Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Le blog de Michel Giliberti


C’est l’abysse d’une étrange demeure
D'un endroit bien enfoui dans les signes
Il inscrit en mémoire les tabous
Et meurtrit l’insoumis qui en souffre.
C’est le souffle d’une étrange torture
D’un endroit où s’ordonne la vie
Il détruit une à une les ivresses
Et immerge votre pourpre dans le noir.

 © Giliberti / 2007


Voir les commentaires

C’est ainsi que les pluies se sont épuisées.
C’est ainsi que les terres se sont asséchées.
De mes fêtes musicales, j’ai su dire l’essentiel et taire l’inutile. Dans cet ensemble des choses et des gens mêlés, je me nourris désormais du seul temps qu’il me reste. Je me nourris de mon âge.
Les terres écarlates de mes pensées ont bleui, et avec du rouge et du bleu, un peintre fait du violet… une couleur qui installe la sérénité, juste après les deuils…
Moi qui vis sur les dunes de sable, de celles qui chantent, moi qui aime le désert, j’abandonne à ton rire les plaies de mes sourires et je vis comme on meurt d’une absence qui me pèse.
J’ai toujours dit que je ne peignais pas pour « tous », mais pour « chacun » ; aujourd’hui je sais que ces mots sont vains. Mes espoirs ont autant de poisons que l’hellébore mauve et pâle, vert ou blanc, qui capture mes yeux tout en penchant sa tête, bien à l’ombre des arbres.
Les jardins sont des hommes aux bras forts et rugueux qui déploient des mystères et engendrent les destins. Ils vous donnent à croire à l’éternité alors qu’ il faut tant de temps pour qu’un arbre impressionne.

Voir les commentaires

Je n’ose même pas vous raconter la dernière de ma caissière, ce matin, car vous allez penser que j’invente, mais comment résister, vous commencez à me connaître…
Ma caissière décidément très bavarde était en grande conversation avec une cliente, quand j’arrivai à la caisse…
– J’ai vu à l’émission de Ruquier qu’on opérait les sourds maintenant, et ça marche.
La cliente écoutait avec plaisir et attention.
– On leur met un truc dans la tête et hop, ils entendent, ajouta-elle.
La cliente, un peu sur sa faim parce qu’elle n’avait probablement pas vu l’émission en question, lui demanda davantage de détails...
–  Ben c’est comme je vous dis, on leur met un truc dans la tête sous les cheveux… c’est comme un porte-clef, mais en plus grand, vous voyez ? »
La cliente ne voyait rien, à l’évidence.
Alors, ma caissière continua.
– Ils leur mettent un truc en métal sous les ch’veux ou dans l’cerveau, j’sais plus trop, et puis une fausse oreille aussi. Lui, il en avait pas, vous comprenez ?  mais dès qu’il en a eu une avec le porte-clef, paf il a entendu ! Maintenant, ma mère en veut un elle aussi, elle est sourde comme un pot !
À ce stade de l’échange, la cliente émit un raclement de gorge significatif et acquiesça timidement gênée de ne pouvoir rétorquer quoi que ce soit.
Et c’est à ce moment que ma caissière conclut, goguenarde.
– Remarquez au prix du porte-clef, j’pourrais pas en offrir un à ma mère, vu qu’elle perd tout… Autant qu’elle conserve son appareil, vous savez le truc… là… ah… comment ça s’appelle déjà ?… le truc que Robert Hossein, il en parle tout l’temps à la télé… Audika, voilà ! çui-là, c’est plus sûr, au moins il reste au fond d’l’oreille ! Elle risque pas d’le perdre.»
La cliente a rencontré mon regard. J’ignore toujours comment on a fait pour ne pas éclater de rire, mais nous étions sur la même longueur d’ondes…



Voir les commentaires

De tes terres à mes feux
Que d’ombrage en toute heure,
De ton port à mon ancre
Que de noires distances.
Nos écumes stériles
N’ont jamais rafraîchi
Nos sourires en attente
Et nos gestes rouillés.
De mes lâches instincts
À tes rites barbares
C’est pourtant bien l’amour
Qui nous vide et nous comble.


