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Le blog de Michel Giliberti

hellebore

« Juste pour le plaisir des yeux » comme disent les Tunisiens. Je suis un amoureux des hellébores, j'en ai plein le jardin. Ce sont des fleurs qui durent des mois et qui aiment l'ombre.

hellebores-2

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mohamed-interieur-6

Lorsque dans la pénombre bleutée, Mohamed ôta son tee-shirt et qu’il le fit glisser à terre, les grandes cicatrices zébrant son torse et ses bras me semblèrent plus marquées que sous le soleil quand il s'allongeait à même le sable de la plage de Rimel, près de Bizerte.
Je n’en dis rien et commençai une série de photos à l’intérieur de la vaste demeure qu’un ami nous avait prêtée à cette occasion.
Pendant plus d’une heure, je fis des gros plans de ses yeux, sa bouche, son buste comme si tout était normal. Pourtant, à chaque déclic de mon obturateur, je croyais entendre le bruit du couteau avec lequel il s’était tailladé la chair un soir de grande dispute avec son père qui n’admettait aucun différend sous son toit… aucune rivalité.
Depuis longtemps déjà, il m’avait raconté par le détail cette impossible révolte contre le patriarche qui avait conduit à sa folie autodestructrice en pleine nuit, pour calmer ses nerfs ; je l'avais mise de côté, bien rangée, mais là, l’objectif focalisait ce drame et me le renvoyait en plein visage.

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Mohamed aux yeux si doux.
Mohamed, rencontré quand il n’avait que dix-huit ans.
Mohamed, aujourd'hui, avec ses cicatrices.

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Xavier-lumiere-rouge-Depuis ce monde du silence où j’entends chacun de vos cris, il me reste une mise à nue, un vide étrange qui me confond ; un vide qui clôt mes souvenirs et s’ouvre à vos désirs.
Sachez que dans mes nuits, tout ce qui se ternit se pare aussi d’éclat et qu’à l’heure douce de la fin, s’ajoute celle des lendemains de marbre noir ou de fusion, de ciel obscur ou de terre profonde.

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Cahier-de-dessin

Je vous aurai tant donné
Je vous aurai tant volé
Mais à l’approche de jours plus sombres
Mon impatience de l’absolu
Se lasse de votre port d’attache
De son anneau à ma frégate.
L’ivresse est là, encore intacte
Mieux vaut la vivre que vous aimer…

© Giliberti

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Pas trop d'idées... Panne séche. Aussi, lâchement, voici le tout début de Boukornine, un de mes romans dans lequel Moez (ici en photo) est le héros.
Moez-foulard-rouge-22-
– Ija !
Il dit viens ! en arabe.
Je ne réponds pas.
Pourtant, je voudrais lui obéir.
Obéir à l’Orient, obéir à mes rêves d’absolu, et mettre fin à mes errances d’enfant déraciné.
– Ija !
Sa voix encore… comme un murmure, et sa langue, comme une musique qui m’indiquerait le vrai chemin. Pour la seconde fois, je fais mine de ne rien entendre.
Du seuil de la terrasse, il cesse de contempler la mer, et se retourne.
– Qu’est-ce que tu as ? Viens là… Viens voir Bou Kornine.
Mes yeux se lèvent sur lui, mais ne reçoivent que sa silhouette noire, à contre-jour.
Le soleil est si aveuglant.
La terrasse, si blanche.
Je m’étire longuement. Ce lit est un piège. Depuis plus d’une heure, je tente d’en sortir. Je m’assois enfin sur son bord. Ma peau moite m’écœure un peu. Comment ne pas transpirer ? Il fait au moins trente degrés à l’intérieur. Je n’ose imaginer dehors, je n’ose imaginer cette puissante chaleur : ces degrés qui abrutissent.
Je m’empare de la gargoulette posée à mes côtés et dont les flancs transpirent, eux aussi. Je la porte à mes lèvres assoiffées. J’avale avec maladresse une gorgée d’eau fraîche au goût de terre profonde, comme remontée d’un puits. Elle ruisselle de mon menton jusque sur ma poitrine… De l’eau aussitôt tiède, sensuelle.
Sous la canicule, l’érotisme est un psychotrope qui cherche tous les prétextes pour se manifester.
Je tais mes gestes autant que mes mots. La gargoulette entre les mains, je guette l’indicible.
Rien.
Juste le silence jaune entrecoupé du grésillement électrique des mouches épuisées qui tourbillonnent au sol avant de s’éteindre.
Moez quitte le seuil de la terrasse. Il approche, enfin.

