boue et d’alluvions pour les piétons et les automobilistes qui ne savaient plus quoi faire devant un tel déferlement.
Je regarde une dernière fois le ciel anthracite et, en même temps que ma tête lourde se réveille, mon chagrin se ravive doucement.
L’exil est pour bientôt, il faut que je m’y tienne. Je me dois de ne plus revenir ici. Je dois oublier mes projets. Le passé ne se conjugue pas au présent, ma sagesse pourrait naître d’un adieu définitif à la Tunisie, à ses mirages.
J’entre dans la salle de bain. Le bleu indigo de la faïence qui orne ses murs ne me séduit pas comme d’habitude. Je m’approche des lavabos et, dans le grand miroir qui les surplombe, je m’observe.
Je constate sans émotion particulière que l’ovale de mon visage commence à se relâcher, que les commissures de mes lèvres accusent la lassitude, l’amertume.
Je me fous de vieillir. Ces strates que les années installent en profondeur dans ma chair et qui viendront s’entasser, jusqu’à déformer mes traits, ne me préoccupent guère. Ce qui me navre et m’obsède, c’est le temps qu’il me reste… La triste impression d’être passé à côté de tant de choses.
Rien que des compromis entre les interrogations et les réponses sur le sens de la vie. J’ai du matin au soir des blessures si belles que je m’en acquitte de quelques larmes, mais ces calmes ruisseaux ne mènent nulle part et je suis sec comme les oueds que les pluies désertent.
Je me tiens si loin de l’énergie de mes vingt ans, quand mon désir de me dépasser était si fort, quand il me fallait regarder par-dessus l’horizon, tant je plaçais haut mon appétit de voir.
Les hommes étaient des étoiles. Je croyais en eux. J’écoutais de la musique qui rendait mon âme légère. J’écrivais des mots violents parce que j’étais violent d’amour… Et voilà ! Ce soir, je suis dans une salle de bain, couleur d’encre, perdu dans une maison immense, couleur d’ocre. Tout est derrière moi : ma gueule qui faisait rêver, mes yeux qui promettaient, mon corps qui exigeait.
Je retire avec lenteur mon tee-shirt et mon jogging, puis je me réfugie sous l’eau tiède et bienfaitrice de la douche.
Doucement, je lave mon corps sans que je puisse laver mon esprit. Me reviennent des images religieuses de grands peintres italiens, où le Christ nu reçoit l’eau sacrée du baptême...
Moi ! L’athée ! Penser à ça !
Je fais un effort pour chasser ces vieux fantômes divins.
De toute évidence, cette divagation est liée à mon échec avec Moez, qui me replace à l’époque toujours intacte, de mes douze à quatorze ans, quand jusque très tard dans la nuit, je copiais les maîtres de la renaissance pour comprendre leur technique, et que je jouissais de ce grand enfermement presque fautif aux yeux des autres. Déroutant… Je n’appartenais à personne. Déjà, bouillonnaient en moi des envies démesurées de partir, peindre, m’épanouir ailleurs… Les lendemains, quand j’arrivais au lycée encore dans les brumes de mes créations, j’avais un mal fou à redescendre sur terre.
Enfin, je parviens à me calmer.
Derrière l’écran de mes paupières fermées, défilent les moments de simple bonheur passés en sa présence : cet après-midi chez sa grand-mère, sur les hauts de Béja (il était heureux de me montrer sa campagne qu’il aime tant), où nous avions mangé des crêpes très épaisses avec du miel maison, très fort, très parfumé, notre voyage jusqu’au désert à l’écouter chanter dans la voiture, une fin de repas sur la terrasse, à somnoler devant la baie turquoise de Sidi… le rempotage d’une plante déracinée par mégarde, alors qu’il mimait à grands gestes comiques une danse arabe, nos mains dans la terre et nos fronts en sueur, cette incroyable poule blanche qui s’obstinait à déserter le jardin voisin et suivre chacun de ses pas… me reviennent aussi les portraits rapides à la mine de plomb que je traçais alors qu’il s’ennuyait à garder la pose… mes yeux de voleur sur son corps nu quand il dormait pendant la sieste.
L’intimité comme une grâce.
Comme un chemin inexploré.
Comme un écart à deux pas de la médiocrité.
L’intimité comme la possible entente des peuples sourds.
En attendant, le goût de Moez est sur ma langue, au bout des dents, et dans ma gorge.
Le goût de Moez est dans mes yeux, au bord des cils, et dans mes larmes.
Je ferme le robinet et sors de la douche alors que, dans un fracas éblouissant, la foudre s’abat tout près d’ici.
Je rêverais qu’un éclair magique illumine ma vie de cette façon, juste une seconde… le temps de voir clair dans mes ténèbres, de voir l’intérieur de mon corps… Un peu comme les médecins savent déchiffrer les radios muettes devant leurs écrans lumineux.
J’enroule une serviette autour de mes hanches. Je vais sur la terrasse. La pluie, en grosses gouttes bruyantes et espacées, commence à tomber.
Une nouvelle lumière, crue et bleue, zèbre le ciel. Soudain l’obscurité s’étend de toute part, sur le village, sur la mer, sur Bou Kornine et, là, sur moi, comme un suaire.
Je me tourne vers la chambre entrouverte, les lampes se sont tues.
Panne d’électricité générale.
/...
Pas d''inspiration ce soir... Juste un extrait de mon roman Bou Kornine /éditions Bonobo / 2004.

