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Le blog de Michel Giliberti

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Articles avec #michel giliberti


De toutes les douleurs, celles qui nous défont sont souvent les plus ordinaires comme les gestes de l’habitude qui, l’air de rien, grignotent notre belle énergie d’autrefois qui nous fit surestimer notre vie, l’imaginer sans blessure, moins barbare et si grande… Aussi grande qu’une traînée de poussière cosmique dans le noir sidéral.
Ces gestes de l’habitude qui, à casser l’enfance, construisent notre condition d’homme.
Alors, nous marchons sur les boulevards et nous rencontrons des visages tendus ou fatigués, des visages qui nous ressemblent… Nous reprenons les mêmes ascenseurs ne menant nulle part, nous refaisons la queue dans les magasins, nous nous excusons d’avoir heurté quelqu’un… nous consommons le consommable.
On s’enferme…
Nous avions pourtant convenu de vivre l’ouverture… pas l’entrebâillement.


Adolescent, j’aimais frissonner à lire « Les chants de Maldorore ».
Ce cher Isidore Ducasse me faisait entrevoir les bassesses et les horreurs d’un monde que j’étais persuadé ne devoir jamais reconnaître. Dans ses chants, il parlait des petites choses, des petites épaules, des petits enfermements, des petites aigreurs, des petits commérages et de l’absurde qui mènent au crime.
J’éteignais la lumière, je fermais le livre si loin de mes réalités et m’endormais dans la douceur de ma chambre.


Le temps est passé et depuis, la cruauté de sa clairvoyance s’est révélée à mes yeux.
Elle cohabite parfois avec moi et me fait accoucher de bébés monstrueux dont je partage la paternité dans mes peintures avec le Lautréamont de ma jeunesse.
Tous ces monstres sont mes chants, mes fausses notes, quand la médiocrité des détails, à tant se fondre dans le quotidien me fait parfois oublier la tragédie des choses sérieuses de nos vies.

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Sidi Bou Saïd... encore. © Giliberti / 2006

J'écoute Souad Massi et je pars dans un univers soyeux qui me rappelle combien nous vivons souvent à l'ombre de nos émotions, à ne presque jamais les interpeller comme si elles risquaient de nous dévoiler et nous compromettre.
De toutes les choses saisissables, l'émotion est souvent celle qui nous empêche, celle qui nous prive.
Je rêve pourtant de m'allonger à l'ombre de murs sable et d'épier la tendresse qui s'y glisserait.
Les clameurs de la mer seraient tout autant de douceur et gouverneraient mes gestes si souvent arrêtés aux sens.
J'incendierais quelques lampes sur la terrasse en fin d'après-midi, déposerais des fruits dans les coupes et respirerais le jasmin qui commencerait d'emprisonner mes rêves.
Il y a des soirs, comme ce soir, où m'oublier serait la délivrance la plus subtile, la plus neuve.
Elle briserait le masque que je porte depuis tant d'années et qui m'empêche de regarder
ma dissidence, comme un éxil dans le bonheur.
Oui, Souad Massi m'emporte une fois de plus dans un ailleurs qui est mien ; si proche d'être le nôtre.
Denya wezmen (C'est la vie) (album : mesk elil)

La maison © Giliberti / 2006

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Quelques photos de mon vernissage d'hier soir dans l'album.
C'était génial, chaleureux et très... oriental (avec même Oum Kalsoum en musique de fond.)
Il y avait des tagines, des dattes, des narguilés, des fleurs, des bougies et beaucoup de monde.


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Je vis des jours difficiles, comme une grâce qui m’échapperait.
De tout temps, j’ai côtoyé la noirceur de l’âme et la mélancolie subtile.
De tout temps, celle-ci ne m’a jamais effrayé.
De tout temps, elle m’a aidé à me construire en exaltant ce qui colle à ma peau : l’écriture, la peinture et bien sûr la musique.

De tout temps, enfin, j'ai pu d’un mot, d’un rire, la renvoyer ailleurs, la mettre en attente jusqu’à ma prochaine dépendance créatrice.



