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Le blog de Michel Giliberti

Porte-bleue-et-N-1

Samir voulait fuir les bleus de son enfance et rejoindre les gris d’un ailleurs improbable.
Les chambres de douces siestes et les lits chamarrés ne lui disaient plus rien.
Les fonds de cour embaumés de l’odeur du jasmin l’indifféraient.

porte-bleur-et-N-7

Même les parties de football sur le sable blanc des plages ne parvenaient plus à le distraire et les promenades en soirée sur la corniche grouillante de monde de La Marsa, les citronnades, les glaces de Salem, tout cela n’avait plus grâce à ses yeux.

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Le matin, perché sur les hauteurs de Sidi Bou Saïd, devant le bleu intense de la baie et tandis qu'on mangeait notre beignet quotidien, je tentais comme je le pouvais de tempérer ses ardeurs, mais en vain.
Le soir, au café des nattes, devant un thé à la menthe remplie de pignons de pin, il voulait encore m'entendre parler de Paris… Paris qui raisonnait dans sa tête.
Il n’était jamais assez repu de mes descriptions que je noircissais pourtant, afin de lui rappeler que vivre dans son pays restait un bonheur irremplaçable.
Je lui disais qu’en France, il devrait s’attendre à vivre seul longtemps ; c’est ce que l’on y apprenait le mieux.
Je lui disais que les regards qu’il rencontrerait ne seraient pas forcément amicaux, pas forcément de connivence.
Je lui disais que les clartés qu’il espérait ne seraient pas plus au rendez-vous et que la beauté de la vie qu’il sublimait serait souvent une beauté vénéneuse.
Mais non, Paris restait l’écrin de tous ses fantasmes et comme il n’avait plus de parents et qu’il vivait chez sa sœur dont il n’appréciait pas le mari, partir devenait évident.

porte-bleue-et-N-9Un été, je suis revenu devant la maison éclaboussée du beau bougainvillier rouge.
Il n’était plus là.
La porte bleue était fermée.
Certains de ses amis, plus tard, m'apprirent que sa soeur avait déménagé et que, finalement, il était parti en Italie, mais personne n’en était certain. Personne ne l’avait revu. Sa sœur que je rencontrai quelques jours après, me laissa entendre qu’aux dernières nouvelles il était peut-être éboueur à Milan…
Lui, qui sur le petit marché couvert de la Goulette, plein de cris et de parfums, ce petit marché à deux pas de la mer, vendait ses fruits et légumes avec un beau courage et des sourires permanents ...
Lui, qui criait de sa belle voix les prix à la volée et faisait des clins d'œil à ceux où à celles qui lui plaisaient...

porte-bleur-et-N-4Lui, qui était un petit roi derrière ses monticules de fruits multicolores mais pas assez à ses yeux abreuvés des images de l’Europe… du rêve européen.
Lui, Samir était sans doute devenu éboueur ou gardien dans une grande surface de banlieue.

Alors, un peu triste et le vague à l’âme, je suis allé tout seul au café des nattes où je rencontrai Tarek, un jeune jardinier de mes connaissances et tandis que je me perdais dans son regard aussi sombre que celui de Samir, il me dit qu’il voulait partir…
porte-bleue-et-N-66Oui,Tarek, comme Samir, comme Mohamed, comme Adnen, voulait fuir les bleus de son enfance et rejoindre le gris d’un ailleurs improbable…

 

Cet article date de 2007. Entre temps, la révolution tunisienne a eu lieu. j'ose espérer que la jeunesse tunisienne, désormais, sera heureuse chez elle.

 

commentaires

Jack 24/06/2011 22:07



Bonjour Michel,


J'aime beaucoup tes écrits sur ce jeune homme etde son environnement. C'est le paradis ce pays, mais pourquoi veulent-ils venir ds nos grands pays, si peu démonstratif et chaleureux ?


J'ai questionné plusieurs mes élèves sur ce sujet, et tous et toutes me répondaient, '' c'est pour l'éducation 'que j'ai envie de choisir et de continuer pour mon avenir'', et plus encore une
certaine sécurité, associée souvent à la politique...


Dans mon for intérieur cher Michel, j'étais triste de les entendre, car ds mon grand pays il manque le sentiment d'être un humain, et +.


Comment puis-je concilier les deux ? vraiment ds mon passé pas si lointain, j'ai véçu ds un pays ressemblant à la Tunisie, et souvent les amitiées que je découvrais étaient souvent liées à mon
passeport....


Merci cher Michel de cette prise de conscience.


