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Le blog de Michel Giliberti



Nous étions au bar, perchés sur les hauts tabourets d’une discothèque de Montmartre. La musique emplissait nos oreilles. Les halos fluorescents et laiteux de nos gins tonics flottaient dans la pénombre comme deux improbables ectoplasmes. Abrutis par les décibels ambiants, nous étions obligés de nous rapprocher l’un de l’autre pour nous entendre parler.
Nos joues se frôlaient, nous respirions chacun le souffle de l’autre, nous croisions nos sueurs et nos parfums.
J’étais tant penché vers toi que mes mains devaient prendre appui sur tes cuisses pour garder l’équilibre sur le tabouret et les tiennes s’agrippaient à mon jean.
L’alcool allumait nos yeux, nos sens, et rendait fragile notre posture de fortune.
Cette communion improvisée me troublait et comme toujours dans ces cas-là, je rêvais de rompre cette intimité. L’introversion n’est pas chose aisée et nécessite tous les subterfuges pour y mettre fin.
Cependant, incapable de trouver les mots qu’il aurait fallu prononcer dans ces moments-là, je t’écoutais patiemment me confier l’angoisse que tu éprouvais à devoir quitter ta région pour Paris et embrasser le métier de mannequin, d’autant qu’un récent chagrin d’amour abîmait encore ton assurance.
Je t’avais trouvé le studio d’un copain pour que ce séjour parisien ne te pose pas trop de problèmes et que tu puisses envisager en toute quiétude les séances de shooting programmées par des photographes professionnels. Tu étais encore fragile et habitué à nos seules séances de pose. Ça me torturait le cœur de te voir, ainsi lâché, dans Paris, simplement armé de tes vingt ans et de ta beauté.
À deux heures du matin, je te raccompagnai au studio, mais avant de repartir, tu voulus que je monte avec toi. Assis côte à côte sur le lit, nous prolongeâmes nos confidences encore longtemps. Moi qui t’avais vu sous toutes les coutures, et qui pour l’avoir tant photographiée, connaissais par cœur chaque centimètre de ta peau, je n’avais jamais ressenti l’immense attraction que j’éprouvais pour toi à ce moment-là, alors que seule ton âme était à nue.
Impossible de nous séparer.
Nos yeux restaient accrochés et c’est avec difficulté que je décidai enfin de m'en aller.
J’étais au supplice.
De retour dans la voiture mon blues était tel que des larmes me montèrent aux yeux. Les rues de Paris, désertes à cette heure-là, ajoutaient à mon vide intérieur. J’avais l’impression de rouler dans une ville qu’une terrible catastrophe aurait vidée de sa population.
Désormais tu appartiendrais à la création des autres.
Pygmalion restait seul.
Deux ans plus tard, alors que j’écrivais ce qui devait être mon deuxième roman, Derrière les portes bleues, je retranscris ces moments d’attraction dans la discothèque et je fis dire à l’un de mes personnages, les mots faussement insouciants que ce soir-là, je n’avais pas su trouver :
« Barre-toi p’tit chat… j’aime trop tes griffes. »
Quand je t’offris ce livre, je te conseillai de lire attentivement le paragraphe de la page 101. Plus tard, tu me dis dans un souffle et sans t’appesantir que tu l’avais lu avec attention.

commentaires

Chris-Tian Vidal 04/01/2009 22:11

Paixxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

bellelurette 29/12/2008 11:28

A l'époque, je me rappelle que l'autre vestiaire et moi-même, avions fait la guéguerre avec la portière, qui empochait les pourboires qui nous revenaient !!! C'est pour les vestiaires qu'elle disait... tu parles Charles ! Après, elle nous reversait soi-disant 10% sur les sommes qu'elle avait empochées... Ceci-dit, il y avait de très bons clients qui connaissaient son manège, et qui étaient obligés de nous donner mano-à-mano, sans qu'elle les voit. Pfffffff quel époque ! Nous travaillions de 9h du soir jusqu'à 4h du mat avec une demi-heure de pose. C'est sûr que pendant cette demi-heure-là, perso, j'allais me défouler sur la piste, en avalant rapidos un baby-coca... mais il y avait des clients sympa qui avaient pitié de nous et qui nous ramenaient à boire, ne serait-ce qu'un verre d'eau, ahum, ahum...

Michel Giliberti 29/12/2008 17:32



Tu vois, on aurait pu boire ensemble... Si je passe à Montpellier, je t'appelle... j'adorerais vivre à Montpellier d'ailleurs... Tunisie>Montpellier! Montpellier>Tunisie !
 @ +
Michel



bellelurette 29/12/2008 10:22

Peut-être es-tu venu dans cette boîte ? C'était le "Bus Palladium", rue Fontaine... dans le 9ème. Avant, cela s'est aussi appelé le "Diplodocus"....

