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Le blog de Michel Giliberti

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Hier soir, j’ai regardé « Entretien avec un vampire », le film de Neil Jordan, avec Brad Pitt et Tom Cruise.
Je l’avais déjà vu deux fois, mais s’il devait repasser, je le regarderais encore.
À sa sortie, ce film m’avait ébloui par sa mise en scène, la magnificence de ses couleurs, son côté baroque, voire gothique, son humour aussi, et bien sûr, la beauté des deux vampires terriblement humains et empêtrés dans l’ambiguïté de leurs sentiments.
Finis les clichés, les crocs démesurés, le château au sommet d’une montagne, les gousses d'ail, les crucifix et les pieux dans le coeur. Dans ce film, tout scintille comme l’or près des flammes d’une cheminée. Tout est chatoyant, moiré, recherché, secret, du moindre verre de cristal empli d’un sang poisseux, jusqu’aux soieries et la peau diaphane des deux héros que de fins vaisseaux bleutés traversent.
Ce qui m’a toujours séduit dans cette fable tirée du roman d’Anne Rice, c’est qu’elle aborde la difficulté d’être vampire, la condition de leur survie dans ce qui est pourtant l’immortalité. Chacun de ces deux monstres garde au fond de lui, les vieux fantômes de ce qu’il était autrefois, avant qu’il franchisse le pas vers une éternité chaotique.
Alors, j’ai eu envie de peindre des vampires et c’est ainsi que naquirent quatre tableaux et les quelques textes un peu échevelés qu’ils m’inspirèrent.




Je rêve du sang, dont la robe digne des crus les plus grands et les plus sombres fardera mes lèvres si pâles.
Je rêve du sang qui dans mes nuits damnées, me fera chavirer au creux des soies rares et des grenats paresseux.
Et si dans ma grande soif, j’oublie certains autres sangs qui mettraient fin à mon éternité, je les boirai quand même à l'aube d'une nuit, car tous affluent aux battements mauves et précipités des gorges tièdes
et désirées.
© Giliberti




As-tu reconnu la peur
Quand mes lèvres sèches
Ont embrasé ton cou ?
As-tu senti ma morsure
Qui délivrait ta veine
Pour étancher ma soif ?
Réponds sans hésiter.
N’appréciais-tu pas plutôt,
Le souffle froid au fond de ta gorge
Et l’éternité qu’il t’apportait ?

©Giliberti


À l’usure de mes sens
J’ai l’envie d’un aveu
Que j’avoue peu enviable
Mais j’ai faim de ton sang
Quand enfin je te sens.

© Giliberti



Que ton sang est beau !
Que l’éternité le ceint !
J’ai place dans tes veines
Comme je perce ta peau.
Mourir ne te fera pas d’ombre.
Tu régneras,
Diaphane et fatigué
Dans le gris mauve
De mes aurores.

© Giliberti

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Lorsqu’on étudie aux rayons X les tableaux de peintres anciens ou même contemporains, on s’aperçoit souvent que l’oeuvre a subi quelques transformations en chemin. Tel bras change de mouvement, tel profil disparaît, une paupière se ferme, etc. On appelle cela un « repentir ».
Ce mot a pour moi une connotation religieuse qui me déplait : il donne à croire que le peintre aurait regretté son geste de façon tragique et culpabilisante. Bien au contraire, ce fameux « repentir » doit être interprété comme simple plaisir d’améliorer, de grandir son travail et non de battre sa coulpe sous prétexte d’une faute quelconque.
Voici, pour illustrer mon propos, un de mes tableaux qui a subi une transformation.
« Les rêves brûlés »
Je venais de rencontrer Franck. C’était en 1987. Il presque dix-huit ans 18 ans. J’ignorais alors qu’il serait mon modèle pendant plus de quinze ans.
Il était timide, moi aussi (comme d’habitude), je ne savais par où commencer, quelle pose lui faire prendre ? Bref, je choisis d’aller au plus court (ce que je n’ose plus du tout maintenant) : il serait nu et pour être plus à l’aise, assis par terre.
L’alchimie fut si parfaite que je décidai dans l’instant que je créerais autour de « lui » et de son corps, un univers tourmenté qui correspondait à l’idée que je me faisais de sa nature.
Mon souci se bornait à lui faire plaisir, le rendre heureux, et qu’il oublie un peu sa vie assez terne à cette époque.
Un mois et demi après, je terminais cette grande toile ; Franck était fou de joie, et il amenait presque tous les jours un ami à l’atelier pour lui montrer « sa » toile.

Un peu plus tard je l’exposais au Salon des Indépendants.

