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Le blog de Michel Giliberti


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Une fois seul, Tarek serre les mâchoires. Il s’approche de la fenêtre et colle son front contre la vitre glacée.
Dehors, le parking de l’immeuble.
Les voitures figées… vernies d’un crachin tenace.
Il a fait si beau la veille.
Il aperçoit les platanes, derrière la bande à Raouf. Les six ringards de la cité ! Des brutes sans charmes, des loubards comme seule la société peut en créer… des génétiquement modifiés sans l’ombre d’une expérience scientifique mais juste par overdose de rejets systématiques
et de rage dans un système où seul le fric vous protège et s’affiche à longueur de journée, des écrans de télé jusqu’aux murs des villes.
Il soupire et pense à la vue que Jérémie embrasse depuis le dernier étage de son immeuble.
Quatre jours ont passé déjà depuis sa soirée chez lui.
Une soirée inoubliable.
Ils ont ri, ils ont chanté.
Lui, Tarek, le petit beur, a même poussé la chansonnette, accompagné au piano par son idole. Jérémie est resté soufflé par ses qualités vocales et son oreille musicale. À tant boire et tant fumer, ils se sont ensuite effondrés comme deux masses sur les canapés.
Très tôt, l’émotion a balayé le sommeil du jeune homme mais, une fois debout, il n’a pas osé réveiller Jérémie. Alors il l’a observé avec attention, toujours conscient de l’impensable rencontre. Ses yeux se sont contentés de s’emplir des traits abandonnés du chanteur endormi et de l’expression enfantine que lui donnaient les rêves de l’instant.
Malheureusement pour Tarek, son quotidien sans saveur l’attendait. Sa grand-mère devait piaffer d’impatience. Paupières plombées au désespoir, il s'était résolu à repartir, à quitter ces lieux d’oubli de soi. Juste un petit mot d’adieu, avec retenue…
Ne pas paraître excessif, une fois de plus.
Ne pas lasser et faire entendre ses cris muets avec humour… Surtout faire rire… Pour les confessions, il verrait plus tard.
Mais quatre jours… Quatre jours !
Persuadé que Jérémie l’aurait appelé dès le lendemain, il s’est évertué à gommer les minutes qui formaient des heures et les heures, des journées… des nuits !
Quatre jours !
Il s’en veut de ne penser qu’à ça et de s’abîmer dans une mélancolie sans nom. On s’habitue si vite à l’absolu.
Il se détourne de la fenêtre et ses yeux tristes rencontrent le divan défait bordé d’un cosy minable acheté en salle des ventes et où s’entassent pêle-mêle livres et maquettes d’avions poussiéreuses et sans couleurs. Il avait dix ans quand il les a construites et, à cet âge-là, son bonheur pouvait prendre forme avec un tube de colle et des morceaux de plastique à assembler.
Il soupire et continue l’inventaire minable.
Bureau de merde en stratifié, vestige de ses études, sur lequel trône une petite chaîne compacte de mauvaise qualité qui ressemble à une grosse tête de mouche avec ses haut-parleurs arrondis à chaque extrémité. La chaise de cuisine aux pieds chromés et au dossier en formica sur laquelle il jette ses fringues avant de se coucher. Au-dessus du bureau, un poster de l’équipe de France de foot et un autre de Jérémie…
Jérémie Gil pour les autres. Pour lui, c’est Jérémie, son ami, du moins s’en persuade-t-il.
Qu’adviendra-t-il si le chanteur ne lui donne plus signe de vie ? Ses parcours immuables et l’ennui qu’ils promettent l’envelopperont à nouveau. Il n’a pas le courage, pas la volonté de faire marche arrière et de retrouver sa nonchalance et son ennui d’avant, d’avant six jours seulement.
Rien ne sera plus pareil.
Il se regarde dans le petit miroir accroché au mur. Il se trouve moche et, en plus, un petit bouton commence à incendier sa narine gauche. Il passe la main sur son visage de ce geste coutumier qui lui donne l’illusion d’effacer les instants pénibles et de pouvoir affronter avec plus de courage la suite des événements… Rien !
Il s’approche un peu plus du miroir et rectifie le tir. Il a une belle gueule arrogante ou soumise selon son humeur. Il examine ses dents, si grandes, si blanches, ses gencives… De ce côté-là, c’est le top. La bouche à présent… Les lèvres… Épaisses, sombres… Bleues, par grand froid… Il recule d’un pas, ôte son tee-shirt et se contemple de côté… Pas mal, ouais ! Un peu maigrichon mais bien dessiné, et puis avec des yeux comme ça… Des yeux d’âne comme dit sa mère, et chez elle c’est un compliment. Il sait bien qu’il plaît beaucoup. Il a si vite décodé les regards…
Il hausse les épaules, enfile un pull, prend ses cigarettes, son blouson, et se barre de chez lui en trois secondes en ayant soin au préalable de bousculer violemment Aquila, sa soeur qui,
tout à l'heure, a bravé sa sexualité et mis en doute sa "normalité". À bout de nerfs, elle hurle. La grand-mère ajoute en écho tout un chapelet de remontrances en arabe qui installe aussitôt une ambiance des plus cocasses à l’heure des infos sur la Une.
Il respire un bon coup et, une fois dans la cage d’escalier, avec un petit sourire, descend son bonnet jusqu’au yeux, vérifie dans sa poche s’il lui reste des capotes…
Pédé, lui ?… Et après !
/...