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Quand je pousse la porte et que je rentre chez toi, c’est toujours la même pénombre verte qui m’accueille avant de retrouver la clarté de la cour, toujours la même odeur, celle de la cuisine de ta mère, toujours la même ivresse .
Puis il y a ton petit frère Adnen qui se jette dans mes jambes avec son sourire inimaginable et qui ne parle pas encore français ; trop jeune. Il sait dire «  Bonjour » et je lui demande :« La bess ? » (ça va ?) et il me répond : « El-hemdoul-el-lah ! » (Grâce à Dieu ).
C’est ta sœur ensuite, avec ses yeux de sureau, sa bouche brillante, ses cheveux en cascade sur ses épaules et l'or de ses bracelets sur sa peau abricot.
Ta mère tarde encore quelques instants ; elle vient enfin jusqu’à moi en s’essuyant les mains dans un torchon et en baissant les yeux comme si elle s’excusait de quelque chose ou comme si elle doutait de son physique, alors que tous les hommes se retournent sur son passage quand elle fait les courses au souk de la Marsa.

Et puis au bout de quelques minutes de bavardage Adnen retourne à ses jeux d’enfant, ta mère retourne à sa cuisine, ta sœur s’éclipse avec son téléphone portable et je reste là, au milieu de la cour alors qu’on m’invite à rentrer. Mais je refuse toujours.
Je préfère m’asseoir sous le figuier et attendre…
Attendre…
T’attendre, plus exactement.
Tu aimes te faire désirer.



Tu arrives enfin et tu t’assois pour fumer une cigarette en silence tout en en faisant la gueule. Normal ! Tu fais toujours la gueule dans les premières minutes... et quand je te demande pourquoi, tu me regardes comme si tu jouais dans un western et en me lançant un : « Wallah ! tu es fou, je fais pas la gueule. » (Tu n’as pas tort, je suis fou.) Pour le reste, je ne suis pas dupe, je sais bien que tu fais la gueule parce que ça te va et que ça inquiète tout le monde…


... mais une fois dans la voiture, dès que les portes ont claqué, que 2PAC est installé dans le lecteur et que les enceintes déchirent nos oreilles, tu retrouves tes vingt ans, ton sourire et les mots de ton âge qui m’éclatent.


Le soir, quand je te ramène chez toi et qu’en descendant de la voiture, tu reprends ton petit air de macho, je ris intérieurement… Il faut bien que ta sœur et ta mère soient un peu inquiètes.
Pour un fils aîné… c’est bien le minimum !
Allez, mon frère, je reviendrai un de ces jours et on ira prendre un thé au Marsaoui, mais avant je te regarderai encore faire la gueule… rien que "pour le plaisir des yeux" comme disent les tunisiens.


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Dans les années 80, je décidai d’arrêter la musique et les enregistrements d’albums qui ne me satisfaisaient pas pour reprendre la peinture qui elle, ne m'avait jamais déçu.
J'étais très déprimé d'avoir perdu tant d'années dans une maison de disques à composer, écrire, enregistrer pour un bilan si éloigné de mes ambitions artistiques et de l'univers intimiste que je voulais créer.
Je me suis souvenu que j'aimais la Renaissance italienne et plus particulièrement le quattrocento. Celui-ci a su doucement me redonner de la force à reprendre mes pinceaux... J'étais très sensible à la statuaire antique et je la fis souvent entrer dans mes compositions ; même mes personnages furent et sont encore souvent intimement liés à la pierre.