A+ mon ami.


jack/québec



Michel Giliberti 26/06/2011 08:08



À 18 ans, si nous nous vivions dans des pays totalitaires qui brisent nos rêves et empêchent toute évolution, nous aurions fait exactement la même chose. Lelieu , si beau soit-il, si chaleureux
soit-il ne suffit pas aux peuples qui ont soif de liberté, de fonder une famille avec à la clef un travail qui permette l'Ascenssion sociale. Tout cela fait que la jeunesse qui vit dans te tels
pays préfère se défaire de ses traditions... Quant au "passeport", bien sûr... mais que veux-tu la vie est parfois si difficile pour ceux-là. C'est pour cela que je suis heureux de ces
révolutions dans les pays arabes. j'espère que chacun d'entre eux parviendra à vivre enfin en toute démocratie.
 @ bientôt Jack
Michel



laura 23/06/2011 15:12



Ce texte que je n'avais jamais lu, me semble-t-il, est plein de tendresse, d'amour pour le monde...
Pourtant, en cet instant, si j'apprécie tant votre rythme et vos mots si touchants, je ne partage pas le fond du problème: je pense qu'il faut partir, d'où que ce soit, pour mieux connaître ce
que l'on a laissé et pour se frotter à la réalité de la vie, pour se confronter à des vérités différentes, pour pouvoir être nostalgique, pour regretter une décision plutôt que de n'en avoir pas
prise...
Je peux vous dire que j'ai croisé des infinités de sourire la semaine dernière. Je vais vous trouver une photo!
Bisous mon cher ami. 



Michel Giliberti 23/06/2011 15:25



Chère Laura, ce texte, comme je l'ai écrit en bas de la page, date de quelques années déjà, quand, à peine s'adressait-on à un Tunisien, il n'avait que ces mots à la bouche "partir en France". On
les comprenait aisément. Un pays sous dictature n'a rien d'enviable.  J'ai donc remis cet article sans oublier, à la fin, de formuler l'espoir qu'ils sauront désormais rêver dans leur pays,
ce qui n'empêchera pas les voyages, les rêves, les expériences, bien évidemment ; il y a une sacrée différence à partir parce qu'on a faim, qu'on n’a pas de boulot, qu'on craint les représailles
de la police à tout instant et partir pour découvrir...avec le choix de revenir. ET vous le confirmer vous-même en me disant avoir croisé beaucoup de sourires...
 Je vous embrasse
Michel



JC 23/06/2011 12:33



Très beau texte. Je t'aime. 



Michel Giliberti 23/06/2011 12:42



Mais euh... moi aussi



Nathalie 23/06/2011 10:28



Je l'espère tout autant Michel. D'autant que ceux qui sont arrivés depuis ont bien vu que le paradis reste toujours chez soi...


Partir c'est garder des attaches plus fortes encore avec ce que l'on a perdu le plus souvent.


Je t'embrasse fort :)



Michel Giliberti 23/06/2011 12:43



je pense que cela se dessinera de plus en plus dans l'esprit de cette jeunesse, Nathalie. J'en suis convaincu.
 @ + et bisous
Michel



caria anne-marie 22/06/2011 12:18



Merci, petit frère artiste et Tunisien de coeur comme moi,


 


d'exprimer si justement ce que je ressens aussi


 


boussa



Michel Giliberti 22/06/2011 21:14



Merci à toi, Anne-Marie... plein de bises aussi :o)
 @ bientôt
Michel



Tom-Patrick 21/06/2011 17:03



Merci à vous !...Et de "passage", j'y serais souvent, désormais, je gage !



Michel Giliberti 21/06/2011 17:09



Quel plaisir... la porte est grande ouverte. :o)



Tom-Patrick 21/06/2011 14:44



Bonjour;


Je découvre ce blog par "hazard", je lis, je regarde tout m'y plait (sauf, peut-être, un petit effet "miroir", parfois vaguement dérangeant ).


Je suis un lecteur attentif et observateur, c'est pourquoi je note cette petite contradiction: Comment la cuisine de sa mère pourrait-elle le retenir au "pays", puisque ses parents sont...Morts,
et qu'Il vit chez sa soeur ?


...Les commentateurs "souhaitant", comme s'il s'agissait d'une vie de Cocagne, être à sa place, à vendre des fruits au soleil, ne sont-ils pas "victimes" du même phantasme, du même malentendu:
l'herbe est plus verte ailleurs...Ouai, parfois, un certain temps...



Michel Giliberti 21/06/2011 16:05



Merci Tom-Patrick pour vos commentaires délicieux. Moi qui aime les mots, je suis servi. Vous m'avez fait rire pour la petite anomalie que vous avez découverte. En effet, il s’agissait de la
cuisine de sa soeur et non de celle de sa mère (je pense que je devais penser à celle de la mienne en écrivant cela). J'écris toujours vite et en général à 5 h du matin... je
rectifierai.
Encore merci pour votre passage par ici...
 @ bientôt
Michel



Angèle 18/06/2010 05:30



Comme je voudrais que tous mes amis de Tozeur et de Douz lisent votre article. Ils y trouveraient un écho de ce que je ne cesse de tenter de leur expliquer...



Michel Giliberti 18/06/2010 08:00



Je passe mon temps à leur parler de ça, mais les rêves sont tenaces, bien que depuis quelques années, le rêve se déplace vers le Canada. Après le gris, le blanc.
@ bientôt Angèle.


