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Le blog de Michel Giliberti

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Articles avec #michel giliberti


Le repli sur soi est un asile intemporel et enivrant ; le mien enferme mes appréhensions avec tant de précautions qu’il me fait croire à une étreinte.
Comme l'animal revient toujours à son points d’eau, la solitude, fidèle, a soif de moi et des rythmes qu’elle y trouve.
Souvent, quand descend le soleil à l’horizon, j’ai des oublis vertigineux du monde. Je suis alors en proie à mes dérives venues d’une autre rive, d’un autre pays, d’un autre pan de ma mémoire.
Dans ces moments, distrait de toutes les choses qui réconcilient l’homme à la terre, je rêve de me glisser dans la peau de ceux qui savent rencontrer le bonheur et en jouir.
Moi, c’est toujours difficile. Le bonheur reste une escale dangereuse, alors même que je le côtoie depuis des décennies.
Lorsque j'avais vingt ans, quand j'acceptais de briller en société et d’être celui qu’on remarquait, j’éprouvais de l’amertume à faire croire que ça me convenait. Je me trouvais stupide de jouer le jeu, alors qu'en moi, tout me poussait au repli, tout me criait que rien ne dure, que le bonheur est une chimère, que ma jeunesse n’était qu’une enveloppe passagère.
Je ne pouvais parler de cela à mes amis avec qui je partageais en toute complicité tant de choses simples… Comment leur aurais-je expliqué que j’avais froid quand ils avaient chaud et que j’étais là-bas, quand ils étaient ici.




Je crois que c’est cela que je laisse traîner dans mes toiles... une certaine esthétique des choses et des gens, mais abimée et entravée par l’impossible jouissance du moment.
Quand Romain posa pour ce tableau, je l’ai laissé s’enfoncer dans une absence qui me rappelait la mienne à son âge… J’ai ajouté entre les doigts de sa main droite l’inquiétante représentation de la blessure et de la mort, la sienne ou celle des autres… tout près du sexe, comme une castration ; la mort comme une complice qui vous tue, la mort comme un crime !




Je ne devrais jamais écrire sur les coups de 19 heures, c'est l'heure de tous mes démons... quand je pense que génerallement, une heure après, tout va mieux, je me trouve nul d'avoir la tentation d'écrire trop tôt.

Romain fume sur ce tableau ; c'est presqu'une ancienne époque, puisque "demain", il sera interdit de fumer dans les lieux publics.
Et ce n'est pas fini, on va tellement s'occuper de notre santé, que l'état, gardien des lois, finira pas être notre geôlier.

 Carpe diem, carpe diem...



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Ce grand tableau de D’geyrald devait être le premier d’une série. En fait, nos emplois du temps respectifs ne nous ont pas permis d’aller plus loin.
C’est un beau souvenir.
Nous avions longuement parlé ensemble du métier de chanteur, (métier que j’ai pratiqué dans les années 70) de la fragilité qu’il peut installer chez un jeune propulsé trop tôt (et souvent mal) dans un système qui lui échappe.
J’avais envisagé de lui écrire des textes de chansons, mais comme toujours, il est difficile de maintenir toutes les promesses, dès lors qu’on ne se voit pas assez souvent.
Il y a quelque temps, nous nous sommes rencontrés pas hasard devant la librairie Blue-Book. Nous avons pris un pot ensemble et il m’a parlé avec enthousiasme de sa passion pour la peinture, de ses projets en la matière et surtout de son investissement
en Afrique au sein de sa fondation "Association Soleil d'art".

Beau mec, belles idées, bel entrain.




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J'avoue ne pas trop avoir le temps ces jours-ci d'écrire sérieusement, alors, j'en profite pour laisser quelques traces de mes romans... ce passage est extrait de "Le bruit paisible des secrets", une histoire d'amour conflictuelle entre deux frères qui ne se connaissaient pratiquement pas.


 




(...À ce moment du roman, Guillaume le frère ainé se précipite en voiture à l'hopital où son jeune frère, tombé dans un comas éthylique vient d'être transporté ...)