 

À l’inauguration du salon, j’arrivai tranquille et je partis à la recherche de mon tableau sans savoir où il se trouvait car, à mon habitude, je n’avais consulté aucun des panneaux qui précisaient les emplacements réservés aux peintres.
Je marchais au hasard quand, au détour d’une allée, je vis un attroupement devant un tableau. Tant bien que mal, je parvins à m’approcher de l’œuvre exposée et là, surprise ! Il s’agissait de la mienne.
Allez savoir pourquoi, cette dernière me parut d’un « dénuement » terrible, cru, et surtout très éloignée de ce que j’aurais pu en tirer. J’avais l’impression d’être moi-même mis à nu, devant tous ces gens qui commentaient mon travail – dans ce cas là, je ne dis jamais que je suis l’auteur, pour mieux écouter leurs critiques.
Loin de mes considérations, la toile obtint un énorme succès et me permit d’être invité à d’autres salons.
J’aurais pu me satisfaire et me contenter d’une telle reconnaissance, mais je restais contrarié par « ma » rencontre avec la toile et le malaise qu’elle avait distillé en moi. Je ne pouvais m’empêcher d’attribuer l’engouement qu’elle suscitait à la seule nudité de mon modèle, engouement facile et prévisible, tout compte fait. J’étais convaincu que personne n’avait été sensible à la composition dépouillée mais complexe de ce tableau, au difficile raccourci de la jambe, au choix des couleurs, à la désolation du regard de mon modèle, tout me semblait avoir été occulté par l’anatomie, grandeur nature, de Franck.
De retour chez moi, je mis cette toile en quarantaine, jusqu’au jour où je dus préparer un nouveau salon à Paris. Je me demandais s’il ne fallait pas la représenter parmi d'autres plus récentes, mais avec le « plus » que je n’avais pas exploité.
Je ressortis l’encombrant tableau, l’installai sur mon chevalet et, assis devant lui, je le fixai pendant plus d’une heure en écoutant de la musique. Tout à coup et comme en transe, j’ai bondi hors de mon siége et me suis mis à transformer le tableau en oubliant de boire et de manger. Finalement, je lui ai donné le côté fantastique (j’aimais beaucoup ça à l’époque) et assez hermétique qui le caractérise désormais. Les deux jours suivants, j’ai peaufiné mon travail et quand tout fut fini, j’exultai.
Nul repentir dans ma tête… non ! Juste le simple bonheur d’avoir dépassé la première aventure avec Frank, celle que j’avais mise en place pour qu’il se reconnaisse, prenne conscience de son corps et qu’il continue de poser pour moi.
Je ne m’étais pas assez fait plaisir.

J’ignore si le tableau a gagné à être tant transformé. Certains ont déploré que je contrarie et masque une si belle nudité, mais le goût des autres est si fluctuant…
Moi, j’étais heureux et satisfait.
Aussitôt exposé, le tableau trouva acquéreur. Mon repentir était récompensé.


Encore un « repentir ».


La première version de ce tableau devait servir la couverture d’un de mes romans « Derrière les portes bleues », qui racontait la difficile rencontre entre un jeune rappeur, Tarek, et Jeremy, un chanteur génial et alcoolique qui vivait mal une fin de carrière. À la dernière minute, pour des raisons personnelles, j’ai trouvé qu’Hicham, un de mes modèles, ne correspondait pas assez au personnage de Tarek. Du même coup, j’ai eu envie de m’amuser avec ce tableau qui n’avait plus de raison d’être, et comme j’ai toujours aimé l’habit traditionnel des nomades du désert, j’ai eu envie de transformer Hicham même si j’ai pris une grande liberté avec l’authenticité et la mise en place de la coiffe autour de son visage que j’ai vieilli pour la circonstance.
Voilà le cas d’un repentir parti d’une irrésistible envie de m’amuser.
Ici, j’ai même changé le titre "Drague" en "Voyage".

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De l'étude...



...au tableau.


Un long voyage !

Je pars avec des bagages dont certains restent sur la route et j’en cherche d’autres pour continuer le voyage.

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Pas de désir d'alcool
Au fond de ton alcôve
Quand, d'errance en dérives,
Tu décolles et me rives
À ton rôle et tes râles
Dans tes nuits de plein jour.

Pas de désir d'alcool
Quand, tes yeux de soie noire
Sans dévier se déversent
Dans les miens et devinent
Qu'ils me saoulent en silence
D'une ivresse sans vertige.

© Giliberti



Tresac / Castré.

Si dans la nuit je trinque
 
Aux douleurs ineffables
Aux fléaux et aux fuites,
C'est mon ennui qui boit
Qui boite et qui me nuit
De dépits en dépens.