Pas plus d'inspiration qu'hier soir, alors encore un extrait d'un de mes romans... "Derrière les portes bleues".

Published by Michel Giliberti - - Michel Giliberti

commentaires

morad 10/07/2007 16:22

Bonjour
il y a des gens qui font avancer les mentalités et c'est ce que tu fais, en dehors des cases des tabous des moules des préjugés, on lis quelques choses d'autres sur les visages des gens que tu peind. Il y a pas de probleme pour un lien, tu sais j'crois que ca m'appartiens plus le blog, puisque les gens se reconnaissent c pour tout le monde.
 
A plus j'espere...puisque demain je pars au bledn en Tunisie
Aurevoir

Michel 10/07/2007 16:55

Sbah el fell wa yasmine, Morad... Bon voyage ! Je t'envie vraiment. Je te remercie pour le lien et je trouve belle l'idée qu'un blog qui fait passer des idées appartienne à tout le monde. J'espère qu'à ton retour, tu auras plein de choses à partager et que j'aurais le plaisir de te lire à nouveau... bon soleil et belle énergie.  @ très bientôtMichel

François 10/07/2007 12:27

On laisse le vin travailler dans les tonneaux avant de le mettre en bouteille. C'est là qu'il se fait..  Peut on dire pour autant parce qu'il ne sort rien de la barrique, que le tonneau est en manque d'inspiration ? Non, il respire,  il travaille, il se fait, il "s'enfante"...
Mais pourquoi est ce que je raconte celà ?
Avec plein d'amitié

Michel 10/07/2007 12:41

Pour me faire plaisir François et me reveiller de ma torpeur... Suis-je un bon vin? ça c'est une autre histoire... une autre ivresse.En tout cas vous avez raison et d'ailleurs j'ai ouvert un oeil ce matin et j'espère bien ouvrir le deuxième dans l'après-midi. :o) @ bientôt,Michel

Maryse 10/07/2007 11:41

On retrouve dans ton style d'écriture la précision des détails de tes tableaux.  la phrase sur les "génétiquement modifiés par overdose..." me plait bien, pour ne citer que celle-ci.  Bone journée

michel 10/07/2007 12:22

Merci Maryse... moi-même étant génetiquement modifié par overdose d'enfermement artistique. Est-ce bien? est-ce mal? @ bientôt,Michel

mocktar junior 10/07/2007 10:47

aussi surement que tout menssonge repose sur une verité , il me semble te reconnaitre dans certains detailles , dans certaines descriptions de ce texte , j aime cette façon detournée de raconter ton intimité d enfant , d ado , ce questionnement qui a pu etre le tien .rassures toi " tu as vingt ans " , sauf que cela fait plus lontemps que moi que tu as ces vingt ans....bisous