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Dès que le bleu de la nuit proche faisait escale aux remparts de Bizerte, je le voyais arriver lentement. Il prenait place tout contre un arbre du jardin public et les yeux dans le vide, immobile, il fumait en solitaire. Depuis la terrasse d’un café, j’observais ce rite quotidien.
Un soir, je décidai de le prendre en photo. Je m’approchai discrètement. Il me vit tourner autour de l’arbre, mais il m’accepta en silence.
Une fois ces instants capturés, je m’avançai vers lui pour le remercier et lui proposer de lui envoyer les quelques portraits que je venais de prendre. Il me répondit que ce n’était pas la peine. Je lui demandais alors son prénom. Il tira sur sa cigarette, rejeta la fumée avec lenteur, puis toujours en fixant l’horizon, il murmura « L’inconnu de Bizerte… Tu mets ça, sur tes photos… l’inconnu de Bizerte  »
C’est fait. 
 

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dernieres-cendres
Même thème que le précédent… Le passage ! Le mur ! C'est le dernier d'une série 
Ici, le passage est à peine défini sur la droite. Une épaule a déjà franchi l’arête du mur.
La cigarette ne sert qu’à attendre le courage.
Dès ses dernières cendres, le mégot rejoindra le sol et l’envol s’accomplira. 

 

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passage-II

Un passage dépouillé de code et de porte, un passage symbolique, tout juste évoqué, avant de franchir le pas.
Un filet de sang sur le mur signe l’hésitation et la difficulté du personnage à s'échapper de l'encadrement contre lequel il se maintient encore, mais son regard est franc. Il vaincra.
Des braises intimes d’une vie ne restent souvent que les cendres… Plus de couleur, à peine le geste, à peine sa marque.
Marcher, sans se retourner.

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Salammbô… Ce nom résonne en moi depuis bien longtemps. Flaubert y est pour quelque chose ; l’acteur Jacques Sernas également. Mais en dehors de son iconographie historique, romanesque et cinématographique, Salammbô est un quartier de Carthage. C’est là où vivait Mohamed, le garçon qui m’inspira le héros de mon roman Derrière les portes bleues, comme je l’expliquai dans mon précédent article.
Salammbô grouille de vie, Salammbô souffle, Salammbô geint ; il habille les silences et travestit les rêves les plus obscurs. Les piétons investissent les routes et évitent soigneusement les trottoirs. Tout le monde se parle d’une rue à l’autre, s’interpelle et se presse dans les petits magasins d’alimentation qui dégagent les parfums d’épices et croulent sous les grappes de piments rouges séchés et accrochés aux murs. C’est en voiture pourtant, au milieu de cette foule indisciplinée qui me donnait des frayeurs, que je me rendais chez Mohamed.

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Quelques années plus tard, celui-ci s’installa en France et, à son tour, il vint me rendre visite. Lorsqu’il découvrit les rues vides, le calme sidérant et le silence absolu de mon hameau, il pensa qu’il était arrivé quelque chose de grave.
Musique, thé et discussion amicale me permirent, comme autrefois dans la petite cour de Salammbô, de le photographier. 
 
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Je garde ainsi ces quelques portraits pleins de gravité où je retrouve intactes ses inquiétudes de l’époque, quand vivre à Paris l’impressionnait encore et que rencontrer l’amour lui paraissait impossible.
 
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Cet après-midi-là, il ignorait que tout se passerait bien, que je serais même le photographe « officiel » de son mariage six ans plus tard, qu’il deviendrait papa, et serait heureux.
 
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Il y a quelques années, j’ai séjourné dans un petit hôtel tunisien à Guengla, tout près de ma ville natale. Le décor y était idyllique : une terrasse donnant sur la mer, des pins, des eucalyptus pour la fraicheur et l’ombre, le parfum des fleurs de jasmin et surtout un silence spectaculaire bercé du seul clapotis de l’eau qui arrivait au pied de la terrasse.

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J’ignore les raisons qui me permirent tout au long de ce séjour de me retrouver absolument seul dans un lieu de grâce si exquise. Le service était d’une absolue discrétion ; je ne rencontrai personne. Chaque jour mon lit était refait et, sur l’oreiller, je trouvais toujours des fleurs de jasmin. Mystère absolu. Ce séjour feutré m’a beaucoup marqué… Très souvent il recharge ma mémoire d’impressions suaves.
Hélas, cet hôtel a changé de propriétaire et ressemble désormais à tous les autres ; son infrastructure a été largement modifiée pour être plus rentable.
 
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La vue incroyable et la barque qui m'inspira un de mes poèmes...