Si dans la nuit je trinque
À la tragique alliance
De mes peurs et mes cris,
C'est sans doute un répit
Aux cent doutes qui m'épient
Et ravinent mes sens.

© Giliberti




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En octobre, j’avais évoqué les dérives de Pascal Sevran à propos du tourisme sexuel dans mon article « Sevran navrant ».
Il nous la rejoue en affirmant que l’Afrique mourra à cause de la « bite » (je cite), et qu’il faudrait stériliser la moitié de la planète.
Après avoir léché les bottes de Mitterrand et caressé Sarkosy, il finira bien par sucer Le Pen…
Je ne veux même pas m’étaler sur des propos aussi « cons ».
Cette fixation sur le membre africain est sans doute une forme de « Lape suce » !

Il y a quelque temps, j’ai réalisé une toile intitulée : « Not only this ».


À travers elle, je dénonce l’objet sexuel que représente l’homme noir pour certains.
J’ai volontairement mis en avant son sexe et n’ai gardé de son visage que la bouche outrageusement maquillée pour montrer le symbolisme sexuel qui fait abstraction de l’intelligence.
Le grand visage du personnage en arrière-plan, au maquillage rituel cette fois, évoque la culture ancestrale qu’il ne faut pas occulter.


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Hier soir, mon ami et moi, nous sommes allés dans un restaurant d'Évreux.
À peine avions-nous pénétré les lieux, nous fûmes accueillis par d'impressionnantes et innombrables guirlandes d'un feuillage en plastique qui courait autour des cuivres rutilants au-dessus de la cheminée, le long des poutres au plafond, et jusque dans les encoignures des murs avec la vigueur d'un liseron capricieux qui méritait un bon herbicide. Les nombreux miroirs auxquels incombait la triste tâche de refléter la caissière, étaient, eux aussi, parcourus de cette extravagance herbacée et l'ensemble, triste à pleurer, affichait le décor d'une fête ratée. Bref, le tout se voulait très « rustique » autour des nappes rose layette.
Pour nous, c'était parfait. Nous aurions de quoi oublier nos soucis.
À peine étions-nous installés, Jean-Charles sortit une cigarette pour se détendre. À ce moment, la harpie de service s'est précipité sur lui, toutes dents en avant pour dire qu'on ne fumait pas dans ce restaurant. Nous avons alors demandé où se trouvait « l'espace fumeurs ».
La charmante serveuse nous affirma que ce restaurant était totalement non-fumeur et elle ajouta avec un large sourire (seulement large et point beau) « qu'ils » avaient décidé avant que la loi sur l'interdiction de fumer dans les lieux publics ne passe, de l'appliquer pour des raisons de santé, car leur clientèle le méritait.
Il était tard, nous avions très faim. On abdiqua.
Nous commandâmes deux énormes assiettes de fruits de mer, un bon vin blanc, et voilà !
Trois heures plus tard, au milieu de la nuit, ce fut la course aux toilettes, chacun à se vider, en écoutant le chant subtil des coliques de l'autre.
Ce matin, l'estomac encore mis à rude épreuve par les bulots et autres coquillages de la veille, nous sommes heureux de ne pas trop avoir absorbé la fumée d'un tabac qui aurait pu altérer nos poumons... et félicitons les responsables de ce restaurant exemplaire qui se soucient tant de la santé de ses clients.
Y a pas que le polonium qui tue !

Quelle misère !


 Après un abus de fruits de mer poloniumisés... Voici que qu'est devenu mon modèle.

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Mon ami algérien (l'écrivain Aniss.A) m'a fait part d'un communiqué de l'agence Reuters (U.S.) où il est mentionné que Jerry Klein (personnage que je ne connaissais pas) a proposé, alors qu'il était l'invité d'une radio locale, que l'on tatoue tous les musulmans vivant sur le territoire américain, afin de surveiller leurs allées et venues plus facilement.
Il suggéra même de les marquer d'un croissant?
Il paraît qu'aussitôt, les coups de fil de ceux qui cautionnaient cette proposition et ceux qui la dénonçaient ont saturé le standard de l'antenne.
Parmi ceux qui approuvaient cette abjection, certains exigèrent même de corser le système en créant des camps pour musulmans et mieux... de les supprimer.
Cette annonce de tatouage provoqua un tel tollé (fort heureusement) que le fameux Jerry Klein avoua peu de temps après qu'il ne comprenait pas comment les gens avaient pu sérieusement envisager la crédibilité de ses propos. Tout cela n'était bien sûr qu'une simple plaisanterie !
Hitler devait avoir autant d'humour que Jerry Klein avant de décider finalement que les juifs arboreraient un triangle jaune sur leurs habits et que les homosexuels, comme pour le choix d'une layette en porte un rose; des triangles de tissu, qu'ils devaient coudre eux-mêmes... les plaisanteries avaient à se mériter !


