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Le blog de Michel Giliberti

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Il y a quelques années, alors que la gueule patibulaire de Le Pen s’agitait sur un écran de télé en affirmant de son discours xénophobe, qu’être français « ça se méritait », j’avais répondu par ce tableau. Oui, être d’Afrique, ça se méritait aussi.
Ce tableau fut exposé peu de temps après, lors d’une grande soirée dans un lieu branché de la région parisienne et beaucoup de jeunes Africains, hommes et femmes mélangés, vinrent me remercier d’avoir répondu avec les mêmes trois mots à la bête immonde qui déblatère encore et toujours avec le même discours, avec la même hargne.

Dès le premier tour des élections, foutons-lui, une fois pour toutes, un bon coup de pied au cul, et dans la foulée n’oublions
pas de dégager sa triste copie, Sarkozy, et Bayrou le prétendu fédérateur qui distille dans le pays le consensus mou qui finira par nous rendre aussi dociles que des moutons.

Pour vivre, il faut lutter. Le combat est utile, et seules les idées justes qui en naissent doivent rassembler.

Oui, dimanche prochain, offrons au monde le visage radieux d’une France Présidente…


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Quelle ne fut pas ma surprise en apprenant que sur You Tube, il y avait un diaporama des répétitions de ma pièce "Le centième nom". On y voit Salim Kechiouche et Samuel Ganes en compagnie du metteur en scène, Stéphane Aucante.
Bien sûr ce n'est pas très vivant ; la pièce était si physique, si violente parfois, mais ça m'a bien plu de revoir ces petits bouts de travail autour de cette pièce dont j'attends toujours un possible retour.

Dommage que pour habiller ces images de travail on y entend une musique grandiloquante, "une musique d'antiquaire", alors qu'au final, il y en avait une autre, orientale et magnifique, plus adaptée au lieux où ce drame se déroule, c'est à dire en Palestine ou en Israel...

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C’est l’abysse d’une étrange demeure
D'un endroit bien enfoui dans les signes
Il inscrit en mémoire les tabous
Et meurtrit l’insoumis qui en souffre.
C’est le souffle d’une étrange torture
D’un endroit où s’ordonne la vie
Il détruit une à une les ivresses
Et immerge votre pourpre dans le noir.

 © Giliberti / 2007


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C’est ainsi que les pluies se sont épuisées.
C’est ainsi que les terres se sont asséchées.
De mes fêtes musicales, j’ai su dire l’essentiel et taire l’inutile. Dans cet ensemble des choses et des gens mêlés, je me nourris désormais du seul temps qu’il me reste. Je me nourris de mon âge.
Les terres écarlates de mes pensées ont bleui, et avec du rouge et du bleu, un peintre fait du violet… une couleur qui installe la sérénité, juste après les deuils…
Moi qui vis sur les dunes de sable, de celles qui chantent, moi qui aime le désert, j’abandonne à ton rire les plaies de mes sourires et je vis comme on meurt d’une absence qui me pèse.
J’ai toujours dit que je ne peignais pas pour « tous », mais pour « chacun » ; aujourd’hui je sais que ces mots sont vains. Mes espoirs ont autant de poisons que l’hellébore mauve et pâle, vert ou blanc, qui capture mes yeux tout en penchant sa tête, bien à l’ombre des arbres.
Les jardins sont des hommes aux bras forts et rugueux qui déploient des mystères et engendrent les destins. Ils vous donnent à croire à l’éternité alors qu’ il faut tant de temps pour qu’un arbre impressionne.