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Le matin, quand le soleil était encore à l'horizon et que je prenais mon petit déjeuner sur la terrasse.
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Bien plus tard, alors que j’étais dans l’écriture d’un roman, cet hôtel, autant que sa quiétude, s’est imposé à moi pour planter le décor d’une des scènes clefs de l’histoire. Comme un metteur en scène, après avoir fait des repérages, c’est là que j’ai voulu que mon héros parisien, Jérémy, chanteur has been, alcoolique mais flamboyant, accepte enfin l’idée d’être tombé amoureux de Tarek, un jeune rappeur, tchatcheur, charmeur, rencontré au cours de l’un de ses concerts ; un garçon qui bouscule sa vie d’hétérosexuel et piétine son passé sulfureux…
Oui, c’est dans cet hôtel de Guengla, déserté de toute clientèle, qu’après des mois de conflits et de heurts violents, Jeremy, vaincu, baissera les armes et s’abandonnera à Tarek qui n’attendait que ça…
J’aime écrire sur ce que je connais.
Ici, toutes les pièces s’emboitaient.
J’avais pour décor Paris ( ma ville préférée ), la Tunisie ( mon pays d’amour ), et le milieu musical ( j’ai longtemps pratiqué le métier de chanteur pour en connaître ses vices et ses tortures ).

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Il ne me restait plus qu’à trouver le jeune Tarek… et là aussi, je n’ai eu qu’à me tourner vers celui qui est toujours un de mes amis, Mohamed, rencontré à Salammbô, ici sur le seuil de sa maison.

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C’est ainsi qu’une partie de mon roman Derrière les portes bleues a pris forme, jusque dans sa couverture, puisque c’est un des tableaux que m’inspira Mohamed qui l’illustre.

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Voici un petit extrait de "Derrière les portes bleues" directement inspiré par ce panorama immuable qu'il m'était offert de contempler tous les matins depuis la terrasse de ma chambre d'hôtel.

... /...Depuis plus d’une heure, Jérémie admire la barque frêle d’un pêcheur, au loin. Elle est plantée là, au milieu de la mer, irréelle.
Un regard à gauche, elle n’existe plus.
Un regard à droite… Pareil.
Mais elle est là, immobile ! Avec le clapotis de l’eau à contre-pied de l’immense terrasse blanchie à la chaux.
Derrière, la chambre ! Sa porte bleue entrouverte. Et sur le lit, allongé en chien de fusil, Tarek ! Son sommeil émouvant.
Lui est devant, comme le capitaine d’un navire, face à l’horizon et la mer gris de payne.
Un léger vent caresse sa peau encore vibrante de l’autre.
Il n’a pas pu s’endormir après…
Trop peur du réveil… Tout est si nouveau, si insolite. Il n’explique rien de son désir. Il ne le nomme pas.
Comment a-t-il pu dépasser la simple attirance qui, en soi, n’est pas exceptionnelle ? Qui a pu instiller au fil des jours un tel changement ?
Il a vécu la nuit la plus insensée, la plus subtile, la plus vraie. À épouser le mot, le geste ! Et pourtant un vent de folie a balayé la plus élémentaire de ses convictions. Au-dessus du visage de Tarek, c’est la paix qu’il a rencontrée, et il s’en étonne. Les sourcils de Tarek, ses lèvres, son nez, chaque contour lui a paru si évident, comme à la fin d’un voyage, quand l’avion rencontre la terre et que, dans l’ancienne trace, le pied retrouve ses repères.
Il n’oubliera plus…
Aucun murmure, aucun gémissement ne l’a à ce point envoûté comme ceux de Tarek quand il s’est abandonné, ivre de vie, fragile et fort, offert à ses pulsions. Ses soupirs et ses râles ont été à l’image de ses phrases, contractées, de ses mots en verlan, si beaux, si déroutants.
Actuel d’amour !
Non, il n’a su s’endormir après.
Tarek, lui, a sombré dans un sommeil sans nom… Repu, désarticulé.
Victorieux.
Et avant cette nuit, il y avait eu dans l’après-midi la plage des grottes… Le varech têtu, enroulé autour des jambes, le sable curieux… La première fois.
Il y avait eu l’accord, sans précédent… Les mots dans l’oreille… Murmures d’hommes ! Et puis l’arrivée à l’hôtel de Guengla… Les regards complices du gardien, sa compréhension et, surtout, l’incroyable spectacle d’un hôtel vide, blanc, aux façades croulant sous les mauves bougainvilliers et dont les chambres, à l’ombre des eucalyptus géants, donnaient sur la mer turquoise. La mer qui s’épanche… La mer à l’infini.
Et cette barque !
Et il n’est que 7 heures.../...
 

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Mon travail d'artiste peintre, auteur et photographe...

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