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Le blog de Michel Giliberti


Je suis passé chez mon boucher et bien sûr, comme ça se fait dans les petits bourgs, je me suis tapé un brin de conversation avec lui et sa « bouchère-caissière » de femme.
Tous les deux sont assez marrants d’ordinaire, mais ce matin, ils avaient une mine sombre que j’attribuai bêtement à l’abus de foie gras et à la bonne bouffe des fêtes de fin d’année où l’on prend goût aux extras…
Le chignon de ma bouchère avait une vague allure de tour de Pise et la rondeur de son visage n’exprimait que l’excès de bonne chère ; nul tressautement de joyeuse humeur dans ses bajoues. Non… elles retombaient sur son col immaculé traversé d’un ravissant collier africain qui pour le coup avait l’air d’un sans-papier échoué sur la pourtant généreuse et accueillante poitrine.
Je m’enquis donc de leur morosité, tandis que mon boucher attrapait d’une main mollassonne l’entrecôte qu’il venait de trancher pour la peser.
La caissière me regarda tristement.
– Mon mari a la maladie du fer...
Je relevai un sourcil en signe de non-compréhension…
Je récoltai un soupir bruyant de la part du boucher qui enveloppa mon entrecôte avec lassitude dans un papier rose et satiné comme ses joues. Le cœur n’y était vraiment pas.
Alors, prudemment, je questionnai la bouchère.
– Et c’est quoi, cette maladie ?
– Y garde le fer !
(Et moi qui pensais qu’il ne gardait bêtement que l’argent !)
– C’est à dire ? demandai-je encore.
– Ben y garde le fer, vous comprenez… Et ça, ben, c’est pas bon du tout. Ça lui fait des problèmes de partout ! y s’sent toujours patraque !
– Ah Bon ?
– Voui voui voui ! Et puis c’est pas tout, ça lui fait des écailles de poisson dans l’dos.
J’avalai ma salive à la découverte de cette surprenante mutation pour un boucher.
– Mais comment vous vous en êtes aperçu ?
– Ça a commencé avec ses seins qui sont dev’nus tout gris !… M’en parlez pas ! Et j’vous dis pas pour le reste… ça diminue ! (là, la bouchère fit tourner mystérieusement ses prunelles par trois fois, d’un air entendu)… et puis ses doigts s’enflamment… Quand j’y pense, ça m’gratte partout !
Sincèrement désolé, mais aussi extrêmement attiré par ce discours audacieux, je tentai d’en savoir plus.
– Et que faut-il faire dans ce cas ?
– Ben, faut l’saigner une fois par semaine ! Un bon bol !
J’eus un frisson dans le dos.
Triste destinée d’un boucher…
Plus tard, chez moi j’ai cherché sur le net qu’elle était cette mystérieuse maladie. Je ne vais pas tenter de vous l’expliquer, mais ma bouchère avait tout juste, sauf qu’il fallait un peu traduire…
Effectivement, son mari gardait bien le fer. Il était atteint d’hémochromatose et de ce fait se fatiguait très vite ; ses mamelons devenaient gris et il souffrait d’hypogonadie, sa peau se desquamait et formait des petites écailles au niveau des épaules, sans parler des inflammations articulaires ; pour finir, il fallait une fois par semaine lui retirer 500cc de sang pour atténuer l’excès de fer…
Un boucher qu’on saigne, qui a des écailles de poissons, les doigts qui s’enflamment et les seins qui deviennent gris… c’est la revanche des bovins !

Quelle misère !

commentaires

Céline 06/10/2011 13:40



Ya rien à dire, tout simplement génial. Surtout la conclusion.


Décidément, j'adore votre blog.


Amicalement, Céline



emma 04/01/2008 08:32

Je pense qu'on peut rire de tout et je suis la première à le faire, mais je profite de ton billet pour faire un peu de prévention.L'hémochromatose est une maladie mortelle, c'est la première maladie génétique de France.  Si elle est dépistée à tant, des saignés permettent d'avoir la même espérance de vie que les personnes non atteintes. Elles est très mal connue et très mal dépistée. Aujourd'hui on en meurt encore. Allez faire un petit tour par ici: http://www.hemochromatose.fr/  Alors si vous faites une prise de sang pensez a demander votre taux de Ferritine, ça coûte pas plus cher et ça peux vous sauver la vieUne hémochromatosique

Michel 04/01/2008 08:55

Je n'ai jamais ri de cette maladie, ni des gens qui en souffraient, mais de la façon maldroite dont ma bouchère en a parlé. Je ne suis ni inconscient, ni écervelé, juste témoin de ce moment de fragilité dans les dialogues quand les gens parlent de choses qu'ils ne maitrisent pas.Michel

Olivier Rouxel 27/12/2007 21:36

je ris d'avance en imaginant une bien grosse maladie pour celui qui a écrit ce texte désopilant.

Michel 30/12/2007 08:48

Je n'ai jamis été méchant en écrivant ce texte... vous, oui! mais vous avez raison, c'est la vie qui est cruelle...Michel

nathgrim 05/08/2007 23:23

Vous avez une façon de raconter c'est à mourrir de rire.
En plus c'est pas très ragoutant comme maladie c'est vrai. Tout les matins c'est les draps du lit qu'il faut changer, il y en a partout. Les vêtements idem.... je parle des "écailles " biensur.
 trop drole!!! mais pauvre boucher hahaha.

Michel 05/08/2007 23:54

Oui, j'ai honte d'avoir lamentablement profité d'un tel sujet, mais que voulez-vous... C'est trop tentant. :o) @ + Michel

neurhone 04/01/2007 20:53

Je ne voudrais pas être "méchante" mais  j'arrête plus de rire ... Merci pour ce moment de bonne humeur ! j'aime énormément venir ici, non seulement j'admire votre talent, mais j'apprends plein de choses et j'adore votre humour.
A bientôtNicole

Michel Giliberti 04/01/2007 22:12

J'espère que vous comprenez que je ne suis pas plus méchant que vous, mais parfois il faut bien se détendre et j'avoue que je suis très accroc à ce genre de petits evenements de la vie. C'est par pudeur que je n'en raconte pas davantage ; pour ne pas avoir l'air de me moquer de mes semblables... mais c'est pas l'envie qui me manque, d'autant qu'on est toujours le "moquable" d'un autre.@ bientôt,Michel.

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Mon travail d'artiste peintre, auteur et photographe...

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