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Le blog de Michel Giliberti

Ces tableaux font partie d’une longue série sur le thème de la castration.
Il faut dire qu'à cette époque j’étais en analyse, sans cesse tiraillé par mes souvenirs d’enfance et, même s'ils sont baignés de l’amour unique de mes parents et de mes sœurs, ils n’en demeurent pas moins entachés de quelques erreurs d’éducation et d’un trop d’amour difficile à gérer.
« Trop » étant si près de « peu », la distance est courte ; basculer dans la vulnérabilité ou la névrose reste possible.
L’oiseau, son envol impossible, le verre brisé, le sang, voici quelques-unes des clefs de ma vie d’artiste, des clefs que, bien involontairement, ma mère et mon père m’ont remises et qui, comme dans un mauvais Vaudeville, font se fermer et s’ouvrir sans cesse les portes des souvenirs.

J’ai ouvert les yeux un soir
Quand d’autres les fermaient pour toujours.
Ils s’éteindront assez tôt
Quand d’autres s’allumeront d’un cri.
Mais de la lumière à la nuit,
Du bruit de chaque chose,
Jusqu’au silence des mots
Nous n’aurons rien compris
Nous n’aurons rien atteint
Et nos orbites, ces trous de nuit
Resteront là, ouvertes au vide.

© Giliberti in Voyage secret / Bonobo éditions / 2004


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Ghar el Melh (la grotte de sel), autrefois appelé Porto Farina, est un tranquille village de pêcheurs pris entre deux forts turcs qui se dressent dans le ciel limpide de Tunisie, un village où le temps semble s'être arrêté. Tout y est sérénité et traditions. Les enfants jouent au bord de l'eau, les pères remmaillent les filets et les mères discutent entre elles quand elles ne sont pas occupées à leurs tâches ménagères.
On y accède par une route bordée de palmiers, d'oliviers, de figuiers, de cactées, d'eucalyptus et de résineux. C'est une route qui vous enferme et vous ouvre à tous les rêves d'Orient... À toutes les légendes.
À moi, elle offre une vision très proche de la Tunisie de mon enfance.
Au bout de cette longue route étroite, parfois sableuse et étouffée par la végétation luxuriante, il y a une plage de sable blanc, immense, déserte en début de saison ; la plage de Sidi Ali el Mekki.
Un petit paradis où les rares promeneurs se font discrets, où le silence est intact, mais pour combien de temps encore? Déjà l'année dernière alors que je m'y rendais, j'ai vu beaucoup de nouvelles maisons et d'autres en construction... Mais le rêve reste encore intact.



Mohamed


Le port de Ghar el Melh



Mohamed et Fethi en toute amitié à la façon tunisienne sur la plage de Sidi Ali el Mekki


Les barques du port


Mohamed, Fethi et Raouf sur la plage de Ghar el Mhar, dans une barque offerte aux promeneurs...

La barque blanche et de nulle part
Revenait là chaque matin.
Le temps d'un scarabée métal,
D'un lézard cuivre sur la craie,
Et les bras minces du pécheur,
Jetaient dans l'eau le lourd filet.
Épave pâle sur mon balcon
Je demeurai à savourer,
D'une gazelle, la corne blanche
Sablée, sucrée, des faux désirs.

© Giliberti / voyage secret Tunisie / Bonobo éditions


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Mehdi a souvent posé pour moi. Il a su m'inspirer de nombreux tableaux et quelques séries de photos auxquelles il s'est toujours adonné avec bonheur.








Mehdi et moi, à Sidi Bou saïd. J'étais épuisé après une journée plage ; pas lui.




Seize heures à Tunis,
La médina somnolait sous Juillet.
Mehdi fumait en silence,
Moi, je méditais…
Mehdi me dit « J’aimerais connaître Paris »
Je lui dis « J’aimerais connaître Mehdi »
Un marchand de pétales de roses passa.
Roses de Damas…
Paris d’ailleurs,
Tunis de ces heures.