Michel 10/07/2007 11:13

Oui et non (fils ingrat qui oublie le passé de son père)...  j'ai eu la chance d'avoir toujours vécu dans un environnement charmant , bien que modeste et je déteste les maquettes en tout genre. Donc impossibilité d'en avoir dans ma chambre qui était envahie de mes tableaux. Enfant, j'habitais tout près de la mer, et au-dessus d'un cinéma. Plus tard la mer a continué à être mon décor puisque j'habitais Toulon et que je vivais littéralement à la plage. J'ai été tant aimer que c'en était trop... Par contre, j'ai toujours été observateur, et ces chambres sans âmes de certains jeunes gens, j'en ai connues beaucoup, et j'en ai aussi entendu parler par ceux qui les possédaient... Mais les questionnements, d'ado, oui, bien sûr...(Tout mensonge repose sur une vérité... là tu as raison), mais toute vérité repose sur un mensonge. Papa écrit, donc papa invente et recrée.Il va falloir d'ailleurs que je recommence tout avec toi et notamment en te donnant des cours de français... oh désespoir de ton père!!! (on chat, on chat, on envoie des SMS, résultat, ben on sait plus écrire... Allez je t'embrasse, fils sans mémoire!Michel

Gum 10/07/2007 00:01

Je lis et j'hésite à mettre un commentaire... La honteuse impression d'être entrée dans l'intimité d'un jeune homme par effraction. Je respire l'air chaud et moite de la pièce, je sens l'odeur fauve de ce jeune homme. Qu'est ce que je fais là, à lire dans ses pensées les plus profondes? Je cherche désespérément un trou de souris, dans lequel me faufiler. Là! Quel bonheur de retrouver la porte bleue, la foule anonyme et affairée! Je suis dehors, de justesse, avant qu'il ne découvre cette effrontée de Gum... Avant d'enfoncer mon bonnet sur mon visage et de disparaitre, je dépose ici un petit caillou bleu.Bonne nuit, Michel!

Michel 10/07/2007 06:59

Si tu as cette impression, c'est que j'ai réussi un peu à faire partager la vie de mon héros. Donc, je suis très heureux que tu aies eu envie de pousser la porte et de le rencontrer... Merci GumMichel

mocktar junior 09/07/2007 22:02

c la ou je me dis qu il faut que j arrete la drogue, ,, quant j arrive plus à me rappeler plus deux mots à la suite .bisous

michel 09/07/2007 22:07

Mon fils !!!! tu avoues ainsi à papa que tu es devenu Alzheimer parce que tu as fumé deux ou trois joints avec lui quand tu avais 18 ans???je l'crois pas! :o) @ bientôt,michel

bellelurette 09/07/2007 21:34

Moins tu as d'inspiration et plus tes extraits sont longs... comblerais-tu un manque ? ou attends tu la visite de ton ami qui vient mercredi et cela t'occupe l'esprit ? Je n'ai pas le courage de te lire... peut-être demain, ou un autre jour... j'ai l'esprit ailleurs.

Michel 09/07/2007 21:56

T'as raison, ma belle, mais ce n'est pas pour SAlim qui vient mercredi que je n'écris pas, c'est tout simplement parce que je suis tracassé par ma mère dont la santé se dégrade toujours plus et qu'en plus je lis des choses de jeunes auteurs sur leur blogs qui me comblent tant qu'ils m'ôtent pour le moment toute envie de me frotter à l'écriture. le talent m'a toujours ensorcelé. @ +Michel

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Mon travail d'artiste peintre, d'auteur et de photographe...

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