Michel



Jérémie 24/06/2007 07:43

ça donne envie d'y aller...

Michel 24/06/2007 08:43

Tant mieux... Michel

fred 24/06/2007 01:56

hello,
je lis actuelement un bon vieux bouquin... dans la peau d'un noir,
sur Paris depuis  peu, revenue du reve de l'ailleurs improbable en Thailande, mais prete a y retourner les yeux ouverts....(-"
si tu es interréssé par un lien sur mon site web, ça m interresse, (-"
et ca me fairait plaisir
amicalement,
Fred,
"Ce qui est moins que juste, est moins qu'un homme" Platon

Michel 24/06/2007 07:41

Moi je suis depuis longtemps dans la peau d'un tunisien, aussi étrange que cela puisse parraître. Le lieu de sa naissance influe bien évidemment.Merci pour ta visite, et j'accepte avec plaisir un lien sur ton blog où les photos de tes voyages font du bien...MIchel

mocktar junior 21/06/2007 12:47

comme l a dit quelqu un " l exile est un etat d esprit ",tu dis bleu mais je pense plus souvent noir , nos ailes sont mazoutées on essaye de fuire des verités qui nous englues aux plages , condamné à regardé partir les bateaux.mais je m en fou cest en essayant que je me suis fait mal , c est parceque jai volé que mes ailes sont mazoutées .petit à petit les seul elctrons libres sont ceux de la télé ( moi c est elle qui me regarde,,,,,,,,,,,,,bisous les campagnards des cochons disparus

Michel 21/06/2007 12:58

Mon bon franck, mon très cher Franck, mon Mocktar nouveau, il vaut mieux et je te l'ai dit tant de fois à l'époque glorieuse où tu posais pour moi, qu'il vaut mieux des échecs que des regrets... Donc tes ailes mazoutées ne gardent que les traces de tes expériences et en as eues... déjà celles de m'avoir rencontré... il était compliqué, bien que rigolo ton papa adoptif qui t'emmenait partout où il pouvait, de salons en salons... de Bretagne en île de France,  belle époque. je t'embrasse ma biche.Michel

josie 20/06/2007 09:42

Demain si j'avais la possiblité, je partirai bien dans cet univers bleu habiter cette maison au bougainvillier rouge et vendre tous ces beaux fruits du soleil ! J'espère que ces garçons auront trouvé ce qu'ils cherchaient.........ou espéraient trouver
Bonne journée Michel.

Michel 20/06/2007 09:59

L'idée qu'ils se font de l'Europe est telle que bien souvent une vie inférieure (émotionellement parlant) à leur pays leur suffit. Ils ont accompli ce qu'ils avaient souhaité de faire, le reste est une histoire entre eux et eux...@ bientôt,Michel

Ikkar 18/06/2007 22:23

"J'ai par iciDes envies d'ailleursJ'ai par ailleursDes besoins d'ici"
Non?Ô, les rêves des hommes!
Ikkar, with love

Michel 18/06/2007 22:34

Oui, je ne peux qu'être d'accord avec ce truc que j'ai pondu voilà 10 ans et qui reste helas d'actualité... "Ailleurs", "ici"... Pourquoi pas "là-bas", touts comptes faits? Merci Ikkar, à bientôtMichel

Maryse 18/06/2007 22:09

c'est foula couleur de la mer !  et tous ces fruits, c'est magnifique !ce que je me demande en lisant ton article, c'est si tous ces jeunes qui ne rêvent que de l'Europe, n'ont pas de la famille vivant et travaillant en France et qui pourrait les aider à leur faire comprendre qu'ils ont peu de chance de trouver du boulot, qu'ils vont ramer...bref les aider à avoir une autre vision que celle de cette improbable Eldorado (pour reprendre l'expression de Bellelulu) @ plus tard

Michel 18/06/2007 22:43

Souvent ceux qui ont de la famille en France n'ont pas de vrais problèmes, car ils ont une sorte de lien avec l'Europe, même s'il est bancale et  limité. Une sorte de bouffée d'oxigène. Il ya aussi ceux dont les familles vivant en France friment  en revenant et ceux-là ont de vraies envies, bref, tout ça est très compliqué... Et puis il y a ceux qui sont très heureux de travailler avec un salaire, qui même s'il est modeste est bien souvent plus équilibré que chez eux.Vaste problème... Personnellement, sii j'étais jeune en Tunisie, je ferais tout pour réussir dans mon bled, car c'est quand même génial de vivre dans un pays où tout correspond à ton éducation. ça n'empêche pas les voyages. @ bientôt,MichelPS Je trouve que je suis mal placé pour donner des leçons, nmoi qui ne sais même plus d'où je viens tant je suis déchiré entre la France et la Tunisie.

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Mon travail d'artiste peintre, auteur et photographe...

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