Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le blog de Michel Giliberti

 
Hotel-Guengla-4
Il y a quelques années, j’ai séjourné dans un petit hôtel tunisien à Guengla, tout près de ma ville natale. Le décor y était idyllique : une terrasse donnant sur la mer, des pins, des eucalyptus pour la fraicheur et l’ombre, le parfum des fleurs de jasmin et surtout un silence spectaculaire bercé du seul clapotis de l’eau qui arrivait au pied de la terrasse.

Hotel-Guengla-6
J’ignore les raisons qui me permirent tout au long de ce séjour de me retrouver absolument seul dans un lieu de grâce si exquise. Le service était d’une absolue discrétion ; je ne rencontrai personne. Chaque jour mon lit était refait et, sur l’oreiller, je trouvais toujours des fleurs de jasmin. Mystère absolu. Ce séjour feutré m’a beaucoup marqué… Très souvent il recharge ma mémoire d’impressions suaves.
Hélas, cet hôtel a changé de propriétaire et ressemble désormais à tous les autres ; son infrastructure a été largement modifiée pour être plus rentable.
 
Hotel-Guengla
La vue incroyable et la barque qui m'inspira un de mes poèmes...

Hotel-Guengla-11
Le matin, quand le soleil était encore à l'horizon et que je prenais mon petit déjeuner sur la terrasse.
hotel-Guengla-9
Bien plus tard, alors que j’étais dans l’écriture d’un roman, cet hôtel, autant que sa quiétude, s’est imposé à moi pour planter le décor d’une des scènes clefs de l’histoire. Comme un metteur en scène, après avoir fait des repérages, c’est là que j’ai voulu que mon héros parisien, Jérémy, chanteur has been, alcoolique mais flamboyant, accepte enfin l’idée d’être tombé amoureux de Tarek, un jeune rappeur, tchatcheur, charmeur, rencontré au cours de l’un de ses concerts ; un garçon qui bouscule sa vie d’hétérosexuel et piétine son passé sulfureux…
Oui, c’est dans cet hôtel de Guengla, déserté de toute clientèle, qu’après des mois de conflits et de heurts violents, Jeremy, vaincu, baissera les armes et s’abandonnera à Tarek qui n’attendait que ça…
J’aime écrire sur ce que je connais.
Ici, toutes les pièces s’emboitaient.
J’avais pour décor Paris ( ma ville préférée ), la Tunisie ( mon pays d’amour ), et le milieu musical ( j’ai longtemps pratiqué le métier de chanteur pour en connaître ses vices et ses tortures ).

Mohamed-porte-bleue-3
Il ne me restait plus qu’à trouver le jeune Tarek… et là aussi, je n’ai eu qu’à me tourner vers celui qui est toujours un de mes amis, Mohamed, rencontré à Salammbô, ici sur le seuil de sa maison.

Mohamed-porte-bleue-5
C’est ainsi qu’une partie de mon roman Derrière les portes bleues a pris forme, jusque dans sa couverture, puisque c’est un des tableaux que m’inspira Mohamed qui l’illustre.

Hotel-Guengla-2
Voici un petit extrait de "Derrière les portes bleues" directement inspiré par ce panorama immuable qu'il m'était offert de contempler tous les matins depuis la terrasse de ma chambre d'hôtel.