Michel Giliberti 29/12/2008 10:42



Si j'ai mal aux articulations aujourd'hui, c'est peut-être d'avoir trop dansé à cette époque là, et notamment, bien sûr, au Bus Palladium... Je t’aurais donc confié mon blouson ? Ça alors...
Quelle boîte géniale ! Mais J'allais surtout au « 7 », une boîte gay très branchée... à la Mandigotte, et au Palace bien évidemment.
@ bientôt,

Michel



bellelurette 29/12/2008 07:16

Hi hi, comment ne pas se rappeler de la canicule 76. Et comme j'étais vestiaire dans une boîte de nuit,  je dormais le jour, assommée par la chaleur. Je me levais vers 17h.... et je me rappelle très bien le jour où il a plu : C'était dans la nuit du 13 au 14 juillet. Nous sommes tous sortis de la boîte de nuit pour chanter et danser sous la pluie !!!!

Michel Giliberti 29/12/2008 08:29



Quel dommage de ne s’être pas rencontré à cette époque, je suis persuadé que nous aurions vécu des choses rigolotes et quand je pense que j'étais en boîte tous les soirs...
 @ +

Michel



olivier 29/12/2008 00:38

Je comprends et respectes tout à fait votre point de vue michel.je vous souhaites bonne continuation et de bonnes fêtes de fin d'annéea+olivier

Michel Giliberti 29/12/2008 06:22


Merci pour votre compréhension Olivier et bonne année à vous aussi,

Michel


chipy 28/12/2008 21:05

reCHIPYCe jeune homme dont votre objectif a été troublé est beau, fascinant, androgyne, une regard à la fois doux et envoutant, il transpire le SEX

Michel Giliberti 29/12/2008 06:29


Emmanuel reste toujours un de mes modèles favoris, et ce, depuis dix ans. Mon dernier livre de photos Hémographies des désordres en témoigne.
 @ bientôt,

Michel


chipy 28/12/2008 20:59

Michel je viens seulement de rentrer aprés quelques jours passés auprés de mes proches, je me suis précipité sur mon blog et quel plaisir de découvir votre dernier article, qu'on aurait pensé parlant d'un merveilleux NOEL, mais il passait au delà de cet évenement si commercial somme toute pour me faire tournoyer dans l'AMOUR, amour-passion que j'ai eu la chance une seule fois dans ma vie et que je conçois pas autrement que passionnel.Depuis je n'ai connu que des aventures si fades et je suis en train de perdre l'espoir de le rencontrer un jour.La vie sans amour est comme un jour sans lendemain, et lorsqu'on l'a connu et qu'on ne l'attend plus c'est pareil à un deuil pour lesquelles nos larmes n'arrivent même plus à couler.Mon cher Michel, est-ce que mon âme en peine trouvera un jour le désir ; est-ce que les bi-polaires sont si différents de vous ? un jour au ciel demain sous terre, pas de répis pour mon petit coeur.

Michel Giliberti 29/12/2008 06:38



L'amour-passion est un petit miracle, vous savez... et pour le trouver, il faut surtout bien éviter de le chercher. C'est ainsi que depuis 35 ans j'ai trouvé le mien, mais bien sûr l'oeil avide
d'un artiste, dont la beauté aura été (hélas) le fil conducteur de son oeuvre, difficile de ne pas remarquer les autres.
J'espère que vous trouverez votre amour, mais ce n'est pas obligatoire, après tout.
 En tout cas merci pour votre si gentil commentaire,
 @ bientôt,

Michel



olivier 28/12/2008 03:39

BONJOUR
Votre blog est très intéressant et je pense qu'il faut lui offrir encore plus d'audience si vous le voulez bien je peux le référencer sur laminedor...laissez-moi un petit commentaire avec l'adresse de votre blog, de quoi il parle et dites-moi quelle image vous voulez, pour le représenter.Ah ! j'allais oublier, c'est gratuit !!!
Cordialement
Olivier
http://laminedor.blog.mongenie.com

Michel Giliberti 28/12/2008 07:43



Merci Olivier pour vos compliments, mais je dois vous avouer que je ne désire pas gagner en audience, ça n’a jamais été mon but. L’idée de compétition m’horripile. Je préfère et de loin avoir la
capacité de gérer un blog qui marche déjà pas mal et qui me permet de dialoguer avec tous ceux qui m’écrivent, ce que je ne pourrais certainement pas assurer s’ils étaient trop nombreux.
 @ bientôt et merci encore

Michel



Maryse 27/12/2008 21:43

C'est un recit troublant de sincérité. Tu as photographié sa peau et son regard de met à nu...l'irrésistible attraction des griffes et du rouge .