Voici deux tableaux de cette époque où la statuaire classique est présente. Celui où l'on voit l’esclave de Michel-Ange multiplié dans un univers de verre brisé a été le tableau qui me fit démarrer définitivement dans ma carrière.


Dans ces années, j’avais le temps de sculpter. Voici certains de mes bronzes exécutés avant que je quitte Paris pour la campagne normande.

J’ai très envie de me remettre à la sculpture de façon assidue.
C’est un art difficile qui nécessite beaucoup d'énergie et je sens qu'il va falloir me lancer avant qu’il ne soit trop tard !
J'en fait encore quelques-unes, mais aujourd'hui j'ai l'ambition d'oeuvres plus conséquentes où le corps serait matière à témoigner d'une certaine idée de la souffrance, de la douleur du monde, de la mort ; des sujets violents et torturés.
Vous me connaissez... Toujours optimiste… !


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U
ne piste dans l'errance... des croquis pour me souvenir que la lumière côtoie souvent l’ombre ; que les chroniques des jours heureux sont souvent des chroniques du passé et qu’il faut encore me nourrir des rêves d’antan pour mieux construire ceux de demain, vacillants et fragiles, mais bien là.
L’usure du temps peut sublimer les objets, rarement les êtres ; je veux croire pourtant que la patine peut satiner les temps à venir.


Ces visages qui ornent les murs de mon atelier sont tous enfouis au fond de ma mémoire. J’ai mal à croire qu’un jour, assis à même le sol, tout contre un mur, je les ai faits dans la lumière tunisienne ; je les ai faits, tout enveloppé du grésillement des rares insectes osant braver la chaleur et de Moez râlant contre l’immobilisme que je lui imposais.
J’ai souvent lu que les peintres recherchaient les couleurs du Sud, des couleurs qui vibrent sous le soleil.

Je sais aujourd’hui que c’est vrai.


Ce matin, le brouillard enveloppait la maison et je n’avais aucune envie de me tenir devant mon chevalet. Maintenant il a fait place à un soleil généreux et je vais revenir sur ma toile. C’est enfin possible.
J’aimerais me lever chaque matin dans la lumière d’un jour radieux.
J’aimerais me lever chaque matin entouré des particules qui s’éparpillent dans les rayons du soleil comme des poussières stellaires.
J’aimerais me réveiller près de Jean-Charles et préparer notre petit déjeuner avec paresse avant de l’installer sur la faïence tiède d'une table abandonnée sur la terrasse, face à la mer.
J’aimerais… et quand j’aime, tout se réalise.
J’attends donc avec patience cette occupation du Soleil sur notre peau qui s’y prêtera sans résistance...

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Me voici de retour dans un des coins favoris de mon souk… en Normandie, où je calme mes blessures.
De mon étroit périple dans le sud, à déjeuner sur le pouce et à me rendre au plus vite au chevet de ma mère, il me reste l’étrange fusion de nos regards, de nos mots, de nos silences.
San Salvadour, le lieu où elle tente de recouvrer la santé est un endroit sublime et calme au bord de la mer ; les cigales sont les seules à se permettre de chanter. La végétation y est luxuriante, l’odeur des résineux, enivrante.
Le courage de ma mère est extraordinaire, mais elle veut en finir dans le fond. Elle n’accepte pas la diminution.
Ma sœur prendra le relais jusqu’à ce que je revienne à son chevet.
Quand je suis parti hier, elle m’a dit en plaçant ses mains autour de mon visage : « n’oublie pas, Trésor, tu es l’idole de maman ».
J’étais très ému et bien après mes sourires confiants de circonstance, mes larmes ont pu couler sur le chemin de retour, quand bringuebalé dans le car de 18 h 30 comme tous les jours, des jeunes gens déjà bronzés riaient aux éclats, écoutaient leur MP3 et commençaient leur vie… Étrange périple en terre de contraste.
Dès que j'ai récupéré, je reviens, c'est promis...

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C’est au cours d’un de mes vernissages parisiens en 1998, que j’ai rencontré Hicham Nazzal. Il avait dix-huit ans et demi, un visage très expressif... Immédiatement je lui ai fait part de mon désir de le peindre. Il se donna une semaine de réflexion, puis finalement, accepta. Très vite les séances de pose commencèrent avec Massive Attack en fond sonore et très vite aussi nous sommes devenus des amis.

    Il m'inspira cette première toile : "Hicham"

    Puis cette autre ,éloignée de sa personalité, mais qui mettait en avant son physique...

    J'enchainai avec celle-ci qui faisait partie d'un tryptique pour dénoncer le racisme.


