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Le blog de Michel Giliberti

Lorsque les deux tours de Manhattan se sont effondrées dans un fracas de fin de monde, et que cette vision apocalyptique commença à passer en boucle à la télé, j'étais chez moi, rivé aux infos comme tout le monde.
J'étais très choqué, traumatisé même.
C'était si révoltant ; si atroce.
Dès le lendemain et les jours suivants, le matraquage systématique de cet attentat ignoble, comme tous les attentats, et les phrases comme « Nous sommes tous Américains » répétés sur tous les tons commencèrent pourtant à entamer ma compassion.
On ne nous a jamais demandé d'être « Tous africains » quand la famine ou le manque d'eau s'abat sur des populations entières de ce pays, encore moins d'être « Tous Indiens » quant à Bhopal, des milliers d'Indiens furent empoisonnés par les gaz toxiques d'une usine américaine justement.
C'est alors que j'ai pensé aux Indiens d'Amérique qui furent massacrés par millions au nom de la civilisation, de Dieu, et de la prétendue supériorité de l'homme blanc qui avait décidé que ce continent serait le sien.
C'est à ce moment que j'ai eu envie de faire une série de tableaux où l'on voyait des bouches hurler : « Nous sommes tous terriens » et puis la toile ci-dessus « The twins feathers » (les plumes jumelles), pour rappeler que si les « Twins towers », les deux tours arrogantes de toute la perversion capitaliste s'étaient effondrées, deux plumes, fragile symbole des Indiens, rappelaient que ce peuple, lui, vit toujours.
Je précise tout de suite que je n'ai rien contre les Américains, mais qu'il convient de ne jamais oublier l'Histoire.
Mais, j'aime quand même pas du tout le petit excité qui les gouverne actuellement et qui m'en rappelle un autre...

Nous sommes...

... tous ...

... terriens.

Ces trois extraits de tableaux ci-dessus faisaient partie d'un triptyque qu'il m'est difficile de placer ici dans leur position d'origine.


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Published by Michel Giliberti - - Société

Quand je veux me détendre de la peinture, discipline fatigante dans laquelle il faut s'immerger de nombreux jours pour créer une toile, je m’investis dans la photo.
J'aime les photos simples prises sur le vif, comme celles que je fais en Tunisie où ailleurs, et aussi les photos plus intimistes, plus sophistiquées ; les photos où l'éclairage joue un rôle essentiel, comme ici avec Emmanuel. Fort occupé à poser toute l'année pour les plus grands photographes du monde, il avait eu la gentillesse de passer toute une après-midi à poser pour moi, comme avant.
Un jour, peut-être, je publierai un livre des photos que j'ai faites de lui, un autre sur la Tunisie et un dernier dédié à l'ensemble de mes modèles. J'aurais bouclé la boucle et je me retirerai de tout.
Mais comme à l'habitude, c'est une question de temps.

Cette photo d'Emmanuel et celle ci-dessous font partie de la première série que j'ai réalisée avec lui.  C'était en 1994. Il allait avoir dix-sept ans. Un souvenir inoubliable. Une générosité immédiate. Un échange définitif.


 Du vieil ami, ces mots…

  Ces mots pour te dire qu'à la bouche
L'eau demeure
Comme demeurent les pulsions.
Safran aux yeux et noir à l’âme
Nous avons à nos pieds plus de terre
Qu’un sillon paysan et notre marche
Reste forte
Comme tu l'es.
Les ans ne seront qu’anneaux à ton cou
Comme cercles à la souche de l’arbre
Comme nacre à la perle.

© Giliberti / 2007

Emmanuel, te souviens-tu comme tu aimais écouter Skunk Anansie pendant tes séances de poses ?
J'espère que depuis NY, ça te fera plaisir de l'entendre.

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Published by Michel Giliberti - - Mes modèles...

Beja-2
Quand, à l'ouest de la Tunisie on dépasse Béja et qu’on s’aventure à l’intérieur des terres, on peut se contenter d’observer la vaste campagne, mais on peut aussi prendre une des routes qui serpente sur les collines et vous conduit jusqu’à leur sommet où toute trace de vie semble s’effacer.
Beja-1C’est pourtant là, au centre d’une gigantesque étendue de plaines et de rochers creusés comme ceux d’un canyon, que vit la tante de Moez ainsi que le vieux berger qui l’aide à s’occuper de ses moutons et de ses cultures. L’eau se tire au puits. Il n'y a pas encore d'électricité.
Beja-3
C’est une vie très spartiate au milieu d'une végétation grandiose mélangée à celle plus courte et rabougrie de tous les pays méditerranéens. Nous avons passé l’après-midi à manger des crêpes au miel, à boire du thé, puis à nous balader dans ces lieux sauvages qui enchantent Moez « parce qu’on entend les oiseaux » comme il dit.
Je me souviens qu'à l'intérieur de la modeste maison, une petite télé qui marchait grâce à un groupe électrogène diffusait les émissions d'une chaîne italienne, la seule qui se captait bien et que personne ne comprenait vraiment.
moez-lac-2-b
Pas très loin, plus bas en redescendant de la colline, il y avait une marre d’un vert étonnant, une marre de jade qui étincellait au soleil et forçait le regard. Moez y descendit...
moez-lac-b