Michel Giliberti 28/12/2008 07:48



Le manque d'assurance et la cérébralité ne sont pas les atouts idéals pour les performances physiques, mais ils m'auront fait parcourir des chemins étranges et sombres émaillés de lumière
inouïes… je dirais même de « soleils ».
Merci Maryse,
 @ bientôt,

Michel



Jean-Christophe 27/12/2008 21:38

Bonsoir à vous,Je vous ai lu attentivement, je me suis dirigé vers ma bibliothèque pour me saisir de votre roman Derrière les portes bleues, page 101, et je suis tombé sur le dialogue entre Jérémie et Patrice. Ils parlent de Tarek et de sa carrière de chanteur... Sans doute interprétera-t-il Pâle et bleue ta peau blême, un des titres du répertoire de Jérémie Gil.Cependant, page 112, j'ai retrouvé les répliques suivantes :- Jérémie : "Allez, barre-toi p'tit chat..."(...)- Tarek : "P'tit chat, c'est gentil, ça... L'adulte fait des progrès... Enfin, bon, j'prends mon kit-kat et j'me sauve (...) "Un très joli roman, que j'ai lu plusieurs fois...A bientôt, Jean-Christophe.

Michel Giliberti 28/12/2008 08:07



Oui, page 112, « Allez, barre-toi p'tit chat », sert de lapsus à Jérémie qui ne s'avoue pas être gay à ce moment de l'histoire et lorsqu’il entend cette phrase dans la bouche de son
ex-producteur, il en entend également le sens, puisque ce dernier s’était servi de cette métaphore humoristique pour lui faire entendre sa propre homosexualité.
Aussi quand Jérémie balance à Tarek la même phrase : « Barre-toi, p’tit chat », tronquée de « J’aime trop tes griffes », il s’aperçoit qu’involontairement, elle vient de trahir son homosexualité
naissante… je ne sais pas si j’ai été clair, hélas ! ce serait plus facile à expliquer de vive voix.
En tout cas merci pour avoir eu la patience d’aller vérifier tout ça, et du coup, je me suis replongé moi-même dans ce roman que j’avais écrit avec fougue, musique et alcool en quelques jours…
J’avais tant à exorciser sur ce métier de chanteur que j’ai bien connu…
 @ bientôt Jean-Christophe,

Michel



bellelurette 27/12/2008 21:09

Donc je me suis trompée, et pourtant, c'est le même feeling.

Michel Giliberti 28/12/2008 08:15



La Contrescape reste de toute façon la plus belle période de ma vie et le « feeling » justement harmonisait mes journées. J'habitais ce quartier quand il y eut la fameuse canicule de 76 et comme
je commençais l'enregistrement de mon premier album 33 tours, ça me permettait d'être au frais toute la journée dans les studios climatisés... le soir quand je sortais, j’avais la brusque
impression de débarquer dans un pays tropical. C’était génial. J’adorai cette différence.
 Ah... le temps !

 Michel



bellelurette 27/12/2008 20:30

Ça sent la rue Contrescarpe à plein nez. Me trompe-je ??

Michel Giliberti 27/12/2008 20:39



Oh non Bellurette... cette brève escapade a tout juste 10 ans, j'étais déjà en Normandie. Pour la petite histoire, j'ai quitté la Contrescape en 1977. C'est à cette époque que tu y étais, je
crois,non?
@ +

Michel



Giselle 27/12/2008 18:35

Sur des pas de chatte je fais l'intruse, je ne puis résister aux mots à vos photos et j'aime savoir que jamais je ne serrai votre muse. J'ai encore tant de vous à apprendre, vous êtes un jardin secret ouvert sur la lumière du rêve. Merci de vous offrir tout simplement et je vais me mettre en route et de découvrir se qui se cache de vous derrière les portes bleues. A tut à l'heure en 2009.

Michel Giliberti 27/12/2008 20:35


Que tout cela est poétique Giselle, que tout cela me touche.
C'est moi qui vous remercie de passer par là...
 @ bientôt,

Michel



François 27/12/2008 15:59

Derrière les portes bleues...Je crois que c'est un des seuls romans de vous que je n'ai pas lu. Je vais me mettre en chasse...C'est vrai que des ongles rongés peuvent bien se transformer en griffes... sinon comment expliquer les cicatrices qui sont la mémoire de telles rencontres...Hier, j'ai offert pour Noël à Hien "Hémographie des désordres". Il était impressionné par vos photos...Il était impressionné aussi par un de vos dessins : une étude pour le jeune homme aux pots... qui est dans ma salle de séjour.Chaîne d'amitiés, chaînes de regards croisés... qui se répondent de tableaux en tableaux...Plein d'amitié pour vous, MichelFrançois

Michel Giliberti 27/12/2008 17:03



C'est vous qui avez cette étude François ? Quel bonheur ! J'aime beaucoup ce dessin.
J'aime aussi cette idée des regards croisés, et de toutes les réponses qu'elles peuvent faire naître. Parfois, je suis heureux, vous voyez, et ça me vient toujours des autres.
Merci François.

 @ très bientôt,

Michel



Jj 27/12/2008 15:55

merci à toi de nous faire partager ces moments très personnels ... nous en avons tous, avouables ou inavouables, qui illuminent nos rêves, enfin, c'est mon cas...Bonne fin de journée,Jj

Michel Giliberti 27/12/2008 17:03


Tant mieux, tant mieux... et merci Jj,
 @ bientôt,

Michel


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Mon travail d'artiste peintre, auteur et photographe...

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