Pour tous les cons, les pourris, les xénophobes, les racistes, pour tous les nationalistes, les paranos, les protectionnistes, les intégristes, en deux mots :
« tous les défoncés du bulbe » qui pratiquent ce genre d'humour à la con, j' envoie ce tableau de Mohamed, un ami et un modèle dont j'ai partagé l'hospitalité et celle de ses parents. J'embrasserais volontiers son corps tout entier et celui de toute sa famille plutôt que de tatouer un centimètre carré de leur peau.

À chacun son humour !

Photo © Giliberti
Vieille dame tatouée de Matmata chez qui je me suis reposé et bu un thé.
Désormais,j'imagine qu'elle tire la langue à ce jerry Klein. .







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L'entrée sans porte,
Autour de ton grand corps
Gardait au centre du palais
Ses lourds secrets et mes désirs.

© Giliberti




L'entrée des contes
Obscure et verte
Ne parlait pas de mes espoirs.
Ne disait rien de mes repères.
Elle s'ouvrait nue
Mais inviolable
Au soir des mots,
Qui mentent et tuent.
© M Giliberti





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De toutes les douleurs, celles qui nous défont sont souvent les plus ordinaires comme les gestes de l’habitude qui, l’air de rien, grignotent notre belle énergie d’autrefois qui nous fit surestimer notre vie, l’imaginer sans blessure, moins barbare et si grande… Aussi grande qu’une traînée de poussière cosmique dans le noir sidéral.
Ces gestes de l’habitude qui, à casser l’enfance, construisent notre condition d’homme.
Alors, nous marchons sur les boulevards et nous rencontrons des visages tendus ou fatigués, des visages qui nous ressemblent… Nous reprenons les mêmes ascenseurs ne menant nulle part, nous refaisons la queue dans les magasins, nous nous excusons d’avoir heurté quelqu’un… nous consommons le consommable.
On s’enferme…
Nous avions pourtant convenu de vivre l’ouverture… pas l’entrebâillement.


Adolescent, j’aimais frissonner à lire « Les chants de Maldorore ».
Ce cher Isidore Ducasse me faisait entrevoir les bassesses et les horreurs d’un monde que j’étais persuadé ne devoir jamais reconnaître. Dans ses chants, il parlait des petites choses, des petites épaules, des petits enfermements, des petites aigreurs, des petits commérages et de l’absurde qui mènent au crime.
J’éteignais la lumière, je fermais le livre si loin de mes réalités et m’endormais dans la douceur de ma chambre.


Le temps est passé et depuis, la cruauté de sa clairvoyance s’est révélée à mes yeux.
Elle cohabite parfois avec moi et me fait accoucher de bébés monstrueux dont je partage la paternité dans mes peintures avec le Lautréamont de ma jeunesse.
Tous ces monstres sont mes chants, mes fausses notes, quand la médiocrité des détails, à tant se fondre dans le quotidien me fait parfois oublier la tragédie des choses sérieuses de nos vies.

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Il y a quelques jours, je descendais dans les entrailles d'un parking Vinci (un de ceux qui inondent et squattent notre territoire souterrain) et je me suis présenté devant « l'appareil à sous », histoire de me délester de quelques euros pour le peu de temps accordé à mon véhicule.

Je glissai mon ticket, puis ma carte bancaire, quand un homme s'approcha de moi pour me demander une pièce ou deux.
Je m'apprêtai à le faire quand, brusquement, une voix m'ordonna de ne pas satisfaire la demande de ce mendiant et lui pria de quitter immédiatement les lieux.
Sur le moment, j'ai cru que la voix ne s'adressait pas à moi, tant il me paraissait improbable qu'on puisse le faire, mais très vite en regardant dans la direction d'où l'ordre m'était parvenu, je découvris un haut-parleur et une caméra.
J'ai réalisé que tout était en place pour la société que décrivait Georges Orwell dans « 1984 ».

Avec flegme, j'ai sorti de ma poche une pièce et je l'ai donnée à ce malheureux, puis j'ai fait un doigt d'honneur à la caméra.
Une société du CAC 40 qui me taxe et me débite l'heure complète lorsque je dépasse d'une minute le temps effectif de stationnement ne manquait pas d'air à vouloir m'empêcher de faire l'aumône.

Que pouvais-je craindre des codes de Vinci ?


Quand je pense que c'est à Léonard de Vinci que je dois ma passion pour la peinture, ce Vinci-là ne me donne que l'envie de devenir une « racaille »... Il n'y a pas de fumée sans feu.

Quelle misère !


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