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Je n’ose même pas vous raconter la dernière de ma caissière, ce matin, car vous allez penser que j’invente, mais comment résister, vous commencez à me connaître…
Ma caissière décidément très bavarde était en grande conversation avec une cliente, quand j’arrivai à la caisse…
– J’ai vu à l’émission de Ruquier qu’on opérait les sourds maintenant, et ça marche.
La cliente écoutait avec plaisir et attention.
– On leur met un truc dans la tête et hop, ils entendent, ajouta-elle.
La cliente, un peu sur sa faim parce qu’elle n’avait probablement pas vu l’émission en question, lui demanda davantage de détails...
–  Ben c’est comme je vous dis, on leur met un truc dans la tête sous les cheveux… c’est comme un porte-clef, mais en plus grand, vous voyez ? »
La cliente ne voyait rien, à l’évidence.
Alors, ma caissière continua.
– Ils leur mettent un truc en métal sous les ch’veux ou dans l’cerveau, j’sais plus trop, et puis une fausse oreille aussi. Lui, il en avait pas, vous comprenez ?  mais dès qu’il en a eu une avec le porte-clef, paf il a entendu ! Maintenant, ma mère en veut un elle aussi, elle est sourde comme un pot !
À ce stade de l’échange, la cliente émit un raclement de gorge significatif et acquiesça timidement gênée de ne pouvoir rétorquer quoi que ce soit.
Et c’est à ce moment que ma caissière conclut, goguenarde.
– Remarquez au prix du porte-clef, j’pourrais pas en offrir un à ma mère, vu qu’elle perd tout… Autant qu’elle conserve son appareil, vous savez le truc… là… ah… comment ça s’appelle déjà ?… le truc que Robert Hossein, il en parle tout l’temps à la télé… Audika, voilà ! çui-là, c’est plus sûr, au moins il reste au fond d’l’oreille ! Elle risque pas d’le perdre.»
La cliente a rencontré mon regard. J’ignore toujours comment on a fait pour ne pas éclater de rire, mais nous étions sur la même longueur d’ondes…



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De tes terres à mes feux
Que d’ombrage en toute heure,
De ton port à mon ancre
Que de noires distances.
Nos écumes stériles
N’ont jamais rafraîchi
Nos sourires en attente
Et nos gestes rouillés.
De mes lâches instincts
À tes rites barbares
C’est pourtant bien l’amour
Qui nous vide et nous comble.


 © Giliberti / 2007


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Je parle volontiers de mes modèles. Ils sont, comme j’aime à le dire, de vrais amis. Laurent, déjà évoqué est de ceux-là. Quand je l'ai rencontré, il avait à peine dix-huit ans. Il était si fin, si parfait, qu'il m'était difficile d'imaginer le peindre. J'avais peur de trahir cette alchimie des deux sexes, cette ambiguïté sensuelle qui le caractérisait.
Voici quelques unes de ses photos parmi les centaines d'autres que je possède.

J'aimais beaucoup son petit côté Françoise Hardy des années soixante, et comme je suis un inconditionnel de cette artiste depuis le début de sa carrière, que c'est la femme de ma vie, en quelque sorte, cette ressemblance n'était pas pour me déplaire.
 

Comme celui de Françoise Hardy, son visage possédait des meplats extraordinnaires, mais sa ressemblance avec elle était plus évidente quand il ne posait pas, car la lumière que j'installe dans mes photos dramatise toujours la réalité et violente les traits.

Comme elle aussi, il était réservé et parfois même introverti. Attentif à tout ce que je faisais, il parlait peu et ses yeux bleu sombre étaient graves, la plupart du temps...

... Curieusement, il aimait beaucoup poser, donner des idées, participer de tout...

... être très proche du résultat que j'attendais.

... Et voici Laurent aujourd'hui... Toujours aussi beau dans sa maturité d'homme de plus de trente ans. Toujours aussi retenu et même un peu mystérieux. Lui aussi est un artiste, il peint dessine, fait de la photo. Son univers est suprenant, parfois impressionnant. Il a beaucoup de talent.

Je n'ai pas résisté à mettre Françoise Hardy qui, en direct, chante ici une de ses compositions " À quoi ça sert", un titre que je devais entendre pour la première fois dans la voiture du conducteur qui m'avait pris en stop et m'emmenait à Paris. J'avais tout juste dix-huit ans et j'étais décidé à vivre ma vie.

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Le soleil a commencé sa lente descente à l'horizon…
J’étais en train d’élaguer quelques branches quand j'ai vu l’entrée du jardin à l'arrière de la maison et la lumière rasante qui joue avec le vert encore jeune de l’herbe nouvelle ; la lumière qui se faufile entre les bambous et les fleurs du pommier. Je n’ai pas résisté. J’ai posé sécateur et gants pour capturer cet instant.
Je me demande pourquoi je pars si souvent d'ici.


