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Le blog de Michel Giliberti

L’orage grondait depuis des heures ; des éclairs balayaient un ciel devenu anthracite. Sidi Bou Saïd vivait au ralenti dans l’attente d’un déluge annoncé.
Assis sur le canapé, je fixais le patio grand ouvert. Je ne voulais rien perdre de cet étrange moment, juste avant l’averse, quand la chaleur vous oppresse et qu'aucun souffle n’agite les feuilles des arbres.
Quelques fleurs de bougainvilliers gisaient au sol, papillons mauves sur le marbre. Le ciel s’assombrit encore. On aurait pu se croire en soirée. On ne voyait presque plus rien. Je me levai pour allumer quelques lampes, quand une déflagration inimaginable déchira mes oreilles. J’appuyai sur l’interrupteur. Panne d’électricité. L’obscurité s’épaissit encore. De grosses gouttes de pluie éparses et claquantes commencèrent à frapper le sol.
Medhi qui se reposait dans la chambre apparut, à moitié endormi.
La foudre l’avait réveillé. Machinalement, il ferma les portes du patio pour éviter que l’eau ne s’infiltre dans la maison.
À tâtons, je partis chercher des bougies dans les placards de la cuisine. Mon empressement à renouer avec la lumière amusait Mehdi. C’est pourtant lui qui trouva les bougies, lui qui les alluma ; au bout de quelques instants, leurs flammes redonnèrent vie à l’espace. Dehors, des trombes d’eau s’abattaient maintenant avec un bruit infernal. Je regardai Mehdi dans la nouvelle douce lumière. Il semblait repus et satisfait. Je me saisis de mon appareil photo.

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Il s'
étira longtemps, puis toujours très à l'aise devant l'objectif, m'offrit son grand sourire.
« Je vais prendre une douche, lança-t-il en baillant bruyamment, J’ai trop chaud ! »

Je le vis s’éloigner avec une bougie à la main comme on le faisait autrefois quand on glissait, fantomatique, de pièce en pièce, et que des formes mouvantes donnaient vie aux murs. 
 

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Quelques instants plus tard, je le rejoignis avec mon appareil photo… Je voulais saisir son visage et son corps que la flamme de la bougie rendait picturaux dans l’espace étroit de la salle de bain. 

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Les îles de Kerkennah… je les ai découvertes, il y a quelques années.
J’ai tenté naguère de vous les faire partager à travers le noir de cette fenêtre ouverte sur les vôtres. 
 
Kerkennah


On accoste à Kerkennah après avoir embarqué à Sfax. C'est un petit voyage folklorique au milieu d’une foule joyeuse, des chants, des bruits, des radios qui déversent autant les musiques orientales que les Anglos saxonnes. Le transition commence là, pendant cette traversée, mais à une vingtaine de kilomètres, le calme des îles se révèle être le vrai dépaysement.
 

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  On le ressent dès que l'on pose le pied à terre..

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Routes mangées par le sable, palmiers à n’en plus finir, grenadiers, figuiers… Une île, comme un trésor ! Une île qui offre, aux détours des sentiers, ses marabouts vert et blanc, ses maisons ocre et bleu et le sourire des insulaires  assis tranquillement ou de ceux qui se promènent main dans la main.
Il règne sur cette île un parfum étrange de sel, d’épices et de terre brûlée.  Par endroits, des palmes mortes entassées au sol donnent à l’air surchauffé l'odeur des foins .

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Que pourrais-je ajouter aujourd’hui pour décrire ce petit paradis ? Je ne sais pas vraiment, sinon que son évocation exalte toujours mes sens... 
 

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... comme ces immenses marabouts contre lesquels certains s'adossent en fin d’après-midi pour prendre les derniers rayons de soleil et rêver. Moi je rêve d’une maison qui ressemblerait à un marabout.