[...] Il sait qu’il aime son frère. Il sait que c’est malsain aux yeux des autres, mais il s’en balance. Il ne peut rien combattre.
    Si Romain devait mourir, il se tuerait sans hésiter.
    Tout ce chaos terrestre n’a de sens que si l’étincelle qui brûle son âme a le droit de se consumer.
    Envers et contre tous.
    Le ciel de plus en plus gris vire au beige, plus exactement à la couleur du mastic. Il pourrait neiger d’ici ce soir ou demain.
    Onze heures moins dix.
    Il allume la radio.
    Emminem transperce son cerveau.
    Terrible, cruel, violent.
    Insensé, dans ce décor de silence.
    Les mots du rappeur traversent l’espace clos de la voiture, comme des coups de couteau. Ils s'abattent, ils s'abattentsans cesse! Guillaume les reçoit dans son corps, alors que, tournant après tournant, arbre après arbre, la route de campagne défile, traverse les forêts bordées de fougères desséchées, les champs immenses que les corbeaux,
en véritables propriétaires, survolent.
    Il n’essaie pas de comprendre ce que vomit Emminem, mais sa rage lui convient. Elle lui balance une correction en pleine gueule, comme une haine justifiée.
    Guillaume presse le bouton de la radio pour accentuer les décibels meurtriers et prendre conscience de son impossibilité à apprivoiser le malheur.
    Aucune piste dans sa tête.
    Aucune balise.
    Aucun garde-fou.
    Épuisé et nomade, il ne sait plus où se trouve l’essentiel. Il ne sait plus où se poser, établir une base définitive. Y aurait-il quelque part dans cet univers où prône l’ordre des choses, l’écriture d’un fou qui lui redonnerait raison ?
Évreux se dessine en bas de la nationale qu’il vient de prendre à la sortie du dernier village et dans quelques minutes, il se retrouvera à l’hôpital.
    Son cœur bât très fort.
    Son déménagement matinal et sa nuit d’ivresse se font ressentir.
    Ses membres sont douloureux.
    Son crâne lui fait mal.
    Il ferme la radio.
    Emminen la boucle.
    Guillaume veut gueuler.
    Du plat de la main, il balance un coup violent sur le volant et serre les mâchoires.[...]


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Ce tableau a servi à faire la pochette de mon livre "Les yeux silencieux". Je trouvais que ce personnage était très proche de Thibaud, le jeune garçon un peu autiste du roman.
 


[...] La voiture s’immobilise sur le parking, les garçons en sortent et se dirigent vers l'entrée d’un immeuble devant laquelle tois autres jeunes discutent emmitouflés dans leurs doudounes.
    Claquements de mains, tapes amicales sur l’épaule pour la rencontre, et tous décollent aussitôt vers un autre immeuble. Les dos sont ronds, les bonnets bas et la démarche impressionnante. Tous les sept avancent silencieusement dans l’éclairage sans fard des réverbères puissants ; la cité doit être claire, lisible, et n’effrayer personne. Elle inonde de clarté des jeunes gens qui aimeraient partager des secrets, des rires sans avoir un avant-goût du poste de police en pleine gueule. Aussi, de temps à autre, dans le silence des nuits profondes, quand dorment les télés, on entend une ampoule à décharge exploser sous des jets de pierres anonymes. Dès le lendemain, ce petit halo d’obscurité devient le centre des lumières.
    Fini la cave !
    – Où est son bloc ? demande Vincent.
Rachid renifle et pointe du menton un autre grand ensemble, La pépinière.
    – C’est là-bas... l'immeuble Les Marjolaines.
    – Les Marjolaines ? C’est joli !
    – Quand tu verras ceux qui y squattent, tu trouveras qu'il aurait dû s’appeler «Cannabis ».Tout l’ensemble, d’ailleurs !
    Vincent sourit, mais redevient vite sérieux. [...]

  In "Les yeux silencieux" (Editions bonobo - 2003)


[...]
    – Faut se rendre au point d’eau et boire avec les autres animaux… On f’ra gaffe aux prédateurs, c’est tout. Y aura toujours des dieux cachés pour inventer nos rêves… Des pluies tièdes pour nos blessures.

    Vincent prend une grande inspiration et clôt son lyrisme à regret. Il ne veut pas engluer Thibaud dans des discours trop réfléchis ou trop éloignés de la réalité.
   Pourtant… Il voudrait encore lui dire qu’il vient de comprendre que l’on s’égare vite, que notre minuscule énergie dans le cosmos n’est rien d’autre que l’énergie de la peur, et que dans la Voie lactée les questions sans réponse ne renvoient qu’un ultimatum : s’aimer !
    Il voudrait lui dire ses impatiences, ses hésitations… la sagesse qu’elles lui inspirent.
    Il voudrait lui dire que l’on peut avoir vingt-deux ans et envisager pourtant une vie à se nourrir d’un même corps.
    Il voudrait lui dire le rien, la fascination de l’essentiel… Le sable brûlant entre les doigts, les grillons invisibles dans la nuit, les vertes lucioles qui palpitent dans les jardins profonds.
    Alors, il ne dit pas tout ça, même si Thibaud lui donne des ailes.
    Alors, il s’approche encore.
    – Je t’aime !
    Il lui a dit le tout ! [...]