... /...Depuis plus d’une heure, Jérémie admire la barque frêle d’un pêcheur, au loin. Elle est plantée là, au milieu de la mer, irréelle.
Un regard à gauche, elle n’existe plus.
Un regard à droite… Pareil.
Mais elle est là, immobile ! Avec le clapotis de l’eau à contre-pied de l’immense terrasse blanchie à la chaux.
Derrière, la chambre ! Sa porte bleue entrouverte. Et sur le lit, allongé en chien de fusil, Tarek ! Son sommeil émouvant.
Lui est devant, comme le capitaine d’un navire, face à l’horizon et la mer gris de payne.
Un léger vent caresse sa peau encore vibrante de l’autre.
Il n’a pas pu s’endormir après…
Trop peur du réveil… Tout est si nouveau, si insolite. Il n’explique rien de son désir. Il ne le nomme pas.
Comment a-t-il pu dépasser la simple attirance qui, en soi, n’est pas exceptionnelle ? Qui a pu instiller au fil des jours un tel changement ?
Il a vécu la nuit la plus insensée, la plus subtile, la plus vraie. À épouser le mot, le geste ! Et pourtant un vent de folie a balayé la plus élémentaire de ses convictions. Au-dessus du visage de Tarek, c’est la paix qu’il a rencontrée, et il s’en étonne. Les sourcils de Tarek, ses lèvres, son nez, chaque contour lui a paru si évident, comme à la fin d’un voyage, quand l’avion rencontre la terre et que, dans l’ancienne trace, le pied retrouve ses repères.
Il n’oubliera plus…
Aucun murmure, aucun gémissement ne l’a à ce point envoûté comme ceux de Tarek quand il s’est abandonné, ivre de vie, fragile et fort, offert à ses pulsions. Ses soupirs et ses râles ont été à l’image de ses phrases, contractées, de ses mots en verlan, si beaux, si déroutants.
Actuel d’amour !
Non, il n’a su s’endormir après.
Tarek, lui, a sombré dans un sommeil sans nom… Repu, désarticulé.
Victorieux.
Et avant cette nuit, il y avait eu dans l’après-midi la plage des grottes… Le varech têtu, enroulé autour des jambes, le sable curieux… La première fois.
Il y avait eu l’accord, sans précédent… Les mots dans l’oreille… Murmures d’hommes ! Et puis l’arrivée à l’hôtel de Guengla… Les regards complices du gardien, sa compréhension et, surtout, l’incroyable spectacle d’un hôtel vide, blanc, aux façades croulant sous les mauves bougainvilliers et dont les chambres, à l’ombre des eucalyptus géants, donnaient sur la mer turquoise. La mer qui s’épanche… La mer à l’infini.
Et cette barque !
Et il n’est que 7 heures.../...
 

Published by Michel Giliberti - - Tunisie

commentaires

caillaud 09/01/2014 19:31


Bonjour, belles images poétique comme j' aime,


En parcourant  ce blog, je me replonge avec satisfaction dans ce pays qui m' a conquis avec la gentillesse des habitants ( mon séjour de trois mois en 2012 et en 2013 pour mieux
apprécier  et connaitre les habitants et retrouver mes amis Tunisiens si chaleureux et accueillants  )


Article sur " ma Tunisie " - blog mentionné ci- dessus


Bravo encore     Cordialement   alain


 


 


 

Michel Giliberti 17/01/2014 07:27



Merci pour ces mots, Callaud, oui, c'est vrai, le peuple tunisien et l'atout majeur de la Tunisie... à bientôt.



Henri-Pierre 03/04/2010 10:47



De la genèse d'un écrit.
Un livre est toujours pétri des émotions de qui souille la virginité des pages.
Je ne trouve pas si mal que ça que ton petit hôtel n'ait pas survécu à tes émotions, l'écrin était pour toi et pas pour d'autres, la vraie vie coule encore dans le flux ton encre qui lui a donné
sa vraie cie. Que son nouveau décor exprime autre chose pour qui le veut, mais la vérité qu'il eût est, elle, inaliénable et éternelle sous ta plume.


 



Michel Giliberti 03/04/2010 12:07



C'est très étrange ce que tu me dis là. 
D'abord déçu de ne plus retrouver le moindre charme à cet hôtel, j'ai éprouvé une émotion inouïe à le placer dans ce roman, comme si je lui donnais une dernière chance ; peu après, le
fait même de ne plus exister dans cet état me rassura. Il n'avait appartenu qu'à moi, quelques jours en été et qu'à Jéremy et Tarek, le temps de leur première nuit. IL n'en fallait pas
plus pour trouver cette sensation égoïstement merveilleuse. Ton analyse colle à ma peau.
Merci Henri-Pierre,
 je t'embrasse



Michel



nabeth 21/03/2010 17:38


Cher Michel, dès que possible, je vais relire "Derrière les portes bleues", avec des images qui vont rendre le roman plus attachant encore; j'ai plusieurs pages cornées pour des lignes que je
voulais retrouver rapidement!
 Merci pour ces photos de rêve et pour mon initiation à l'homosexualité.
Bises de Nabeth. 