 
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J’ai roulé lentement, vitres baissées. C’était la fin de la journée ; le soleil déjà bas offrait des contrastes magnifiques. Sur la côte, des jeunes gens prenaient du bon temps sur des embarcations fluides et silencieuses. Des hommes, pantalons retroussés jusqu'aux genoux, pêchaient, d'autres discutaient. Les enfants se couraient après. Il y avait une grande simplicité des êtres et des choses, de celles qui me confondent.

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J’ai arrêté la voiture et je me suis assis en retrait d'un ponton où des femmes en robes et plongées jusqu'aux cuisses lavaient de la laine en la frappant avec un battoir.

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Le soleil accéléra sa descente jusqu'à l'horizon. L’île passa du bleu à l'orange. Les pêcheurs battaient les vagues avec des ramures de palmier pour effrayer les mulets qui, scintillants, bondissaient hors de l'eau et retombaient sur des claies. D’autres récupéraient les poulpes pris au piège dans des gargoulettes accrochées aux récifs.
Je pense qu'un homme triste est un homme qui n'a jamais connu cet espace-temps, où ce que vous dites, ce que vous faites devient un privilège.

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Je commençais à avoir faim et je songeais à trouver un petit restaurant, mais mon regard accrocha celui d'un garçon qui assis avec des amis dans les derniers rayons de soleil, m'invita à le photographier.
 

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Protégé par mon appareil photo, je considérais avec amusement ses yeux qui ne lâchaient pas l'objectif et donnaient ainsi l’impression de me fixer ardemment.

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Puis il s’est levé, s’est dirigé vers moi à pas lents tout en me faisant signe de continuer mon travail. J'ai répondu à sa demande et à son sourire. Puis une fois près de moi, désabusé et charmeur, il me parla de tout et de rien comme si nous étions de vieux amis.

 

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Enfin, comme les mots me manquaient et que je ressentais la fatigue mon voyage, je le quittai à regret, mais au moment de partir, il me donna son numéro de téléphone.
 

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Vitres toujours baissées dans la chaleur du soir, j'ai roulé  très lentement jusqu'à l'hôtel en suivant le rivage, le bras ballant à l'extérieur de la portière comme un vrai Tunisien, à respirer cet air si particulier qui enferme les îles.
Après une bonne douche, un bon repas, je suis ressorti apprivoiser la nuit nouvelle. J’avais un numéro en poche. À quoi pouvait ressembler Kerkennah , la nuit ?

 

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Abdoul-balustrade-Aux matins encore mauves des nuits si récentes, la terrasse est intacte, blanche et vierge, silencieuse..

Sidi-Bou-SaidDans l’écrin encore sombre des arbres et des buissons, Bou Kornine palpite et dessine l’horizon.
J’ai tant dit des parfums et des bruits de Sidi Bou Saïd qui s’éveille… Comment faire autrement quand l’histoire se répète et m’émeut chaque fois ?

abdoul-terrasseÉtranger !
Je suis l’étranger ! Et comme tous les étrangers, je décode et je conte ce qui ne m’appartient pas.
J’ai besoin des voyages sur terre et sur peau, de la mienne contre celles qui me soufflent « tout cela est si bref » et m’invitent à me dire « mieux vaut mourir de leurres magnifiques que de vérités banales ».

abdoul-terrasse-1Aux matins encore mauves des nuits si récentes, la terrasse est intacte, blanche et vierge, silencieuse…SIDI-BOU-SAID-B9

Par la porte entrouverte, ses départs feutrés sont aussi mystérieux que ses arrivées, quand enfin, pointe l’heure si belle des leurres.

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C’est à l’heure des vapeurs, quand tout devient ouaté
Que les corps se détendent et que s'ouvre l'esprit.
Plus d’empreintes sous les doigts, d’interdits dans les gestes
C'est la fièvre brûlante et la course au ruisseau.
Dans le temple embué de parfums et de notes 
Le satin est présent, moite et chaud à l’ouvrage.
Feu aux joues, doux sourires puis soupirs à genoux
Chaque prince s’enivre des plaisirs roturiers.