In "Les yeux silencieux" (Editions bonobo - 2003)

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Oui, je sais... c'est sûrement un peu trop, mais faut bien rire dès le premier jour de l'année, non ?
D'ailleurs mon guerrier se marre lui même !
Allez, @ très bientôt et vive 2007.


* Paix et salut  (expression employée pour souhaiter la bonne année en Corse. Ma mère est corse...)


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Quand la tempête des éléments prit fin, l’originelle couleur des temps devait être celle-là… ce jaune un peu fané, ce jaune de soleil épuisé, ce jaune du ciel dans son suaire de chaleur qui devait encore emprisonner et pourtant libérer les forces vives ; déjà.
Avant les vœux de demain, juste l’aveu de deux mains ; deux mains nomades sur les touches d’un clavier ; deux mains qui s’efforcent, tant bien que mal, de rendre vivant le voyage de l’enfance pour que ne tombe jamais la fièvre qui incendie les rêves.

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Pour changer un peu de mes peintures, voici un de mes bronzes.
J’adore sculpter, mais entre l’écriture, la peinture, le jardinage, et tout ce qu’il faut faire au quotidien, je n’ai plus assez de temps pour entreprendre tout ce que j’aime. Il faut faire des choix.
Je sais pourtant que je me remettrai un de ces jours à la sculpture.


Je ne sculpterai plus…
La veine d’améthyste
Sous l’ambre de ta peau
Me rassasie du marbre.

Je n’esquisserai plus…
Tes yeux de pierre noire
Dessinent mes ardeurs
Et gomment le sommeil.

Je ne ferai plus rien…
Tes gestes de ruisseau
Tes danses autour du puit
Suffisent au créateur.

Je ne vieillirai plus…
La pourpre de tes lèvres
Incendie mon déclin
Des plus rouges clartés.

© Giliberti / Bleus d'attente


Preuve de mon amour pour la sculpture, ce très vieux tableau représentant un tas de statues classiques enchevêtrées de façon chaotique.
À l’époque, j’étais désespéré de voir à quel point l’art figuratif semblait désuet devant le moindre objet abstrait, la moindre installation, fut-elle un simple amas de gravats. J’avais donc imaginé que les pièces académiques des musées finiraient un jour à la décharge, formant en quelque sorte de nouveaux musées « branchés ». (L'ange n'étant qu'une métaphore de la mort de l'art figuratif.)
Je n’ai rien contre l’abstraction aujourd'hui et même, je ne peux compter les toiles et les sculptures abstraites qui savent me séduire. Il faut dire qu'à l’époque, j’avais quelques blocages, car le seul fait d’annoncer que j’étais un artiste figuratif relevait du parcours du combattant et m'attiraient les foudres des galeristes qui faisaient primer le message conceptuel et intellectuel sur la simple technique comme si les deux étaient incompatibles. J'avoue que je souffrais que l’art soit à ce point compartimenté.



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Une fois n’est pas coutume….
Ce christ que j’ai peint voilà bien des années, me semble tout indiqué pour vous souhaiter un joyeux noël… Il y a du pain, du vin, du divin… il ne manque que les huîtres et le foie gras !



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Lorsqu’on étudie aux rayons X les tableaux de peintres anciens ou même contemporains, on s’aperçoit souvent que l’oeuvre a subi quelques transformations en chemin. Tel bras change de mouvement, tel profil disparaît, une paupière se ferme, etc. On appelle cela un « repentir ».
Ce mot a pour moi une connotation religieuse qui me déplait : il donne à croire que le peintre aurait regretté son geste de façon tragique et culpabilisante. Bien au contraire, ce fameux « repentir » doit être interprété comme simple plaisir d’améliorer, de grandir son travail et non de battre sa coulpe sous prétexte d’une faute quelconque.
Voici, pour illustrer mon propos, un de mes tableaux qui a subi une transformation.
« Les rêves brûlés »
Je venais de rencontrer Franck. C’était en 1987. Il presque dix-huit ans 18 ans. J’ignorais alors qu’il serait mon modèle pendant plus de quinze ans.
Il était timide, moi aussi (comme d’habitude), je ne savais par où commencer, quelle pose lui faire prendre ? Bref, je choisis d’aller au plus court (ce que je n’ose plus du tout maintenant) : il serait nu et pour être plus à l’aise, assis par terre.
L’alchimie fut si parfaite que je décidai dans l’instant que je créerais autour de « lui » et de son corps, un univers tourmenté qui correspondait à l’idée que je me faisais de sa nature.
Mon souci se bornait à lui faire plaisir, le rendre heureux, et qu’il oublie un peu sa vie assez terne à cette époque.
Un mois et demi après, je terminais cette grande toile ; Franck était fou de joie, et il amenait presque tous les jours un ami à l’atelier pour lui montrer « sa » toile.