Aujourd’hui, ma mélancolie se rapproche d’une spiritualité que je ne pensais pas trouver chez moi. Tous les réflexes de rupture avec elle se sont effondrés depuis que le danger des choses de la vie rôde, me frôle et parfois même me bouscule.
Une petite voix contredit toutes les grandes vérités qu’il me plaisait à lancer en société et qui depuis peu menace mon orgueil…
Dans ces moments de grande fragilité, j’aime à me souvenir de mon enfance et des parfums qui m’enfermaient. Je pense aux gestes de ma mère, à ses gestes de grande affection… à ses mots bien simples grandis d’amour.
Je revois ce petit garçon pétri d’invention, de révolte et de grandeur qui aujourd’hui – devenu grand – rit bien de lui, de se savoir toujours petit alors qu’il s’attachait à croire le contraire.
L’enfance est une ombre attachée à vos chevilles ; elle me rappelle ces chiens perdus et têtus qui décident parfois de suivre vos pas, comme s’ils vous reconnaissaient une paternité, comme s’ils sentaient que vous étiez aussi paumé qu’eux. Il ne faudrait pas se retourner.
La rencontre avec leur regard risque la compromission…
Hélas ! j’ai parfois plus d’aisance à me retourner qu’à décider d’une avance héroïque.
C’est peut-être ça le masochisme… Masoch… Un nom qui me parle.

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Lorsqu'en 1973, dans la fumée et le brouhaha d'une boîte de nuit branchée à l'époque, tu t'es approché de moi pour me dire en souriant que j'avais l'air de m'ennuyer, ni toi ni moi savions à cet ultime instant, que nous venions de nous embarquer pour un voyage de trente-quatre ans de vie commune qui continue toujours; une vie à tant s'aimer, à tant rire, même quand elle ne nous fit pas de cadeaux.
Aujourd'hui, si la grande nuit froide devait définitivement bâillonner nos rires, éteindre nos yeux et séparer nos corps, l'écho de notre amour se ferait encore  entendre... toujours ; car de ses terres et de ses mers
que nous offre la Terre, de ses ocres et de ses marines, de ses pourpres et de ses nacres, les hommes ne retiennent jamais que ce qu'ils ne voient plus.

Photo © Giliberti / Jean-Charles 1974

Alors pour ceux-là, mon amour, nous serons là, à bercer de notre souffle les fleurs de cette terre fatiguée d'avoir tant donné. Oui, nous continuerons à nous extasier du vol des oiseaux, du bruit du vent dans les arbres, des coquelicots  et de la beauté des êtres simples.
Peut-être même, descendrons nous visiter notre jardin et qui sait, entre les bruyères et les ellébores, entre les bambous et les camélias, nous apercevrons deux personnes s'aimer d'un  amour aussi fort que le nôtre et s'appliquer à faire grandir ce que nous avons planté.
Nous pouvons à tout instant partir... hélas!
C'est le sens même de la vie, le sens de tous les voyages sur terre.
Mais demain, ici ou là-bas, tout sera encore et toujours aussi beau, toujours aussi bleu que tes yeux.

Photo © Giliberti / Jean Charles 1974

Tu as été la barque sûre,
Et j'ai glissé, confiance aux yeux.
Tant de naufrages pourtant,
Nous ont fait signe
À la trouée des nuits d'enfer,
Quand les éclairs griffaient le ciel...
Tant de batailles amères
À la virée des soirs d'alcool
Quand la raison quittait le pont.
Mais je t'aime.
Je t'aime du matin gris,
Aux nuits violettes,
Du soleil blanc
Aux neiges sales.
Je t'aime au centre des délices
Je t'aime à l'angle de la mort.

 in Bleus d'attente © Giliberti



Photo © Giliberti / Un peu de notre jardin en automne.