 © Giliberti / 2007


Voir les commentaires

Je parle volontiers de mes modèles. Ils sont, comme j’aime à le dire, de vrais amis. Laurent, déjà évoqué est de ceux-là. Quand je l'ai rencontré, il avait à peine dix-huit ans. Il était si fin, si parfait, qu'il m'était difficile d'imaginer le peindre. J'avais peur de trahir cette alchimie des deux sexes, cette ambiguïté sensuelle qui le caractérisait.
Voici quelques unes de ses photos parmi les centaines d'autres que je possède.

J'aimais beaucoup son petit côté Françoise Hardy des années soixante, et comme je suis un inconditionnel de cette artiste depuis le début de sa carrière, que c'est la femme de ma vie, en quelque sorte, cette ressemblance n'était pas pour me déplaire.
 

Comme celui de Françoise Hardy, son visage possédait des meplats extraordinnaires, mais sa ressemblance avec elle était plus évidente quand il ne posait pas, car la lumière que j'installe dans mes photos dramatise toujours la réalité et violente les traits.

Comme elle aussi, il était réservé et parfois même introverti. Attentif à tout ce que je faisais, il parlait peu et ses yeux bleu sombre étaient graves, la plupart du temps...

... Curieusement, il aimait beaucoup poser, donner des idées, participer de tout...

... être très proche du résultat que j'attendais.

... Et voici Laurent aujourd'hui... Toujours aussi beau dans sa maturité d'homme de plus de trente ans. Toujours aussi retenu et même un peu mystérieux. Lui aussi est un artiste, il peint dessine, fait de la photo. Son univers est suprenant, parfois impressionnant. Il a beaucoup de talent.

Je n'ai pas résisté à mettre Françoise Hardy qui, en direct, chante ici une de ses compositions " À quoi ça sert", un titre que je devais entendre pour la première fois dans la voiture du conducteur qui m'avait pris en stop et m'emmenait à Paris. J'avais tout juste dix-huit ans et j'étais décidé à vivre ma vie.

Voir les commentaires


Le soleil a commencé sa lente descente à l'horizon…
J’étais en train d’élaguer quelques branches quand j'ai vu l’entrée du jardin à l'arrière de la maison et la lumière rasante qui joue avec le vert encore jeune de l’herbe nouvelle ; la lumière qui se faufile entre les bambous et les fleurs du pommier. Je n’ai pas résisté. J’ai posé sécateur et gants pour capturer cet instant.
Je me demande pourquoi je pars si souvent d'ici.


Voir les commentaires

Dans l’Amenti, souvent
Je me mens et m’en veux.
La demeure des morts
Ne défait pas les liens
Des défunts qui m'aliènent
À panser de leurs maux
Mes désirs de penser.
Dans l’Amenti je mens
À l'amant qui se meure.
La demeure des morts
Ne défait pas les faits.

© Giliberti / 2007


J’ai eu une longue période où je ne pouvais concevoir de peindre un personnage sans l’entourer de bandelettes, de haillons, de lambeaux de toutes sortes, jusqu’à faire de sa propre peau une fois déchirée, tailladée, pelée, une sorte de protection de son corps lui-même transformé en minéral.
Toute la symbolique de la blessure y était projetée, allant même jusqu’à celle de la mort puisqu’on pouvait y retrouver également le thème de la momie, chère à mes inspirations. Des momies vivantes, enfermées dans ce qui pouvait être considéré comme des pansements.
J’aime beaucoup le verbe « Panser » si proche bien sûr de « Penser ».
Les deux, intimement mêlés dans leur sens, exercent sur moi un pouvoir certain, une fascination même.

« Penser » donne à croire qu’on s’élève, qu'on "soigne"son mental.
« Panser » veut bien dire protéger, mettre à l’abri de bandes la blessure du corps à soigner.
L'un comme l'autre offre une consolidation de la tête et du corps.
Les deux verbes font partie de ma pharmacopée mentale.