À l’époque, Hicham était déjà un vrai cinéphile et il suivait des cours de théâtre privé. Sa volonté était farouche.
Rien d’étonnant d’être parvenu, si vite, à devenir comédien... Parallèlement à son métier d’acteur, il a été animateur d'émissions à la télévision, en France comme à l’étranger. Il a écrit de nombreux scénarios et d’ailleurs, il est en train de mettre sur pieds celui de mon roman « Bou Kornine ». J’en suis très heureux. Il n’y aura plus qu’à trouver un producteur…


... Hicham est très cultivé, très subtil, brillant même, mais lorsque nous sommes ensemble, il me fait surtout mourir de rire, à toujours raconter des anecdotes croustillantes doublées d'excellentes imitations. Et puis nos origines méditerranéennes sont suffisamment proches pour créer cette entente particulière des gens du sud, cette faculté à nous moquer de nous-mêmes (sans oublier les autres…)

Je ne suis pas l'agent d'Hicham, aussi je ne peux pas vous donner la liste complète de ses films ou des nombreuse dramatiques qu'il a tournées pour la télévision, pas plus que les courts métrages, mais je vous cite ses trois derniers de mémoire.

2006 SCORPION de Julien Séri,
2006 J'AI REVE de Hormoz,
2005 MUNICH de Steven Spielberg,

Vous trouverez toute sa fimographie et ses projets sur son blog.


Hicham et moi, le soir de la signature de mon dernier roman à l'automne dernier, "Blessure animale" aux éditions Bonobo, et dont le tableau "Hicham" a servi la couverture.

 

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    Voici le début de mon premier roman "Neiges d'octobre" publié aux éditions H&O en 1999 (épuisé) et plus tard édité dans son intégralité aux éditions Cylibris en 2000.

    Le bruit mat de sa nuque contre le mur ne m’a pas surpris sur l’instant, je crois même qu’il m’a soulagé. Mais là, dans le silence inhabituel, je l’entends pulser et marteler mon crâne avec la fidélité imbécile d’une boîte à rythmes.
    Je retrouve la stupeur de mes seize ans quand, dans un moment de panique, après l’avoir jetée à terre, je demeurai hébété devant une souris morte à mes pieds.
    Pareil… Même choc ! Assourdissant et silencieux… Même paix artificielle après.
    J’ai aussitôt avalé ma salive et n’ai plus bougé. Au moindre geste, la réalité aurait pu reprendre ses droits.
Délivré et perdu à la fois.
    Alors, je suis resté déconnecté, à rechercher quelque chose d’indéfinissable… Peut-être la solution ou la marche arrière. L’espoir de vivre un cauchemar.
Le plaisir du soulagement a été trop bref, et l’horreur venait de commencer.
Son immobilité m’a déconcerté. Rien, en dehors de cette constatation, ne concluait à la mort. Sa peau était toujours dorée, ses yeux vifs et sa bouche brillante d’une salive intacte.
    J’ai attendu, attendu.
    Des heures.
    Oui, des heures, puisque le soleil n’inonde plus la pièce. Ce n’est pas spectaculaire, mais déjà ses lèvres se ternissent et n’arrivent plus à garder cette moue hautaine qui lui donnait l’air de toujours se foutre de la gueule du monde. Une sorte de rictus la remplace. Et puis ses yeux ne regardent vraiment plus rien, une de ses paupières tente même de s’abaisser en un sinistre clin d’œil qui me glace le sang.
    J’amorce un mouvement qui fait s’échapper de ma gorge un cri de douleur. Ma trop longue immobilité à genoux près de lui a eu raison de mes articulations.
    L’angle de vue ainsi modifié, je crois une nouvelle fois qu’il n’est pas mort. Je m’approche. Ma main, après une hésitation, se pose sur son visage.
Presque froid ! Déjà ! Merde !
    C’est terrible. Ce matin, en se levant, il ignorait que pour la dernière fois il actionnait les lamelles des stores avant de boire son dernier café.
Comment se fait-il que nous ne sentions pas venir cet ultime instant de rupture… Faut-il être fou pour accréditer nos capacités à pressentir les évènements… Rien !… Rien sur sa face de bellâtre ne reflétait une quelconque inquiétude, une quelconque angoisse du devenir. Il s’était admiré longuement dans le miroir de la salle de bains tandis que je cherchais un pansement pour une stupide coupure au doigt. /...


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Mon travail d'artiste peintre, auteur et photographe...

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