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Ce tableau a une histoire : il me fut volé par un petit escroc qui s’était proposé de m’exposer sur un stand à La Bastille dans le cadre du Grand marché d’art contemporain, c’était en 97.
Je vous passe les détails, et voilà… À la fin de cette manifestation, ce mec embarqua la plupart de mes grands formats dans un camion afin de me les ramener chez moi, mais lui et son véhicule se sont volatilisés dans la nature. Je lui avais fait confiance, car je trouve toujours touchant quelqu’un qui se bat pour l’art et son énergie avait de quoi séduire.
Je dois ajouter qu’étant exposé depuis 1981, j’avais rencontré pas mal de gens dans la profession qui m’avaient parlé de lui en termes rassurants.
Après cette escroquerie, j’ai eu un deuxième son de cloche, mais un peu tard.
Un de ces tableaux volés a été vendu à Drouot… Un comble !
Je l’ai su trop tard… Mais j’avais un faible pour celui-là pour sa beauté et pour son humour : « Mon Saint Sébastien ne risquait pas grand-chose devant de tels soldats… »


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Bohringer l'Africain.

Hier matin, à l’émission Le fou du roi, j’ai entendu Richard Bohringer parler, en compagnie de sa fille Romane, du film dont il est l’auteur et qui se passe en Afrique.
C’est beau une ville la nuit.
Et c’est beau un mec comme lui, en matinée ! ça fait un bien fou de l’entendre ! ça décrasse les oreilles. Il parle si bien de ce pays fascinant. Chacune de ses envolées surprend, car chacune, humble ou flamboyante, vient du cœur. Il n’a pas le souci de composer, ni de tomber dans un misérabilisme de salon dès qu’il s’agit de décrire la souffrance d’un peuple. Non, il veut juste faire partager sa sensibilité, son émotion, son amour pour cette terre d’Afrique qui lui a tant donné, jusqu’à l’envie d’en obtenir la nationalité.
Beau contraste, à l’heure de « l’immigration choisie », belle chaleur et clameurs nouvelles dans l’espace étroit de nos vies coutumières.
Oui, il y a des hommes, des baroudeurs magnifiques qui s’offrent à l’inverse des héros pâlots de contes de fées, des histoires où les princes et les princesses sont noirs, de la plus belle des couleurs, de la plus somptueuse qui s’oppose à celles, criardes, du racisme.


Richard Bohringer et sa fille Romane qui joue dans ce film sont un peu de soleil dans l’eau froide, une éclaboussure de printemps en plein nouvel hiver… l’image d’un père et d’une fille comme je les aime, comme j’aimais celle de Serges Gainsbourg et de Charlotte. L’image d’une complicité créative.



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Le 23 novembre, date de mon prochain vernissage, approche à grands pas. Avant de poster quelques photos de mes derniers tableaux, je mets en avant un de ceux que je porte dans mon coeur et qui illustra l’affiche d’une de mes expositions, il y a quelque temps déjà. Il met en scène ce que j’ai toujours aimé dans la peinture ; la tragédie dans un grand souffle allégorique. J’ai toujours eu un faible pour ce genre et en particulier pour le Radeau de la Méduse que j’ai déjà évoqué dans l’un de mes précédents articles (l’inconséquence).
Même si je ne pensais pas à ce tableau pendant que je construisais le mien, mon inconscient a dû me guider. En premier plan, on voit un homme accablé et soutenu par un autre qui semble appeller au secours. Il y a bien de la tragédie dans l’air… Derrière c’est le vide resserré autour d’une construction en bois, une sorte d’épave en forme de croix désarticulée comme l’image d’une religion qui s’abîme.
Je ne sais plus tout à fait ce qui me poussa à ajouter, dans les derniers moments alors que je pensais avoir tout exprimé, un poisson retenu par le personnage du premier plan, un poisson emmailloté comme une momie, ou un bébé… Un Moïse totémique partant à la dérive ? Méduse, poisson, mort, bébé, naissance, prophète, eau… Commencement de la vie ?… Fallait-il encore un Dieu au-dessus de ce bûcher de l’athéisme ? Peut-être. Mon éducation catholique a de toute évidence laissé des traces… Si ces dernières contredisent parfois l’athée que je suis devenu, elles ouvrent aussi les portes du mysticisme dans certaines de mes créations et alors, je ne vois aucun inconvénient à être imprégné des contes et des légendes.
Aussi, pour être en accord avec mon inconscient, j’ai choisi un Dieu qui n’embête personne : Poséidon.
De tant de légèreté, seuls mes héros, ces « enfants de Poséidon » semblent souffrir de n’avoir pour Dieu, que ce père-là… ou l’inverse.