Giliberti In Voyage secret / © Bonobo / 2005


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Au-delà du chaos ambiant et des remous actuels de la société, j'ai envie d'imaginer une oralité des choses et des gens où chaque mot élargirait mon horizon, ou chaque phrase scellerait mon rêve à la réalité.
J'ai encore beaucoup d'espoirs, beaucoup d'attentes.
J'ai encore beaucoup à voler, beaucoup à rendre.
J'ai encore, à l'encontre de mes idées rationnelles, des prophéties qui illuminent mes matins.
Et dans ces moments là, mes ruptures d'avec l'ordinaire me fascinent.
Me battre avec l'inconnu, mesurer ma structure mentale pour mieux l'utiliser et vandaliser le sort qu'il m'appartient de déjouer, me donne des ailes.
Oui, dans ces moments difficiles, j'ai toujours su puiser assez d'imaginaire pour retrouver l'énergie qui tente de m'échapper ; j'ai toujours su renouer avec les forces vives que la vie voudrait détruire.
Mais rien ne captera mon courage, rien ne l'empêchera de vaincre.
Je t'ai écris un jour...

" Je t'aime au centre des délices
  Je t'aime à l'angle de la mort ".



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Mes sœurs masquées de blanc
Gardaient aux yeux, le sang caché des femmes…
Le sang épais des maux.
Aux lèvres rouges de mes dix ans
Les maudits mots de mes non-dits.

© Giliberti / 2007


Je suis l’eau
Comme tu es la terre
Et nous enfantons des jardins bleus d’attente.

© Giliberti / 2007


Nos mères ont su nous allonger
Sur des bleus incendiés,
Mais le repos… debout… c’est quand ?

© Giliberti / 2007


A tant rêver dans ce pays
A tant y courir,
Mes ailleurs s’y sont perdus.

 
© Giliberti / 2007

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Quelques dessins de Moez sur la terrasse, à Sidi Bou Saïd, et à la campagne, à Béja. Quelques heures échangées entre "prendre" et "donner".


À se perdre hors de lui
L’homme vaste fait bien peu
Et le temps qu’il rejette
N’est jamais qu’à deux pas.

© Giliberti / 2007


Tu parcours sur ma peau
Des chemins interdits
Qui se cachent comme moi
Et ne mènent nulle part.

© Giliberti / 2007


Me nourrir de ta peau
Ou mourir de ta main
Est-ce si condamnable ?
Me sceller à tes pieds
Sans attendre ton ordre
Est-ce si détestable ?
Tant de trop dans ton ciel
Tant de peu dans le mien
C'est toujours négociable.
  © Giliberti / 2007

Moez © Giliberti / 2007


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C’est aujourd’hui la journée de la femme, et dans cette  société des quotas et des formules, je veux simplement embrasser celle qui se souvient de moi chaque instant de sa vie et que j’aime chaque jour… ma mère qui aura 91 ans en mai.


Maman, aujourd'hui © Giliberti / 2007

La chaux brûle les morts,

Et consume leurs rires.
De sa poudre incendiaire
Elle blanchit l’âme noire
Dès l’ultime départ.
Une vague se retire
Là-bas où tout se meurt.
*
Là-bas au rien ne meurt,
Une mère qui respire
Comme un négoce d’ambre
Autour de l’A D N,
Me parle encore et plus
De son amour égal
De son fardeau entier.
*
Ici, ou tout me happe
Depuis mes nuits de craintes
Jusqu’à mes jours de doute
Cette mer de mots d’amour
Cette mère des maux d’amour
Me réconforte quand l’heure
De ma vieillesse arrive.

In Voyage secret Tunisie © éditions Bonobo/2004

Maman, dans un fantasme oriental...


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Tout près des ruines de Carthage, celles que l'on connaît et qu'on visite, il y en a d'autres, éparpillées en lisière de la colline de Byrsa, dans le périmètre où la reine Didon régnait autrefois. Je m'y promène souvent et, cet après-midi là, alors que j'étais avec Raouf, nous nous étions arrêtés devant un portique étroit et élancé, donnant sur le vestibule d'un monument ...


... Il faisait très chaud et à quelques pas de là, parmi les blocs de pierre, vestiges muets de cette époque glorieuse de Carthage, les oliviers et les résineux étaient si immobiles dans l'air brûlant et jaune, qu'ils en devenaient irréels... Raouf s'en alla chercher un peu de fraîcheur et d'ombre à l'intérieur du bâtiment.


... Avant qu'il ne revienne vers moi qui étais demeuré en plein soleil, je lui demandai de rester un moment au centre de cet antre de marbre...


... Le temps de quelques photos, avant de continuer la promenade.


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Dans les années 80, je peignais souvent des femmes, des bestiaires et quelques bizarreries fantastiques associant le tout.
Aujourd’hui je me suis assez éloigné de cet univers, mais je ne résiste pas au plaisir de ressortir des tiroirs quelques
photos de ces toiles disséminées un peu partout en France comme à l’étranger...