Puis il en remonta après avoir effrayé quelques grenouilles...
moez-lac-1-b... et m'offrit un grand sourire pour la photo.
Moez-beja-en-blanc

Plus tard, Moez s'abrita du soleil en enroulant son tee-shirt sur la tête. Les Tunisiens ont le style pour faire ça. En deux secondes, ils se transforment en fiers Berbères. Moez n'échappe à la règle. Comment ne pas être tenté de le phototgraphier ou de le peindre ?
beja-tanteLa tante de Moez, adorable et pleine d'attention, pendant qu'elle préparait ses délicieuses crêpes au miel.

 

Bonheur d’être mortel
Connaître l’eau quand il fait soif
Aimer quand tout se meurt.
Difficulté des dieux,
À qui jamais rien n’arrive.

© Giliberti in Bleus d'attente /2001

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Published by Michel Giliberti - - Tunisie

Ces tableaux font partie d’une longue série sur le thème de la castration.
Il faut dire qu'à cette époque j’étais en analyse, sans cesse tiraillé par mes souvenirs d’enfance et, même s'ils sont baignés de l’amour unique de mes parents et de mes sœurs, ils n’en demeurent pas moins entachés de quelques erreurs d’éducation et d’un trop d’amour difficile à gérer.
« Trop » étant si près de « peu », la distance est courte ; basculer dans la vulnérabilité ou la névrose reste possible.
L’oiseau, son envol impossible, le verre brisé, le sang, voici quelques-unes des clefs de ma vie d’artiste, des clefs que, bien involontairement, ma mère et mon père m’ont remises et qui, comme dans un mauvais Vaudeville, font se fermer et s’ouvrir sans cesse les portes des souvenirs.

J’ai ouvert les yeux un soir
Quand d’autres les fermaient pour toujours.
Ils s’éteindront assez tôt
Quand d’autres s’allumeront d’un cri.
Mais de la lumière à la nuit,
Du bruit de chaque chose,
Jusqu’au silence des mots
Nous n’aurons rien compris
Nous n’aurons rien atteint
Et nos orbites, ces trous de nuit
Resteront là, ouvertes au vide.

© Giliberti in Voyage secret / Bonobo éditions / 2004


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Published by Michel Giliberti - - Peinture et Poésie


Ghar el Melh (la grotte de sel), autrefois appelé Porto Farina, est un tranquille village de pêcheurs pris entre deux forts turcs qui se dressent dans le ciel limpide de Tunisie, un village où le temps semble s'être arrêté. Tout y est sérénité et traditions. Les enfants jouent au bord de l'eau, les pères remmaillent les filets et les mères discutent entre elles quand elles ne sont pas occupées à leurs tâches ménagères.
On y accède par une route bordée de palmiers, d'oliviers, de figuiers, de cactées, d'eucalyptus et de résineux. C'est une route qui vous enferme et vous ouvre à tous les rêves d'Orient... À toutes les légendes.
À moi, elle offre une vision très proche de la Tunisie de mon enfance.
Au bout de cette longue route étroite, parfois sableuse et étouffée par la végétation luxuriante, il y a une plage de sable blanc, immense, déserte en début de saison ; la plage de Sidi Ali el Mekki.
Un petit paradis où les rares promeneurs se font discrets, où le silence est intact, mais pour combien de temps encore? Déjà l'année dernière alors que je m'y rendais, j'ai vu beaucoup de nouvelles maisons et d'autres en construction... Mais le rêve reste encore intact.



Mohamed


Le port de Ghar el Melh



Mohamed et Fethi en toute amitié à la façon tunisienne sur la plage de Sidi Ali el Mekki


Les barques du port


Mohamed, Fethi et Raouf sur la plage de Ghar el Mhar, dans une barque offerte aux promeneurs...

La barque blanche et de nulle part
Revenait là chaque matin.
Le temps d'un scarabée métal,
D'un lézard cuivre sur la craie,
Et les bras minces du pécheur,
Jetaient dans l'eau le lourd filet.
Épave pâle sur mon balcon
Je demeurai à savourer,
D'une gazelle, la corne blanche
Sablée, sucrée, des faux désirs.