Michel Giliberti 21/03/2010 18:23


C'est génial! J'en suis ravi... Vous me raconterez ça. Ce passage commence p 169
 je vous embrasse Nabeth,
 @ bientôt... 


Yves Roubiére 19/03/2010 11:58


Bonjour Michel,
les premiers rayons de soleil s'installent tranquilement sur Paris,et déja on sens une irrésistible envie de sortir pour gouter cette douceur tant attendue.Pour un peu on irais s'installé à une
terrasse de café un peu comme à lhotel de GUINGLA un bouquet de jonquilles remplacera la branche de jasmin et un café le petit déjeuner mais cette douceur environnante pour apprécier se moment
là!.Il y a comme çà des petits paradis qui s'inscrivent dans notre mémoire à tout jamais.C'est beau tout simplement.Bonne journée Mr le poéte


Michel Giliberti 19/03/2010 17:46



Merci Yves... j'aimerais bien être à Guengla, vous savez, car si ces jours furent ensoleilles, la pluie, ici, est déjà de retour... le paradis est encore loin, mais merci d'être passé ici,
égailler le mauvais temps.


 @ bientôt



Michel 



eva baila 16/03/2010 22:52


oui, c'est un bel endroit pour l'amour...


Michel Giliberti 17/03/2010 07:35


je confirme (en tant qu'auteur) ...
 @ bientôt,

Michel 


Jean-Christophe 16/03/2010 19:36


Vous dîtes parfaitement, Michel, le caractère à la fois exaltant et terrible des premières fois, qui sont quelquefois les dernières. Rien ne ramène jamais la magie des premiers instants, sauf si on
parvient à faire de chacun des jours qui nous sont donnés le premier jour.


Michel Giliberti 17/03/2010 07:38


Dans ce roman, c'était en plus une première fois dans l'inconnu, puisque Jérémie, empêtré dans sa vie de débauche, n'avait rien prévu d'une aventure homosexuelle. Donc une première fois très
particulière.
 @ bientôt JC

Michel 


Nath 16/03/2010 17:29


Ha m'enfin... c'est trop beau...trop bon... si calme... ha laissez moi reposer en paix, vous dérangez  mon bien être à être si bavard... Allé, allé...


Michel Giliberti 16/03/2010 17:33


Tu me fais rire Nath... C'est super gentil. Mieux que des paroles ! alors je m'en vais....


Nath 16/03/2010 17:23


Chuuuuut sileeeennnnceeeee...........


Michel Giliberti 16/03/2010 17:25


Bon...


Jack 16/03/2010 16:56


JE VAIS RESSORTIR LE LIVRE, lu à sa sortie je crois, je vais bien  certainement le retrouver, ce jeune homem est trop beau et en parfaite harmonie avec cet hotel, je vais voir ce qu'il en
est de cette station balnénaire...


Michel Giliberti 16/03/2010 17:09


Ce doit être amusant (je pense) de relire un livre quand on connaît certains de ses codes.
 Vous me direz... 
@ bientôt Jack 


Nath 16/03/2010 12:44


...


Michel Giliberti 16/03/2010 17:10


!!!


NYCO 16/03/2010 11:00


le décors est posé...
les acteurs cités...
mais comment nous faire passer les émotions...?
par du vécu ,évidemment...
merci de les partager  ,Michel,
elles sont douces à ma mémoire... 


Un léger vent caresse sa peau encore vibrante de l’autre.


Il n’a pas pu s’endormir après…
juste sublime comme dit nanie ...

bises...



Michel Giliberti 16/03/2010 17:14



C'est un roman que j'ai écrit passionnément... j'installais la musique qu'il fallait pour écrire certaines scènes et je partais... Ce livre est un si beau souvenir que parfois je remets ces
musiques qui m'ont servi à l'écrire et comme pour les musiques de films, l'effet est immédiat, je suis dedans...


 @ bientôt Nyco et merci.


 Bises,



Michel 



Nanie 16/03/2010 09:17


Juste sublime ... tu nous envoutes. Merci Michel


Michel Giliberti 16/03/2010 17:15


Nanie, merci... c'est très touchant.
 @ bientôt

Michel 


Le blog de Michel Giliberti

Mon travail d'artiste peintre, d'auteur et de photographe...

Hébergé par Overblog