... À cette époque, je sortais de plusieurs années d'une totale immersion dans le milieu de la chanson qui m’avaient amené à faire trois albums chez CBS dont j'étais si peu satisfait que j'avais réussi à rompre le contrat de sept ans qui me liait à cette maison de disques et d'en ressortir fragilisé, mais libéré ; je m'étais promis de ne plus me frotter à la musique et de me replonger dans la peinture que je n'avais jamais cessé de porter en moi depuis l'enfance...


...  Plus un accord de guitare. J’ai tenu bon pendant dix ans. Seule, l'écriture demeurait associée à la peinture ; elle aussi me permettait de prolonger mes fantasmes d'enfance où écrire prenait tout mon temps...


... Et puis doucement tout est revenu. Maintenant j’ai fait à nouveau la paix avec mes amours musicales ; je compose et écris des chansons, mais pour mon simple plaisir...






...Entre 1985, j'ai quitté Paris pour la campagne normande. C'est un autre monde, une autre vie, mais ce n'est jamais qu'à 120 km de la capitale et je prends régulièrement mon indispensable dose de pollution ...



... Ma peinture qui depuis quelques années avait commencé à être remarquée dans les salons commença aussi à très bien se vendre. Dès lors, j'ai eu la chance d'être exposé un peu partout à l'étranger et surtout à Paris...


 ... Enfin à la fin des années 90, j'ai eu la joie immense d'être publié... là, ce fut le nirvana absolu...

© Giliberti / dessin mine de plomb et rehauts de blanc.

... Et pour conclure, ne perdons pas les bonnes habitudes... Un p'tit mec.

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Hier matin, la mort dans l'âme, je suis allé faire quelques courses au centre Leclerc, la grande surface la plus proche de chez moi, la seule ouverte un dimanche matin.
À mon habitude, j’ai rempli le plus rapidement possible mon caddy pour me sauver aussitôt, mais juste avant de terminer mes achats, j’ai vu au rayon vaisselle des assiettes blanches, ovales et assez grandes. J’ai trouvé leur forme intéressante et je me suis même étonné de leur originalité pour un article tout venant. Ni une ni deux, j’en ai pris quatre sans réellement en avoir besoin et j'ai bouclé mes courses. Bien vite, je me suis présenté aux caisses pour déclarer ma marchandise surtaxée…
Après une longue attente, j’ai pu enfin déposer mes objets sur le tapis roulant.
La caissière commença à
les faire passer d’un air blasé (on la comprend) quand, stupeur!... ses yeux se posèrent sur mes assiettes blanches, hosties déformées pour la rédemption de mes péchés matérialistes. Elle arrêta tout net son travail et l'air grave, se mit à les soupeser, les considérer sous toutes leurs coutures, puis elle me dit :
« Elles doivent être bien pratiques ces assiettes, avec cette forme… ça les fait grandes. »
Distrait et surtout pressé d’en finir car j’avais une foule de choses à faire dans la journée, j’acquiesçai d'un borborygme, mais à ce moment intense de l'échange, elle me regarda, le front soucieux, voir buté, et poursuivit.
« Oui... ça s’rait drôlement pratique chez moi, avec mon mari qui déborde !
Là, j’ai quand même soulevé un sourcil en signe de non-compréhension ; dans ma tête, se dessinait brusquement un homme un peu épais et extensible, mais c’était quand même flou.
« Pardon ? » demandais-je poliment.
D’un air quelque peu excédé devant mon manque d’ouverture, ma caissière reprit son travail en lâchant :
«  Ben oui, mon mari déborde toujours quand il mange. Y’en a partout! Après j'ramasse. »
Et voilà. Ce mari qui mange sans précautions, autant dire salement, est donc un mari qui déborde.
La semaine dernière cette même caissière confiait à sa collègue qui venait la remplacer.
« Dimanche j’ai traversé la route avec Jean et je m’ai foulé l’pied à cause qu’une voiture m'a pas vue. Il a dû m’ram’ner aux urgences d’Évreux. Y’avait un monde… j’te dis pas ! Rien qu’des éclopés. Comme ici !
L’éclopé dont je fais partie paya, puis sortit du centre le clair avec enfin une petite envie de rire, même si c’était méchant de ma part dans le fond, mais ça faisait longtemps que je ne riais pas.


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Mon travail d'artiste peintre, auteur et photographe...

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