Comme pour toute maladie psychosomatique, ce thème du pansement à toujours bénéficié de longues périodes de rémission… et puis il revient dès que je rechute.
En ce moment, j'entâme une rechute… mes personnages vont devoir retrouver ces haillons de fortunes qui ne dépendent que de la mienne, hélas.


Voir les commentaires

Comme toutes les bonnes églises de la région, le centre Leclerc (source intarissable de mes observations) était ouvert dimanche et il y avait même des mendiants sur son parvis.
De mon côté, en bon fidèle de cette paroisse de la consommation, j’avais en ce saint dimanche, un besoin urgent d’achats, sachant que le lundi de Pâques, tout serait fermé !
Il y avait un monde fou et au milieu de la foule, j’aperçus, au milieu des autres, des chariots d’un nouveau type, quasi verticaux et sur deux gros pieds à roulettes, un peu comme un miracle… une multiplication soudaine de réceptacles à denrées.
Ce phénomène inexpliqué s’était déjà produit, il y a quelques années, quand des chariots éducateurs pour enfants étaient apparus un dimanche et que des parents inconscients les avaient aussitôt fourgués à leurs rejetons afin de perpétrer la divine consommation !
Mais je m’égare… J’en reviens à mon sujet de prédilection : mes caissières !
Ce dimanche, ma préférée d’entre toutes, discutait avec une cliente le temps de « passer » les articles. Je n’avais pas entendu le début de leur conversation et je rapporte ici la fin qui me fera toujours regretter de ne pas avoir tout entendu.
   
« C’est comme les casseroles, au début ça tient… et puis après, le manche, y s’défait, et quand ça s’défait, y’a tout qui tombe. »
La cliente hocha la tête en signe d’adhésion absolue avec cette tragique constatation.
    « C’est pour ça qui faut en changer, répondit-elle bravement, une batterie neuve de temps en temps… ça vaut mieux, plutôt qu’d’attendre qu’ça lâche... »
Et ma caissière, tout en rangeant
le chèque de la cliente, bien à plat dans un coin du tiroir-caisse, conclut avec gravité :
    « Ben oui, une batterie neuve, c’est sûr, ça vaut mieux ! Parce qu’avec toutes ces casseroles et tous ces manches qui nous partent des mains, c’est pas drôle ! C’est comme nous, à la fin, on est toutes usées, toutes vieilles,
tout en vrac, faudrait tout nous r’faire du cul au manche ! »
Phrase obscure, compréhensible dans le fond, et pleine d’audace, qui eut l’air de satisfaire les deux femmes. Tout était dit. Il ne restait plus qu’à conclure. Elles le firent d’un haussement de sourcils compatissant et d’un soupir qui en soufflait long sur l’injustice de ce monde.

Voir les commentaires


Aucun regard n’était plus dense
Aucune danse n’était plus rare
Que ses dérives reverdies
Aux rives vertes de son rire.
Aucun repères dans ses suites
Aucune fuite dans ses terres
Rien qu'un silence au bout des cris
Et qui décrivait ma violence.

© Giliberti / 2007


Voir les commentaires

J'ai toujours éprouvé une fascination pour les mains ; mains d’hommes, mains de femmes. Quand elles accrochent mon attention, quand elles savent me parler, je suis en état de séduction aussi intensément que je le serais avec l’être tout entier.
J’ai un faible pour les mains sèches et nerveuses, jeunes et vieilles, lisses et abîmées, les mains du sud, les mains de l’Afrique dont la sombre couleur donne aux ongles l’éclat de la nacre et la pâleur des premières églantines.



Ces mains-là sont faites pour les bagues d’argent, pour ces miroir imparfaits  qui les enserrent le temps d’une photo, le temps d’un mariage avec la pellicule. le temps d'une union argentique.