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Moez est un de mes modèles préférés. C’est aussi un ami. J’aime beaucoup traduire sa mélancolie au fil des nombreuses toiles que je fais de lui. Il a une façon amusante de poser. Chaque fois que je lève mon regard sur lui, il me fait un clin d’œil, sourit, et reprend son sérieux.
Au début, il n’aimait pas poser, mais l'année dernière, lors de mes expositions à Carthage et à Bizerte, après s’être vu sur plus de vingt toiles de grand format, ça a été le choc. Il ne s’attendait pas du tout à ça. Mon travail, même s’il le connaissait déjà à travers des livres ou des affiches, ne déclenchait chez lui que la curiosité.

                        Maison de la culture Cheikh idriss / Bizerte


Le soir du vernissage et les jours qui suivirent, des jeunes gens garçons et filles s’intéressèrent à lui, lui posèrent un tas de questions, un journal écrivit même « Moez, le héros de l’exposition ». Je me souviens qu’à la lecture de ce papier, il a rougi. Il réalisait enfin tout le chemin parcouru depuis les simples poses sur la terrasse, à la campagne, ou à la maison, jusqu’au rendu final. Depuis il apprécie ces moments privilégiés entre un artiste et son modèle.
À la fin du vernissage de Bizerte, Jean-Charles mon compagnon, Jalila, ma grande amie, ses enfants, et Moez bien sûr, sommes tous allés à Gammarth dans un bar branché en plein air où nous avons bu pour nous détendre de la longue soirée… À un moment, au milieu des rires et de la musique, Moez s’est penché à mon oreille et m’a avoué qu’il était heureux, comme jamais. Il a ajouté : « J’ai le moustique… » (Son expression pour dire qu’il était un peu ivre.)
Il faisait chaud, l’air était embaumé. Dans l’ambiance tamisée, une piscine éclairée de l’intérieur nous renvoyait le cristal bleu électrique de son eau. J’étais heureux. J’avais tous ceux que j’aime autour de moi, mon exposition avait fait grand effet et j’étais sur ma terre natale…
De beaux souvenirs…


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J’écoute Jehro, Continuando… une chanson que je mets en boucle depuis quelques minutes. Une chanson dont la mélodie pleine de soleil et de tristesse  m’atteint comme aux jours de fin d’été, quand, à contempler une plage vide, on réalise que les heures orgueilleuses passées à ne rien faire redeviendront bientôt des heures barbares.
Mais ce n’est pas exactement ce que j’éprouve… J’ai parfois l’impression que l’écriture manque d’elle-même et non des mots dont on croit qu’ils suffiront… juste d’elle-même, ou plus sérieusement d’une « sous-écriture », qui serait au plus près de la pensée.
Une « sous-écriture », comme une langue qui traduirait mes phrases et exprimerait davantage, comme mon reflet dans une flaque d’eau qui me prolongerait.
L’exigence que je soulève est un leurre, une invention de mon cerveau malade de n’être jamais complice de mes appropriations. Le sang qui coule dans mes tableaux est, tout autant que dans mon écriture, un signe d’hémorragie métaphysique dont les racines plongent dans l’enfance.
Plus j’avance sur ce chemin étrange de la résistance à la mort, plus je m’aperçois que tout est beau, mais aussi dénué des critères symboliques que je lui accordais jusqu’ici.
Où se trouve la spiritualité vers laquelle je tente de m’élever, moi l’athée inspiré ? Mon ambition a ses limites.
Et voilà, je voulais dire que j’aime la Terre, mais une fois encore, mes phrases, aussi libres que moi, m’ont trahi.
L’écriture, ce troc de la pensée entre les lecteurs et les auteurs, aura été la forme substantielle de ma vie.
Même quand je peins.
Même quand je joue d’un instrument.
Même quand je me fuis.
Elle m’aura permis de terminer la rédaction de deux nouveaux romans (l’un d’eux évoque mon enfance en Tunisie). Il faut d’abord que je m’en imprègne avant de les laisser s’échapper, que je cherche encore la « sous-écriture ».


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