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Le blog de Michel Giliberti

Comme d'hab, quand l'inspiration déserte mes neurones, je fais appel à mes périodes plus fertiles... Voici donc un extrait de "Derrière les portes bleues", un de mes premiers romans où Jérémy, chanteur désanchanté et destroy, se retrouve au matin de sa première nuit d'amour avec Tarek, un  de ses fans, dans un petit hôtel de Tunisie, à Guengla, au bord de la mer... une nuit d'amour si imprévisible... une nuit d'amour à l'encontre de ses habitudes sexuelles et qui va bouleverser le cours de sa vie.
Tableau ayant servi la pochette du livre.
.../... Depuis plus d’une heure, Jérémie admire la barque frêle d’un pêcheur. Elle est plantée là, au milieu de la mer, irréelle.
Un regard à gauche, elle n’existe plus.
Un regard à droite… Pareil.
Mais elle est là, immobile ! Avec le clapotis de l’eau à contre-pied de l’immense terrasse blanchie à la chaux.
Derrière, la chambre, porte bleue entrouverte. Et sur le lit, allongé en chien de fusil, Tarek ! Son sommeil émouvant.
Lui, Jérémie, est devant, comme le capitaine d’un navire, face à l’horizon et à la mer si calme.
Un léger vent caresse sa peau encore vibrante de l’autre.
Il n’a pas pu s’endormir après…
Trop peur du réveil… Tout est si nouveau, si insolite. Il n’explique rien de son désir. Il ne le nomme pas.
Comment a-t-il pu dépasser la simple attirance qui, en soi, n’est pas exceptionnelle ? Qui a pu instiller au fil des jours un tel changement ?
Il a vécu la nuit la plus insensée, la plus subtile, la plus vraie à épouser le mot, le geste ! Et pourtant un vent de folie a balayé la plus élémentaire de ses convictions. Au-dessus du visage de Tarek, c’est la paix qu’il a rencontrée, et il s’en étonne. Les sourcils de Tarek, ses lèvres, son nez, chaque contour lui a paru si évident, comme à la fin d’un voyage, quand l’avion rencontre la terre et que, dans l’ancienne trace, le pied retrouve ses repères.
Il n’oubliera plus…
Aucun murmure, aucun gémissement ne l’a à ce point envoûté comme ceux de Tarek quand il s’est abandonné, ivre de vie, fragile et fort, offert à ses pulsions. Ses soupirs et ses râles ont été à l’image de ses phrases contractées, de ses mots en verlan, si beaux, si déroutants.
Actuel d’amour !
Non, il n’a su s’endormir après.
Tarek, lui, a sombré dans un sommeil sans nom… Repu, désarticulé.
Victorieux.
Et avant cette nuit, il y avait eu dans l’après-midi la plage des grottes près de Bizerte… Le varech têtu, enroulé autour des jambes, le sable curieux… La première fois.
Il y avait eu l’accord, sans précédent… Les mots dans l’oreille… Murmures d’hommes ! Et puis l’arrivée à l’hôtel de Guengla… Les regards complices du gardien, sa compréhension et, surtout, l’incroyable spectacle d’un hôtel vide, blanc, aux façades croulant sous les mauves bougainvilliers et dont les chambres, à l’ombre des eucalyptus géants, donnaient sur la mer turquoise. La mer qui s’épanche… La mer à l’infini.
Et cette barque !
Et il n’est que 7 heures.
De minuscules fourmis courent le long de la balustrade. Jérémie se met à les aimer… Il aimerait les vers de terre, ce matin. Il s’accroupit et en fait grimper une sur son index. Sur le mur opposé, une plus grosse, à tête massive et rouge attire son œil. Il lâche la petite et tente de se saisir de l’autre.
Impossible !
Dès qu’il approche son doigt, elle fuit et, si elle s’arrête devant l’obstacle, c’est pour se mettre en posture d’attaque, pinces entrouvertes et menaçantes. Jérémie n’est pas rassuré et ne sait comment s’y prendre.
– Si tu rongeais pas tes ongles, t’aurais pu déjà la pécho.
Jérémie sursaute et se retourne vivement.
Tarek, accroupi sur le seuil de la porte, les coudes sur les genoux et la tête entre les mains est en train de l’observer.
– Tarek !… Tu dors pas ?
– Non, je mate ton safari…
Jérémie s’accroupit à ses côtés et passe un bras autour de ses épaules.
– Y a un truc pour attraper une grosse fourmi, continue Tarek, la voix éraillée et les traits chiffonnés par le manque de sommeil. Faut mettre ton ongle tout près de ses mâchoires, elle le pince, toi tu sens rien, et elle le lâche plus. C’est têtu comme un rebeu ! Après, t’as plus qu’à lui arracher la tête, quand tu veux t’en débarrasser.
– Quelle horreur !
– Tu peux pas faire autrement, elle lâche pas, j’te dis ! C’est très con !
– Comment tu sais ça, toi ?
– C’est Karim, mon cousin, qui m’a appris quand j’suis venu… Mais lui, c’est super-Beygon. Les fourmis, les mouches, les cafards… tout c’qui fait chier, il t’les attrape ! Il fait des perquiz dans les buffets, sous les lits… Il laisse rien ! Il guette même les murs Lacoste !
– Les murs Lacoste ?
– Ouais… Le soir, quand les tarentes restent scotchées sur les murs, on dirait des p’tits crocodiles… Ça signe les façades !
Jérémie sourit, comblé. Oubliées les fourmis. Il contemple son ex-fan… Cadeau encombrant et indispensable.
– Tu veux qu’on prenne le p’tit déj’ sur la terrasse ?
– T’es ouf, t’as pas vu l’heure ? Tout l’monde comate.
– Mais l’hôtel est vide.
– J’te parle de ceux qui font le service… Je suis sûr qu’ils ont engagé une meskine qui arrive vers 8 heures. On est carrément seuls... grave! C’est Brian de Palma, cet hôtel !
– Qu’est-ce qu’on fait, alors ?
Tarek se masse le visage, sourit et baisse la voix jusqu’au chuchotement.
– Tu m’as fait l’amour khamsa. (Il tend sa main, doigts écartés en éventail.)
– Qu’est-ce que ça veut dire ?
Tarek a une expression totalement enfantine.
– Khamsa, ça veut dire cinq en arabe… On a baisé cinq fois cette nuit.
– Et alors ?
– Viens, on va attendre un peu pour le p’tit déj’… J’peux pas rester dans cet état… Regarde. (Il montre du menton son caleçon et place la main de Jérémie sur son sexe.) Setta, ça veut dire six… Et six, c’est un chiffre rond ! Rentrons dans la chambre.
La porte se referme, et l’étrange hôtel sans voyageurs, les cours bordées du velours pourpre des pensées, les jardins où serpente le tuyau d’arrosage jaune, retrouve l’absolue tranquillité que convoitent les petites tourterelles grises de Tunisie.../...