© Giliberti 
 

Hammam-1

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moi-petit-2
L’ombre du temps farde mes yeux de cernes si gris que tout le ciel d’hiver semble s’y être invité. 
À ce regard nourri des ans, s’ajoute le pli d’amertume au coin des lèvres qui me donne l’air d’un sage, moi qui, dans le fond, ne décolle guère de l’âge des bonbons, des Dinky Toys et des ballades en famille, quand sous le soleil qui aveuglait papa, j’insistais : « Encore une photo !... Encore une photo ! »

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Alan-6Petit rêve si pâle
Déclic sur fond d'ennui
Heures bruyantes, tristes et sales 
Des poubelles dans Paris.
Un garçon me sourit
Puis regarde vite ailleurs
De peur d'être incompris
Quand il n'est que douceur.
Petit rêve en rafale
Intime espoir des rues
Aux heures trop animales
Des rencontres perdues.
Un garçon qui travaille
Puis s’accroche fataliste
Au camion qui cisaille
 Ses mains d'équilibriste. 
Petit rêve en cavale 
Froid silence qui m'attriste
Tant il rend bien bancales
  Mes beaux désirs d'artiste. 

© Giliberti 
 

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fleur-Dougga
Je marchais dans Dougga au centre des ruines romaines… C’était à l’automne de l’année dernière. Je m’étais un peu éloigné, recherchant une solitude qui m’est souvent nécessaire, quand, au milieu de nulle part, ces quelques fleurs me sont apparues.
La photographie des choses et des lieux ne me passionne pas, mais je ne sais pourquoi, ce bouquet isolé, un peu comme je l’étais alors, me donna l’envie de capter sa fragile image.
Depuis plus d’un an, ces fleurs mauve pâle étaient rangées aux oubliettes comme dans un herbier, et voilà que je les redécouvre.
Aussitôt, je ressens l’émotion, la douceur de ce jour, le silence alentour et les parfums fanés de la campagne après la pluie, alors, je laisse l’herbier ouvert, encore un peu.
 

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verres-bleus-au-jardin
Être un soleil encore un peu, être un félin jusqu’au point d’eau, puis les mots à la bouche, se dire qu’aimer est le seul verbe qui vaille la peine d’être conjugué.
Poète ou bien voyou, ne pas hurler avec les loups, dénoncer la tiédeur et faire de l’ennui un feu immense dans les nuits chaudes des sentiments.
J’aime les éclairs, j’aime la pluie, le vent qui gifle et qui réveille. J’aime le soleil et sa brûlure, la flaque d'eau et le désert, j’aime nos bleus, j'aime nos rouges, j'aime t’aimer... 
J'aime, c'est le plus sûr moyen de ne pas vieillir.

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laurent
Dans ses yeux tristes, l'eau bleue des glaciers et les laves rouges des volcans pillent ses heures grises où tout s’emmêle et se détruit. 
Rêver sans l'autre l'enferme tant que ne plus vivre lui semble être la vie.
Quand de ses terres profondes, un souffle chaud incendiera ses larmes froides, peut-être quittera-t-il ce monde dont il ne capte plus rien. 
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Mohamed-G-el-M
Si peu de chose pour parler de l’émoi.
Si peu de rêves au bout des sens et de l’absurdité.
Habits de fêtes, costumes de cirque, musiques et rires d’alcool, rien… Rien n’y fait quand le cœur n’est plus à sa place.
Tout devient absurde... vase sans fleurs, véhicule immobile ! Que dire d’autre des sentiments et des mots qui vous mettent dans des états inutiles quand échange et négoce ne se conjuguent plus.
Écorces parfumées, vanille et bourbon…  autant de saveurs qui vous mutilent.
L’urgence n’est pas qu’un fourgon et des hommes dans la nuit au service de vos douleurs, c’est aussi le verbe qui ne joint pas le geste et s’empêtre dans le vide. C’est le corps et le cœur qui crèvent de ne pouvoir palpiter ensemble.
Moi, j’aimais voir l’eau sur la peau, le sable sur la joue, le rire dans mes larmes… moi j’aimais l’absurde dépendance.


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Mon travail d'artiste peintre, auteur et photographe...

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