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Le blog de Michel Giliberti

    Hier, je faisais mes courses dans une grande surface quand au détour du rayon biscuits, j’aperçus une femme brutaliser son petit garçon, de deux ans environ, qui, du fond du chariot qu’elle poussait, s’était relevé pour tendre son bras vers des sachets de bonbons en gondole.
D’un geste hargneux, elle l’obligea à se rasseoir en appuyant sans ménagement sur sa petite tête, comme si elle tassait un simple paquet.
Mon sang ne fit qu’un tour. Je m’approchai aussitôt d’elle et lui dis sèchement qu’il fallait expliquer les choses à un enfant pour qu’il comprenne et que son geste agressif n’était en aucun cas justifié.
Elle me regarda alors avec une expression d’une rare niaiserie, d’autant qu’elle portait de maigres dreadlocks qui, loin de la faire ressembler à une superbe rasta, lui donnaient simplement l’air d’une vieille tête de delco reliée à aucune bougie…
De ses yeux bovins, elle me fixa un instant comme si j’étais le diable en personne puis, réactivée à la bêtise de comptoir, elle me lança, hargneuse : «C’est mon fils, j’en fais c’que j’veux ! ça vous regarde pas.»
Un instant, je l’observai, me demandant si ça valait le coup de continuer, mais je rencontrai le regard encore innocent de son enfant au milieu des victuailles du chariot, comme s’il n’était qu’un paquet de viande. Aussitôt je me lançai : «Au contraire, ça me regarde autant que vous… Cet enfant n’est pas le vôtre. Il appartient à la société ! Vous avez le simple devoir de bien l’élever pour qu’il évolue dans cette société, c’est tout. Si vous le maltraitez, il sera mal dans sa peau et donc, il nous emmerdera tous, pas seulement vous. Donc son éducation m’importe. Vous comprenez ?»
À ce moment de nos échanges, les yeux exorbités et déjà empêtrés de l’insignifiance, la « tête de delco » ne se demanda plus si j’étais le diable… Je l’étais ! Ses paupières se plissèrent pour aiguiser son regard abruti et tenter de m’impressionner.
Sa bouche écarlate d’un rouge à lèvres vulgaire bulla aux commissures.
«C’est mon fils… lâcha-t-elle avec ostentation, pas l’vôtre ! Vous en avez vous, des gosses? »
Voyant qu’il n’y avait rien à en tirer, j’enfonçai le clou davantage et je répondis: «Oui, j’en ai huit !»
Soufflée par cette réponse qui me surprit moi-même, elle tenta en vain de fermer sa bouche encore ouverte sur un « O. » de stupéfaction.
– Et vous les frappez jamais ?
– Non, pourquoi ?
– Pour les bêtises… déjà qu’avec un seul j’en peux plus ! Comment vous faites ?
– Je leur explique les choses, je prends la patience de les écouter, je les éduque.
Alors, elle s’approcha de moi. Je crus naïvement à une étincelle de sa part.
– Je vous emmerde, conclut-elle.
Je restai stupéfait, mais que pouvais-je ajouter ?
Je la regardai s’éloigner alors que d’un geste toujours autoritaire, elle donna une bonne tape sur la tête de son petit garçon qui me souriait de loin.
Et voilà… À cause de mes bonnes intentions, le p’tit s’était pris une baffe.

Quelle misère !

commentaires

Florence Berna Pazos 22/07/2010 14:24



La connerie humaine n'a aucune limite........J'imagine très bien la tête de delco en question et ses minables dreadlocks.


Je lis et j'ai carrément l'impression d'y être.......je "pleure" de rire forcément tant le tableau est bien dépeint, mais je "pleure" aussi de tristesse à la pensée de ce pauvre gamin dont le
parcours de vie risque fort de ressembler à celui des enfants Groseille.


Par contre j'admire votre "sagesse.....Dans les mêmes circonstances, je crois bien que je lui aurais fait avaler ses dreads.


Bises


Florence



Michel Giliberti 22/07/2010 15:31



Oui, c'est terrible, je ne cesse de voir ce genre d'événements dans les grandes surfaces. Quel gâchis pour les enfants, mais il y a des scènes parfois si cocasses. Je suis très curieux et tout
m'intéresse alors forcément les grandes surfaces sont des lieux .



nathgrim 05/08/2007 23:59

Ah ces parents... et ces mères abrutissantes, inconscientes de la portée de leur mots, de leurs gestes... tout un programme....

Michel 23/08/2007 08:39

He oui, c'est bien triste car notre enfance est si brève...Michel

Pascal FAURE 11/11/2006 12:44

Dans la file d'attente d'une piscine. Entre copines, une mère parlait de son dernier fils qui jouait par terre : « C’est l’enfant-pilule. J’prenais la pilule et paf ! ça n’a pas marché. Il paraît que des fois ça marche pas, c’est très rare et c’est sur moi que c’est tombé ! Tu parles, avec la chance que j’ai ! » L’enfant-pilule était en trop. Il l’a compris. Il devait avoir trois ans. J'ai souhaité sincèrement - c’est une sincérité gratuite car je ne connaissais pas cet enfant et je ne le verrai jamais plus -, j'ai souhaité donc qu’il ne devienne pas délinquant, qu’il n’ait pas à se venger sur la société de l’inconscience de ces paroles.

Michel Giliberti 11/11/2006 17:01

Cette pillule est difficile à avaler et je te comprends. Il est impossible d'être indifferent à tout ça et l'humour est bien évidemment la façon la plus pudique de faire passer son émotion, sans larmoiements.@ bientôt,Michel.

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