commentaires

Nath 25/08/2007 12:37

Il est toujours agréable de te lire Michel...Cela me fait du bien.

Michel 25/08/2007 13:09

Merci Nath, ça me fait très plaisir. @ bientôt,Michel

Henri-Pierre 23/08/2007 17:05

Ce que j'aime me promener chez vous ! Cependant votre univers est tellement cohérent et complet qu'il m'est difficile de commenter sans avoir l'impression de polluer.Sachez cependant que je plonge chez vous, replonge et y suffoque pour revenir à la surface les yeux brillants d'étoiles.J'ai essayé de répondre à votre question sur la dame de Genève sur mon blog.Merci de tous ces bonheurs si généreusement dispensés.P.S. Je me suis permis de vous insérer dans mes liens sous l'étiquette "un univers privilégié" ; si cela vous chagrine ou vous déplaît ne manquez pas de me le faire savoir.

Michel 23/08/2007 17:41

Comment pouvez-vous penser polluer mon petit univers, alors que vous avancez avec des mots plein de grâce ?Merci pour vos compliments et merci pour votre réponse sur la dame de Genève. @ bientôt Henri-Pierre,Michel

Maryse 22/08/2007 10:06

J'aime bien relire des extraits sur ton blog. ça me replonge dans l'ambiance du livre et je retrouve l'émotion. Et puis je m'aperçois que j'avais oublié des choses  : par ex faire l'amour six fois parce que c'est un chiffre rond ! à 50 balais ce genre de rondeur, c'est plus difficile  ! bonne journée

Michel 22/08/2007 10:59

Je te reconnais bien là... moi je suis même pour le chiffre impair 7, une fois de plus ne peut pas faire de mal, non?... :o)Faudra un jour que je mette les photos de cet hôtel qui existe vraiment et dans lequel J'ai passé une semaine totalement seul... face à la mer. C'est pour cela que je l'ai décrit dans le roman, c'était un lieu tout à fait indiqué pour ma fiction... @ bientôt,Michel

yume 21/08/2007 22:41

Michel continuez à placer des extraits, c'est toujours plaisant à découvrir.Je suis sûr que le désert, avec la pluie qu'on a ici, va vite retrouver sa floraison naturelle ;

Michel 22/08/2007 11:00

Promis Yume... j'essaierai. @ bientôt,Michel

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