Un peu plus tard je l’exposais au Salon des Indépendants.

 

À l’inauguration du salon, j’arrivai tranquille et je partis à la recherche de mon tableau sans savoir où il se trouvait car, à mon habitude, je n’avais consulté aucun des panneaux qui précisaient les emplacements réservés aux peintres.
Je marchais au hasard quand, au détour d’une allée, je vis un attroupement devant un tableau. Tant bien que mal, je parvins à m’approcher de l’œuvre exposée et là, surprise ! Il s’agissait de la mienne.
Allez savoir pourquoi, cette dernière me parut d’un « dénuement » terrible, cru, et surtout très éloignée de ce que j’aurais pu en tirer. J’avais l’impression d’être moi-même mis à nu, devant tous ces gens qui commentaient mon travail – dans ce cas là, je ne dis jamais que je suis l’auteur, pour mieux écouter leurs critiques.
Loin de mes considérations, la toile obtint un énorme succès et me permit d’être invité à d’autres salons.
J’aurais pu me satisfaire et me contenter d’une telle reconnaissance, mais je restais contrarié par « ma » rencontre avec la toile et le malaise qu’elle avait distillé en moi. Je ne pouvais m’empêcher d’attribuer l’engouement qu’elle suscitait à la seule nudité de mon modèle, engouement facile et prévisible, tout compte fait. J’étais convaincu que personne n’avait été sensible à la composition dépouillée mais complexe de ce tableau, au difficile raccourci de la jambe, au choix des couleurs, à la désolation du regard de mon modèle, tout me semblait avoir été occulté par l’anatomie, grandeur nature, de Franck.
De retour chez moi, je mis cette toile en quarantaine, jusqu’au jour où je dus préparer un nouveau salon à Paris. Je me demandais s’il ne fallait pas la représenter parmi d'autres plus récentes, mais avec le « plus » que je n’avais pas exploité.
Je ressortis l’encombrant tableau, l’installai sur mon chevalet et, assis devant lui, je le fixai pendant plus d’une heure en écoutant de la musique. Tout à coup et comme en transe, j’ai bondi hors de mon siége et me suis mis à transformer le tableau en oubliant de boire et de manger. Finalement, je lui ai donné le côté fantastique (j’aimais beaucoup ça à l’époque) et assez hermétique qui le caractérise désormais. Les deux jours suivants, j’ai peaufiné mon travail et quand tout fut fini, j’exultai.
Nul repentir dans ma tête… non ! Juste le simple bonheur d’avoir dépassé la première aventure avec Frank, celle que j’avais mise en place pour qu’il se reconnaisse, prenne conscience de son corps et qu’il continue de poser pour moi.
Je ne m’étais pas assez fait plaisir.

J’ignore si le tableau a gagné à être tant transformé. Certains ont déploré que je contrarie et masque une si belle nudité, mais le goût des autres est si fluctuant…
Moi, j’étais heureux et satisfait.
Aussitôt exposé, le tableau trouva acquéreur. Mon repentir était récompensé.


Encore un « repentir ».


La première version de ce tableau devait servir la couverture d’un de mes romans « Derrière les portes bleues », qui racontait la difficile rencontre entre un jeune rappeur, Tarek, et Jeremy, un chanteur génial et alcoolique qui vivait mal une fin de carrière. À la dernière minute, pour des raisons personnelles, j’ai trouvé qu’Hicham, un de mes modèles, ne correspondait pas assez au personnage de Tarek. Du même coup, j’ai eu envie de m’amuser avec ce tableau qui n’avait plus de raison d’être, et comme j’ai toujours aimé l’habit traditionnel des nomades du désert, j’ai eu envie de transformer Hicham même si j’ai pris une grande liberté avec l’authenticité et la mise en place de la coiffe autour de son visage que j’ai vieilli pour la circonstance.
Voilà le cas d’un repentir parti d’une irrésistible envie de m’amuser.
Ici, j’ai même changé le titre "Drague" en "Voyage".

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De l'étude...



...au tableau.


Un long voyage !

Je pars avec des bagages dont certains restent sur la route et j’en cherche d’autres pour continuer le voyage.

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