© Giliberti / voyage secret Tunisie / Bonobo éditions


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Published by Michel Giliberti - - Tunisie

Mehdi a souvent posé pour moi. Il a su m'inspirer de nombreux tableaux et quelques séries de photos auxquelles il s'est toujours adonné avec bonheur.








Mehdi et moi, à Sidi Bou saïd. J'étais épuisé après une journée plage ; pas lui.




Seize heures à Tunis,
La médina somnolait sous Juillet.
Mehdi fumait en silence,
Moi, je méditais…
Mehdi me dit « J’aimerais connaître Paris »
Je lui dis « J’aimerais connaître Mehdi »
Un marchand de pétales de roses passa.
Roses de Damas…
Paris d’ailleurs,
Tunis de ces heures.

Giliberti In Voyage secret / © Bonobo / 2005


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Published by Michel Giliberti - - Tunisie



Au-delà du chaos ambiant et des remous actuels de la société, j'ai envie d'imaginer une oralité des choses et des gens où chaque mot élargirait mon horizon, ou chaque phrase scellerait mon rêve à la réalité.
J'ai encore beaucoup d'espoirs, beaucoup d'attentes.
J'ai encore beaucoup à voler, beaucoup à rendre.
J'ai encore, à l'encontre de mes idées rationnelles, des prophéties qui illuminent mes matins.
Et dans ces moments là, mes ruptures d'avec l'ordinaire me fascinent.
Me battre avec l'inconnu, mesurer ma structure mentale pour mieux l'utiliser et vandaliser le sort qu'il m'appartient de déjouer, me donne des ailes.
Oui, dans ces moments difficiles, j'ai toujours su puiser assez d'imaginaire pour retrouver l'énergie qui tente de m'échapper ; j'ai toujours su renouer avec les forces vives que la vie voudrait détruire.
Mais rien ne captera mon courage, rien ne l'empêchera de vaincre.
Je t'ai écris un jour...

" Je t'aime au centre des délices
  Je t'aime à l'angle de la mort ".



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Published by Michel Giliberti - - Réflexion



Mes sœurs masquées de blanc
Gardaient aux yeux, le sang caché des femmes…
Le sang épais des maux.
Aux lèvres rouges de mes dix ans
Les maudits mots de mes non-dits.

© Giliberti / 2007


Je suis l’eau
Comme tu es la terre
Et nous enfantons des jardins bleus d’attente.

© Giliberti / 2007


Nos mères ont su nous allonger
Sur des bleus incendiés,
Mais le repos… debout… c’est quand ?

© Giliberti / 2007


A tant rêver dans ce pays
A tant y courir,
Mes ailleurs s’y sont perdus.

 
© Giliberti / 2007

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Published by Michel Giliberti - - Peinture et Poésie

Quelques dessins de Moez sur la terrasse, à Sidi Bou Saïd, et à la campagne, à Béja. Quelques heures échangées entre "prendre" et "donner".


À se perdre hors de lui
L’homme vaste fait bien peu
Et le temps qu’il rejette
N’est jamais qu’à deux pas.

© Giliberti / 2007


Tu parcours sur ma peau
Des chemins interdits
Qui se cachent comme moi
Et ne mènent nulle part.

© Giliberti / 2007


Me nourrir de ta peau
Ou mourir de ta main
Est-ce si condamnable ?
Me sceller à tes pieds
Sans attendre ton ordre
Est-ce si détestable ?
Tant de trop dans ton ciel
Tant de peu dans le mien
C'est toujours négociable.
  © Giliberti / 2007

Moez © Giliberti / 2007


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Published by Michel Giliberti - - Peinture et Poésie


C’est aujourd’hui la journée de la femme, et dans cette  société des quotas et des formules, je veux simplement embrasser celle qui se souvient de moi chaque instant de sa vie et que j’aime chaque jour… ma mère qui aura 91 ans en mai.


Maman, aujourd'hui © Giliberti / 2007

La chaux brûle les morts,

Et consume leurs rires.
De sa poudre incendiaire
Elle blanchit l’âme noire
Dès l’ultime départ.
Une vague se retire
Là-bas où tout se meurt.
*
Là-bas au rien ne meurt,
Une mère qui respire
Comme un négoce d’ambre
Autour de l’A D N,
Me parle encore et plus
De son amour égal
De son fardeau entier.
*
Ici, ou tout me happe
Depuis mes nuits de craintes
Jusqu’à mes jours de doute
Cette mer de mots d’amour
Cette mère des maux d’amour
Me réconforte quand l’heure
De ma vieillesse arrive.

In Voyage secret Tunisie © éditions Bonobo/2004

Maman, dans un fantasme oriental...


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Published by Michel Giliberti - - Poésie

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Mon travail d'artiste peintre, d'auteur et de photographe...

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