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Dans l’Amenti, souvent
Je me mens et m’en veux.
La demeure des morts
Ne défait pas les liens
Des défunts qui m'aliènent
À panser de leurs maux
Mes désirs de penser.
Dans l’Amenti je mens
À l'amant qui se meure.
La demeure des morts
Ne défait pas les faits.

© Giliberti / 2007


J’ai eu une longue période où je ne pouvais concevoir de peindre un personnage sans l’entourer de bandelettes, de haillons, de lambeaux de toutes sortes, jusqu’à faire de sa propre peau une fois déchirée, tailladée, pelée, une sorte de protection de son corps lui-même transformé en minéral.
Toute la symbolique de la blessure y était projetée, allant même jusqu’à celle de la mort puisqu’on pouvait y retrouver également le thème de la momie, chère à mes inspirations. Des momies vivantes, enfermées dans ce qui pouvait être considéré comme des pansements.
J’aime beaucoup le verbe « Panser » si proche bien sûr de « Penser ».
Les deux, intimement mêlés dans leur sens, exercent sur moi un pouvoir certain, une fascination même.

« Penser » donne à croire qu’on s’élève, qu'on "soigne"son mental.
« Panser » veut bien dire protéger, mettre à l’abri de bandes la blessure du corps à soigner.
L'un comme l'autre offre une consolidation de la tête et du corps.
Les deux verbes font partie de ma pharmacopée mentale.

Comme pour toute maladie psychosomatique, ce thème du pansement à toujours bénéficié de longues périodes de rémission… et puis il revient dès que je rechute.
En ce moment, j'entâme une rechute… mes personnages vont devoir retrouver ces haillons de fortunes qui ne dépendent que de la mienne, hélas.


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Comme toutes les bonnes églises de la région, le centre Leclerc (source intarissable de mes observations) était ouvert dimanche et il y avait même des mendiants sur son parvis.
De mon côté, en bon fidèle de cette paroisse de la consommation, j’avais en ce saint dimanche, un besoin urgent d’achats, sachant que le lundi de Pâques, tout serait fermé !
Il y avait un monde fou et au milieu de la foule, j’aperçus, au milieu des autres, des chariots d’un nouveau type, quasi verticaux et sur deux gros pieds à roulettes, un peu comme un miracle… une multiplication soudaine de réceptacles à denrées.
Ce phénomène inexpliqué s’était déjà produit, il y a quelques années, quand des chariots éducateurs pour enfants étaient apparus un dimanche et que des parents inconscients les avaient aussitôt fourgués à leurs rejetons afin de perpétrer la divine consommation !
Mais je m’égare… J’en reviens à mon sujet de prédilection : mes caissières !
Ce dimanche, ma préférée d’entre toutes, discutait avec une cliente le temps de « passer » les articles. Je n’avais pas entendu le début de leur conversation et je rapporte ici la fin qui me fera toujours regretter de ne pas avoir tout entendu.
   
« C’est comme les casseroles, au début ça tient… et puis après, le manche, y s’défait, et quand ça s’défait, y’a tout qui tombe. »
La cliente hocha la tête en signe d’adhésion absolue avec cette tragique constatation.
    « C’est pour ça qui faut en changer, répondit-elle bravement, une batterie neuve de temps en temps… ça vaut mieux, plutôt qu’d’attendre qu’ça lâche... »
Et ma caissière, tout en rangeant
le chèque de la cliente, bien à plat dans un coin du tiroir-caisse, conclut avec gravité :
    « Ben oui, une batterie neuve, c’est sûr, ça vaut mieux ! Parce qu’avec toutes ces casseroles et tous ces manches qui nous partent des mains, c’est pas drôle ! C’est comme nous, à la fin, on est toutes usées, toutes vieilles,
tout en vrac, faudrait tout nous r’faire du cul au manche ! »
Phrase obscure, compréhensible dans le fond, et pleine d’audace, qui eut l’air de satisfaire les deux femmes. Tout était dit. Il ne restait plus qu’à conclure. Elles le firent d’un haussement de sourcils compatissant et d’un soupir qui en soufflait long sur l’injustice de ce monde.

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