Moi, qui ne mets jamais de bijoux, j’aime voir les doigts de mes amis ornées de bagues berbères, leurs bras entravés de bracelets, leurs cous chargés de lourds colliers que je garde à l’ombre d’un coffre en os de dromadaire, un coffre fatigué, usé, un coffre trouvé dans le sud de la Tunisie.
Ces bagues, ces bracelets et ces colliers sont le butin de mes voyages en terres brûlées, le butin de mon exil choisi.


Alors que je suis aux antipodes des décors kitchs, des univers chargés, des exaltations inutiles et des discours pompeux, j’avoue que ces parures d’argent, de grenat et de lapis-lazuli, attachées à la peau de ces garçons qui acceptent mes délires, réinventent à ma façon les Mille et une Nuits, quand le rêve avait du souffle et le mensonge un goût de vérité. Elles sont la source de délires en couleurs, parfois en noir et blanc, et elles incarnent, à l'heure où l'on se prosterne devant toute chose conceptuelle, un renouveau dans l'infini de nos imaginaires ancestraux.


Les ongles pâles et presque roses
Au seuil ambré de tes longs doigts,
Les veines à vif sous tes poignets
Et qui serpentent sur tes bras mats
Sont mes voyages toujours les mêmes
Toujours les m’aimes…
Tu ?
Comme je t’aime.

 © Giliberti / in  Bleus d'attente / 2001


Tu parcours sur ma peau
Des chemins interdits
Qui se cachent comme moi
Et ne mènent nulle part.

© Giliberti / 2007


Ta peau est à un souffle de mes envies
Ma peau est à un siècle de tes désirs
De cette erreur est née l’éthique aveugle
D'une impasse de corps à cœur perdus.

© Giliberti / 2007


Dans l’ardente demeure
J’ai des vides à combler
Là, au fond, près du coeur
Des recoins, à meubler
Et ici pour des heures,
Des sous-sols à vider.

© Giliberti / 2007



À l’ombre de tes gestes

Je fréquente l’ivresse
Qui me livre à tes mots
Et te lie à mes hanches

À l’ombre de tes gestes
Je fréquente tes mots
Si fréquents à mes craintes
Et si lourds à mes sens.

© Giliberti / 2007


Le front n’était pas lisse
Ni lisse la joue.
Mais ses lèvres
Avaient le goût du peu de temps,
De l’attente, déjà,
De la conscience bafouée
Et du désordre magnifique.

© Giliberti / 2007

 
Comme l’odeur de l’encens
Exhale les prières
Grandit les chants d’amour
Ton parfum de sureau
Allume mes intentions
Transpire dans les draps.

Comme l’eau à la source
Accueille tes deux mains
Et coule dans ta gorge
Ton liquide plaisir
Rencontre mon visage
Apaise mon appétit.

© Giliberti / 2007


À n’étendre que ses plaintes
Un exil est bien peu
Juste un mythe, au soleil
Pour enfants trop gâtés.
À n’y voir que là-bas
Un exil est bien long
Où se terrent les anciens
Qui connaissent tout de vous.
Quand il n’est que l’inverse
Un exil est un manque
De l’exil d’un exil
Où se perd la raison.

© Giliberti / 2007


Ta peau est à un souffle de mes envies

Ma peau est à un siècle de tes désirs
De cette erreur est née l’éthique aveugle
De l' impasse d’un corps à cœurs perdus.

© Giliberti / 2007


Au fond des palais vides,
Je voulais miennes,
Les nuits si pleines
De ton absence.
Ta peau safran devait manquer
Pour enfin croire que je l’aimais.
Je voulais lire dans tes mensonges
Tout le vélin de mes ouvrages.
Mais, replié,
Amer et doux,
Je vis ici
Qui n’est pas là,
Et me repais du temps créé.

© Giliberti / 2007


Tu parcours sur ma peau
Des chemins interdits
Qui se cachent comme moi
Et ne mènent nulle part.

© Giliberti / 2007


Voir les commentaires

Le blog de Michel Giliberti

Mon travail d'artiste peintre, auteur et photographe...

Hébergé par Overblog