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Le blog de Michel Giliberti


Petits potins © Giliberti / 2006

Il y a quelques jours, je suis allé acheter des chocolats chez un pâtissier de ma région.
À la patronne, dont le chignon austère affichait tout le respect supposé qui lui était dû, j'en ai demandé deux cent cinquante grammes.
Comme il se doit, elle prit un air très important et commença la pesée.
Au bout de quelques instants, elle me dit : « Il y en a deux cent quatre-vingt-cinq grammes? j'arrondis à trois cents, peut-être ? »
Le « peut-être » avait beau être là, il n'en restait pas moins qu'elle attendait un « oui ».
Sa tête hautaine me donna très vite envie de refuser, mais connaissant la bravoure de cette « chère » pâtissière catholique et accablée par les « frais  d'entretien » de ses trois immeubles locatifs, j'acquiesçais, juste pour ne pas paraître radin.


Petits potins (détail) © Giliberti / 2006

Et voilà le chignon ostentatoire qui repartit de plus belle dans sa pesée.
Mais à nouveau, la balance facétieuse indiqua un surplus. D'une main molle et sans charme, mais croulant sous l'or et les pierreries de trois bagues vulgaires qui congestionnaient ses doigts, elle ajusta son chemisier et d'un air faussement gêné elle me dit, espiègle : «  325 grammes ! J'arrondis à 350, peut-être ? »
À ce moment, j'ai senti que cette affaire allait prendre un de ces chemins pervers que j'adore.
J'offris donc à la pâtissière mon plus beau sourire (celui qui me rend niais comme sur la photo de ma communion) et je lui répondis : « Bien sûr, je vous en prie ».
Persuadée qu'elle tenait là le parfait pigeon, elle repartit dans sa pesée royale et comme je le pressentais, elle m'annonça avec un air tout à fait enjoué cette fois-ci, qu'il y avait désormais 380 grammes et que peut-être elle pourrait aller jusqu'à 400 grammes. « Ils sont si bons ! » Conclut-elle dans un sourire pontifical.


Petits potins (détail) © Giliberti / 2006

Le mien de sourire se fit un peu plus niais encore et j'acquiesçai d'un timide signe du menton en ajoutant toutefois que je ne voulais pas aller plus loin.
Elle eut un petit rictus affecté, fit trembler ses bajoues tendues de cholestérol, mais elle comprenait. Mieux ! Elle compatissait.
Et voilà, j'avais 400 grammes au lieu des 250 prévus.
Je prends un malin plaisir à aller ainsi au fond des choses et constater jusqu'où s'étend parfois la médiocrité commerçante.
« Vous me ferez un très joli paquet-cadeau », ajoutai-je.
Un peu contrariée par ma demande, elle s'y plia quand même et partit dans la confection d'un emballage sophistiqué.
Bien appliquée et pointant le bout de sa langue comme le font les pékinois trop typés, elle coupa, plia, scotcha, enrubanna, boucla, colla l'étiquette du magasin et enfin me plaça l'objet de toutes les tentations devant mes yeux en m'annonçant, mielleuse : « voilà Monsieur, ça fera 45 euros... Et avec ceci ? »
Alors, avec un sourire aussi diabolique que le sien était pieux, je lui susurrai :  « Avec ceci... Vous offrirez ce paquet à qui vous voulez. Pour moi, il est un peu lourd à mon goût. »
Parfaitement satisfait, je suis sorti de la pâtisserie.
Dans mon dos, j'imaginais le chignon dépité de la peseuse de chocolats.


Petits potins (détail) © Giliberti / 2006


commentaires

Florence Berna Pazos 22/07/2010 14:49



oh j'adore......



Michel Giliberti 22/07/2010 15:28



Ah oui, c'était quelque chose, je l'avoue...



nabeth 02/11/2009 17:27


Je n'en attendais pas moins... et j'en ferais autant!!!Nabeth


Michel Giliberti 02/11/2009 22:53


J'en suis certain...
 @ bientôt
Michel


nathgrim 05/08/2007 16:23

Pour de bon vous l'avez fait?
Ah Génial !!! J'adore !!!

Michel 05/08/2007 16:32

En douteriez-vous??? @ bientôt,Michel

Maryse 25/02/2007 19:18

j'adore !!! on pense de suite à Rabelais !

Michel 25/02/2007 19:37

Ha bon ??? C'est marrant ça. J'ai fait une tonne de peinture humoristique traitées à l'ancienne et c'est vrai que ça a toujours plu.Michel

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